05 novembre 2009
Un point sur les résultats du troisième trimestre 2009 des principales banques (suite)
Un premier point avait été effectué le 22 octobre 2009 sur les résultats du troisième trimestre 2009 des principales banques américaines : Goldman Sachs, JP Morgan, Citi, Bank of America, Morgan Stanley. http://investigationfin.canalblog.com/archives/2009/10/22/15528133.html Dans cette seconde partie les résultats des banques suivantes sont commentés : Crédit Suisse, Deutsche Bank, RBS, Barclays, HSBC, BNP Paribas, UBS et Société Générale. La troisième et dernière partie traitera des résultats de Royal Bank of Scotland, HSBC et Barclays, les publications de ces deux dernières n'étant annoncées que le 10 novembre 2009. Dans une démarche analogue à celle appliquée aux publications du deuxième trimestre 2009, les aspects suivants sont abordés : - évolution des résultats relativement au deuxième trimestre 2009 ; - analyse spécifique sur les activités de Fixed Income ; - impact de réévaluation de la dette propre ; - suivi des assouplissements comptables permis récemment par les normes comptables internationales IASB ou FASB. Les remarques effectuées dans la première partie sur les banques américaines s'appliquent aux banques européennes étudiées dans cette deuxième partie : des performances inférieures à celles du deuxième trimestre 2009, situation économique en banque de détail et normalisation des conditions de marché en fixed income en banque de financement et d'investissement. L'amélioration du résultat net de Crédit Suisse repose en fait sur une moindre réévaluation de la dette propre, ce que les présentations et les commentaires de presse n'ont pas mentionné. Pour Deutsche Bank, c'est l'évolution favorable de l'impôt sur les bénéfices. UBS en avait profité au deuxième trimestre 2009, l'effet défavorable sur le troisième trimestre est plus que compensé par l'absence de dépréciation de 492 millions de francs suisses liée à la cession de UBS Pactual. A l'inverse, BNP Paribas voit son résultat diminuer en raison d'un impôt sur les bénéfices plus importants, sans lequel son résultat aurait augmenté du montant de la baisse. Le Produit net Bancaire est en hausse en raison de la contribution pleine de Fortis, mais qui a un impact limité sur le résultat avant impôt. En revanche, les revenus de Fixed Income sont en diminution, ils représentent la moitié du niveau du premier trimestre 2009. Enfin, la Société générale voit son cours de bourse plébiscité le jour de l'annonce de ses résultats alors que la diminution des charges non récurrentes sur les actifs toxiques et le mark to market des CDS masque la baisse des revenus, notamment dans les Taux Changes et Matières Premières. La faible hausse du résultat net incombe principalement à la moindre contribution négative de l'impôt sur les bénéfices. Certes le troisième trimestre contient un effet de saisonnalité défavorable. Mais la fin des effets des éléments non récurrents (cessions d'actifs, dépréciations des actifs toxiques ou des CDS) et le retour à la normalisation des conditions de marché (bid offer spreads) pourrait cesser d'offrir les opportunités aux banques de publier des résultats qui en apparence semblent résister à la crise économique. En revanche, la moindre concurrence qui existe depuis la crise financière entre les banques devrait continuer à jouer en leur faveur. J'ai étudié les documents de publication des résultats (rapport annuel, communiqué de presse, rapport financier trimestriel, présentation) de la banque espagnole Santander. Les chiffres de Santander ont été inclus dans le tableau d'activité et de résultat. Toutefois les publications ne fournissent pas ou peu d'information sur les problématiques de Fixed Income, de spread de crédit. Les informations sont souvent présentées de manière cumulée sur l'année en cours (exemple 9 mois à fin septembre 2009) et l'accent est mis sur la répartition géographique. Aucun commentaire qualitatif n'accompagne donc pour l'instant les données chiffrées de Santander. 1) Comparaison des résultats par rapport au premier trimestre 2009
PNB T1 2009 |
PNB T2 2009 |
PNB T3 2009 |
RN T1 2009 |
RN T2 2009 |
RN T3 2009 | |
Goldman Sachs $ |
9,4 |
13,8 |
12,4 |
1,8 |
3,4 |
3,2 |
JP Morgan $ |
26,9 |
27,7 |
28,8 |
2,1 |
