Plus précisément sur le chiffre de 135 milliards d'euros de dette souveraine grecque échéance jusqu'à 2020 échangée volontairement par le secteur privé. Et incidemment de la diminution escomptée de la dette publique grecque.

Le second plan d'aide à la Grèce du 21 juillet prévoyait une participation du secteur privé.

D'après l'offre financière de l'Institut de Finance Internationale (IIF Financing Offer), deux programmes différents sont prévus :

1) échange volontaire de dette publique grecque

2) rachat de dette publique grecque

http://www.iif.com/download.php?id=rPiz9R7SVQ4=

Le programme d'échange volontaire prévoit 4 instruments d'échange à proportion égale : deux sont échangés au nominal initial mais avec des taux d'intérêt plus faibles que les deux échangés avec un nominal décoté de 21 %.

Seuls les titres échus avant fin 2020 sont concernés, l'IIF prévoit une taux de participation de 90 %. 135 milliards d'euros de dette publique seraient ainsi échangés volontairement, permettant, je le rappelle, une réduction de la dette publique grecque de 13,5 milliards d'euros calculés ainsi : 135 x 50 % x 21 %.

Plus de deux semaines après, des établissements financiers censés particper au plan d'aide IIF ont fourni des données chiffrées relativement au second plan d'aide, à l'occasion de la publication des résultats semestriels notamment.

Il est ainsi possible de tenter de vérifier si oui ou non l'ordre de grandeur des 135 milliards d'euros est crédible.

Mes travaux vous montreront qu'il n'en est rien.

Méthodologie Investigationfin :

IIF a annexé une liste d'établissements financiers, banques et assurances, qui soutiennent soi-disant l'offre d'échange.

Soi-disant parce qu'aussi incroyable que cela puisse paraître pour ceux qui ne le savent pas, au moins une banque présentée dans la liste a publié un communiqué de presse indiquant qu'elle ne participait pas au plan d'échange et qu'elle estimait que l'IIF l'avait mise dans la liste parce que la banque était juste membre de l'IIF. Il s'agit de la banque turque AK Bank, qui ne détient pas de dette publique grecque de toute façon !

http://www.akbank.com/1626.aspx

Extrait AK Bank :

AK_Bank_IIF

Dans cette liste, Swiss Re et Standard Chartered, qui déclarent … zéro exposition à la dette grecque. Soutien platonique par conséquent !

La liste a été mise à jour par l'IIF, voilà la version du 8 août :

http://www.iif.com/download.php?id=T8X3ou9O3VM=

Bizarrement, AK Bank est toujours présente sur cette liste .. malgré son communiqué !

Les nouveaux noms ? Banco Santander, BPCE, CNP, Crédit Agricole, Erste Group Bank AG, Itau Unibanco, RBS, Unicredit.

Quant à BNP Paribas qui figure dans la liste, les calculs faits initialement dans la presse étaient farfelus, non seulement parce que l'exposition de la banque était non plus de 5 milliards d'euros (fin décembre 2010) mais de 4 milliards d'euros à fin juin 2011 (sans doute des titres court terme que le premier plan d'aide UE FMI a renouvelé, transférant le risque grec davantage à la sphère publique qu'à la sphère bancaire), mais parce que les titres concernés (ceux à échéance avant fin 2020) valaient encore bien moins, 2,3 milliards d'euros.

Autre bizarrerie, là où les banques françaises (BNP Paribas Société Générale) déprécient tous les titres concernés de 21 % (alors que d'après l'offre IIF seuls la moitié sont échangés avec une décote de 21 %), d'autres grandes banques réagissent différemment : Deutsche Bank se donne le temps de l'étude et n'a rien annoncé au cours de la publication de dses résultats trimestriels, Royal Bank of Scotland et Munich Re déprécient leurs titres de 50 % ou 55 %, soit leur valeur de marché du 30 juin 2011 ! Bonjour l'homogénéité !

Vous l'aurez compris, il devenait important de vérifer dans le détail ce qu'il en était de cet échange volontaire.

J'ai cherché, pour toutes les institutions financières listées dans l'offre financière IIF (mise à jour annexe 8 août), notamment à l'occasion de la publication des résultats semestriels, le montant des titres concernés par l'offre.

Lorsque l'information manquait, j'ai récupéré les données du 31 décembre 2010 dans les stress tests de juillet 2011 (exposition nette), en retranchant les titres classés en échéance 15 Y.

Je totalise ainsi 51 milliards d'euros seulement !

Comme ce sont les banques grecque qui détiennent le plus de dette publique grecque et qu'il n'y a qu'Alpha Bank, National Bank of Greece, Eurobank EFG Group, Piraeus Bank dans la liste IIF, on peut rajouter les données du 31 décembre des stress tests des autres banques grecques :

ATE Bank et Hellenic Postbank SA. Le total s'élève alors à 63 milliards d'euros d'après mes calculs.

On est loin des 135 milliards d'euros annoncés par l'IIF le 21 juiller 2011. Encore un défaut du second plan d'aide à la Grèce ?

On peut d'ores et déjà constater que l'ordre de grandeur estimé du programme d'échange volontaire induit par la liste des institutions financières participantes est bien inférieur au chiffre avancé par l'IIF de 135 milliards d'euros !

L'ordre de grandeur exact finira par être connu, on saura alors si Investigationfin avait calculé juste.

Annexe détail de la totalisation : milliards d'euros

BNP 2,3 SG 1,87 Axa 0,56 Dexia 1,797 Deutsche Bank (stress test) 1,052 HSBC (stress test) 0,2 Crédit Suisse (stress test) 0,1 Allianz (non identifié) Munich Re (toutes échéances) 1,605 Swiss Re 0 Zurich Financial (non identifié) Generali (non identifié) ING (toutes échéances) 0,406 Commerzbank (stress test) 3,043 Standard Chartered 0 Intesa San Paolo 0,124 SEB (stress test) 0,087 Bayern LB (stress test) 0,15 BBVA (stress test) 0,127 Alpha Bank (stress test) 5,475 National Bank of Greece (stress test) 10,471 Eurobank EFG Group (stress test) 7,2 Piraeus Bank (stress test) 8,065 Bank of Cyprus (stress test) 1,487 Hellenic Bank (non identifié) AK Bank 0 ScotiaBank (non identifié) Banco de Credito de Peru (non identifié) National Bank of Kuwait (non identifié) KB Financial Group (non identifié)

nouvelles entités : Banco Santander (stress test) 0,177 BPCE (stress test) 0,398 CNP 1,736 Crédit Agricole (stress test) 0,652 Erste Group Bank AG (toutes échéances) 0,405 Itau Unibanco 0,099 RBS (stress test) 0,688 Unicredit (stress test) 0,628

hors IIF ATE Bank (stress teest) 7,272 et Hellenic Postbank SA (stress test) 4,641