2,7 |
3,6 |
Citi $ |
24,5 |
30,0 |
20,4 |
1,6 |
4,3 |
0,1 |
Bank of America $ |
36,1 |
33,1 |
26,4 |
-1,0 |
3,2 |
-1,0 |
Morgan Stanley $ |
2,9 |
5,4 |
8,7 |
-0,2 |
+ns |
0,8 |
Crédit Suisse CHF |
9,6 |
8,6 |
8,9 |
2,0 |
1,6 |
2,4 |
Santander € |
9,2 |
10,1 |
10,0 |
2,1 |
2,5 |
2,3 |
Deutsche Bank € |
7,2 |
7,9 |
7,2 |
1,2 |
1,1 |
1,4 |
Barclays £ |
5,8 |
5,9 |
1,1 |
1,3 |
||
RBS £ |
8,7 |
6,1 |
-0,3 |
0,4 |
||
UBS CHF |
5,0 |
5,8 |
5,8 |
-1,8 |
-1,1 |
-0,5 |
HSBC $ |
NI |
NI |
NI |
NI |
||
BNP Paribas € |
9,5 |
10,0 |
10,7 |
1,6 |
1,6 |
1,3 |
Société Générale € |
4,9 |
5,7 |
6,0 |
-0,2 |
0,4 |
0,5 |
PNB Produit Net Bancaire (Revenues en anglais, Gross income pour Santander, Operating Income pour UBS) RN Résultat net (Net Income en anglais) NI Non identifié Se référer à l'article du 22 octobre 2009 pour les remarques concernant les données chiffrées de certaines banques américaines. Crédit Suisse L'augmentation des revenus nets (PNB) entre le deuxième et le troisième trimestre 2009 de 0,3 milliards de francs suisses s'explique ainsi : - 1,0 en Investment Banking (5,0 contre 6,0 au T2); dont -0,6 en Fixed Income Trading (activité réduite des marchés, effet saisonnier dans beaucoup d'activités de flux, malgré des revenus plus élevés dans le trading de RMBS US hors agences), -0,5 sur Equity trading (effet de saisonnalité sur les volumes) ; - 0,1 en Private Banking ; + 0,3 en Asset Management ; + 1,1 en Corporate Center (0,3 contre -0,8 au T2) ; dont + 1,0 lié à l'impact des spreads sur la dette de Crédit Suisse (-0,1 au Q3 en raison de l'externalisation de cet impact en hors-bilan et -1,1 au Q2). De quoi s'agit-il (plus de détails dans la partie 3 sur les spreads et l'article sur le sujet http://investigationfin.canalblog.com/archives/2009/10/22/15531208.html) ? Crédit Suisse a créé une entité hors-bilan lui permettant en théorie d'amortir sur près de 6 ans, à hauteur de 300 millions de francs suisses par trimestre, les gains jusque-là comptabilisés par revalorisation de la dette de Crédit Suisse suite à la dégradation des spreads de crédit. Les spreads de crédit faisant le mouvement inverse depuis le premier trimestre 2009, ce sont maintenant des charges que doivent comptabiliser les banques à ce titre. La transaction a pour nom FVOD et le conduit commercial Alpine, administré par Crédit Suisse bien évidemment. Sans la transaction FVOD avec Alpine (gains de 553 millions de francs suisses au troisième trimestre venant compenser la revalorisation de 646 millions de francs suisses de la dette de Crédit Suisse), les revenus nets (PNB) du troisième trimestre 2009 auraient été diminués de 646 millions de francs suisses, ils auraient donc au total présenté une baisse d'environ 0,3 milliards de francs suisses par rapport au deuxième trimestre 2009. Ce qui n'est pas la même musique. Le résultat net s'améliore de 0,8 milliards de francs suisses, se décomposant ainsi : + 0,1 Investment Banking, la baisse des rémunérations (-0,6) compense les moindres revenus, - 0,1 Private Banking + 0,2 Asset Management, dont 0,2 vente d'une partie des activités de stratégies d'investissement à Aberdeen Asset Management + 0,8 Corporate Center (-0,3 contre -1,1 au T2) + 0,2 opérations non poursuivies - 0,4 effet négatif impôt sur les sociétés (charge de 0,4 contre ns au T3) La progression du résultat net est sans contexte associée à cette histoire d'externalisation dans un conduit Alpine. La banque claironne un rendement sur fonds propres de 25,1 % sur le trimestre. Prêtez leur de l'argent (institutionnels, entreprises, individuels fortunés) à 3 mois, ils vont vous le rémunérer moins de 1 % et vous devrez leur dire merci en plus ! Deutsche Bank L'amélioration du résultat net entre le deuxième trimestre (1,1 milliards d'euros) et le troisième trimestre 2009 (1,4 milliards d'euros) s'explique par l'évolution positive de l'impôt sur les sociétés provisionné, qui ressort en bénéfice de 78 millions d'euros au troisième trimestre contre une charge de 242 millions d'euros au trimestre précédent. Cette évolution positive provient de l'effet de résultats d'audit fiscaux compensés par la réévaluation des positions d'impôt différé. Les revenus nets (PNB) diminuent de 0,7 milliards d'euros relativement au deuxième trimestre 2009 : - 0,2 en Corporate Banking & Securities, dont - 350 millions d'euros sur l'entité (commercial paper) Ocala Funding LLC ; +0,2 en Asset and Wealth Management ; -0,4 en Corporate Investments (242 ME au Q3 09 contre 660 ME au Q2 2009), le deuxième trimestre avait été marqué par des gains relatifs à Deutsche Postbank AG shares ; -0,2 en Consolidation and adjustments (- 263 au Q3 2009 contre - 50 ME au Q2 2009) ; effets négatifs de méthodes comptables sur des couvertures de positions à court terme en raison de l'évolution des taux d'intérêt euro et dollars. Le résultat avant impôt sur les sociétés est stable : + 0,2 Corporate Banking & Securities (988 ME contre 828 ME au Q2 2009) ; + 0,2 Asset and Wealth Management (134 contre -85 ME au Q2 2009) ; - 0,2 Corporate Investments ; - 0,2 Consolidation and adjustments. C'est à nouveau la Banque de Financement et d'Investissement qui contribue le plus aux résultats de Deutsche Bank. Barclays A suivre. Royal Bank of Scotland A suivre. UBS UBS demeure en perte, toutefois à nouveau diminuée par rapport au trimestre précédent de 0,6 milliards de francs suisses. Au deuxième trimestre 2009, l'évolution positive s'expliquait entre autre par une contribution positive de l'impôt sur les sociétés (mécanisme des impôts différés) de 0,5 milliards de francs suisses. Ce sont les revenus de FICC (Fixed Income Currencies and Commodities), en augmentation de 1,1 milliards de CHF relativement au deuxième trimestre 2009 qui sont à étudier de près. Voir en deuxième partie pour des analyses plus détaillées sur le FICC, parce que le contenu du rapport financier et une revue analytique ne permettent pas à première vue de comprendre une telle amélioration. Le revenu opérationnel d'activité par Division est stable à 5,8 milliards de francs suisses : - 0,1 Wealth Management & Swiss Bank (Q3 2 814 MCHF) ; + ns Wealth Management Americas (Q3 1 378 MCHF) ; + ns Global Asset Management (Q3 567 MCHF) ; + 0,6 Investment Bank (Q3 1 167 MCHF Q2 532 MCHF) dont Sales and trading FICC + 1,0 (Q3 985 MCHF contre Q2 -59 MCHF), dont Sales and trading Equities -0,3 (Q3 1 162 MCHF), dont Investment Banking ns (Q3 698 MCHF) ; l'impact du propre crédit sur la dette d'UBS a été une charge de 1,4 milliards de francs suisses contre une charge de 1,2 au deuxième trimestre 2009 ; -0,6 Corporate Center (Q3 -160 MCHF contre Q2 425 MCHF), en raison notamment de - 409 MCHF de l'achèvement le 18 septembre 2009 de la cession de UBS Pactual (filiale au Brésil de services financiers) et de - 305 MCHF de la réévaluation en août 2009 des MCNs (Mandatory Convertible Notes) émises en décembre 2008. La performance avant impôt de ces mêmes divisions s'améliore de 0,8 milliards de francs suisses (Q3 - 593 MCHF Q2 - 1 323 MCHF) dont : - 0,1 Wealth Management & Swiss Bank (Q3 792 MCHF contre Q2 932 MCHF) ; + 0,3 Wealth Management Americas (baisse des dépenses surtout de personnel, charges de restructuration de 152 M CHF au Q2) ; + 0,1 Global Asset Management ; + 0,5 Investment Bank (Q3 - 1 370 MCHF contre Q2 - 1 846 MCHF) dont propre crédit -0,2 ; stable Corporate Center : l'impact de la cession de UBS Pactual a été compensé par un gain de change sur le dollar US de 156 MCHF. La perte diminue de 0,6 milliards de francs suisses entre le deuxième et le troisième trimestre 2009, ce qui s'explique ainsi : Operating income stable ; + 0,3 baisse des dépenses générales et administratives (Q3 1 367 MCHF Q2 1 699 MCHF), le second trimestre incorporait 230 millions de francs suisses de charges de restructuration dans l'immobilier ; + 0,5 dépréciation du goodwill au deuxième trimestre 2009 (Q3 0 Q2 -492) liée à la cession de UBS Pactual ; - 0,2 de moindre contribution positive de l'impôt sur les sociétés (Q3 +49 MCHF Q2 + 208 MCHF), le deuxième trimestre incluait un gain d'impôt différé de 371 millions de francs suisses. UBS explique l'augmentation de ses dépenses de personnel de 4 578 MCHF à 4 678 MCHF par des rémunérations variables liées à la performance (bonus étant le gros mot) plus importantes, reflétant un changement dans la politique de rémunération consistant à rémunérer davantage en cash. La Division Wealth Management & Swiss Banks serait la plus affectée. A contre-courant du dernier G20 par conséquent. Autre modification trimestrielle que je n'ai pas laissé passer, le changement de méthode de calcul de la DVA (Debit Valuation Adjustment, c'est-à-dire l'impact du propre spread d'UBS sur la juste valeur de ses dettes), afin d'aligner la méthode avec celle utilisée pour déterminer la CVA (Credit Valuation Adjustment). Sans ce changement de méthode, la perte après impôt aurait été augmentée de 260 millions de francs suisses. HSBC A suivre. BNP PARIBAS Le Produit Net Bancaire s'améliore de 0,7 milliards d'euros entre le deuxième et le troisième trimestre 2009 principalement en raison de la contribution pleine de Fortis (elle était partielle au 2 ème trimestre) : + 0,7 Fortis (Q3 2 233 ME Q2 1 441 ME) ; - 0,4 Fixed Income (Q3 1 551 ME Q2 1 931 ME) effet saisonnalité et retour à la normale des Bid offer spreads ; + 0,3 Autres activités (Q3 -201 Q2 -492), principalement en raison des dépréciations de participations au 2 ème trimestre 2009, compensée par davantage d'impact négatif au titre de la réévaluation de la dette propre (Q3 - 308 ME Q2 - 237 ME). Le résultat net est pourtant en diminution de 0,3 milliards d'euros, l'évolution positive du résultat avant impôt (+ 0,3) étant compensée par l'évolution très défavorable de l'impôt sur les bénéfices (Q3 -918 ME Q2 -376 ME), là où d'autres banques ont elles bénéficié d'effet des mécanismes d'impôts différés. De plus, alors que Fortis était pour beaucoup dans l'amélioration du PNB, il n'en est pas de même pour le résultat avant impôt (Q3 575 ME Q2 474 ME) en raison notamment, effet pleine contribution, de l'augmentation des frais de gestion d'environ 0,5 milliards d'euros (Q3 - 1 290 ME Q2 - 693 ME). Parallèlement, la baisse de PNB en Fixed Income est compensée par 345 millions d'euros de moindres frais de gestion en Conseil et marchés de capitaux, sans doute en bonne partie attribuables à la partie Fixed Income. BNP Paribas sous-tend que les conséquences comptables de la mise en oeuvre du G20 sur la partie différée payable en action des rémunérations variables (application de la norme IFRS 2) sont le corollaire d'une taille baisse. Pour être précis, BNP Paribas explique la moindre augmentation des frais de gestion comparativement au troisième trimestre 2008 par ce qui précède. De mon côté, j'en déduis que la même explication s'appliquerait à justifier la diminution plus importante des frais de gestion entre le deuxième et le troisième trimestre 2009. Le PNB de Conseil et marchés de capitaux (dont Fixed Income est la principale composante) diminue de 17,8 % entre le 2ème et le 3ème trimestre 2009 alors que les frais de gestion diminuent de 29 %. C'est donc principalement la baisse du PNB de Fixed Income qui entraîne celle des frais de gestion. De plus, le terme différé indique que les bonus seront bien réglés à un moment ou à un autre. Je le répète, les niveaux d'activité exceptionnels de Fixed Income au premier trimestre 2009 n'ont pas été le fait de talents, mais selon mes recherches de conditions de marché favorables et d'imposition par les banques de marges (bid offer spread) abusives à leurs clients (institutionnels, entreprises, clients fortunés) dans les taux notamment sous prétexte que cela n'allait pas bien. Alors que c'était pire au quatrième trimestre 2008 sans que l'on observe de tels niveaux de revenu dans le Fixed income au quatrième trimestre 2008. Les banques d'investissement ont fait le marché et se sont servies tant qu'il était temps. De tels bonus devraient être purement annulés, c'est ce que le dernier G20 aurait dû prôner, ou au minimum proscrire à de tels niveaux à l'avenir. Il n'en a rien été. Revenons à la compréhension de l'évolution défavorable du résultat net. Le coût du risque est stable à 2,3 milliards d'euros entre le deuxième et le troisième trimestre 2009. La conjugaison de la hausse du PNB (+0,7), des frais de gestion (-0,2) et dans les autres activités des effets positifs passés des goodwill et badwill du 2 ème trimestre 2009 (-0,2) fournit l'amélioration du résultat avant impôt (+0,3). SOCIETE GENERALE Le Produit Net Bancaire s'améliore de 0,3 milliards d'euros entre le deuxième et le troisième trimestre 2009 : + 0,5 MdE d'évolution favorable sur la BFI qu'il est utile de développer : + 0,6 en Financement et conseil et - 0,2 en Taux Changes Matières Premières ; - 0,3 MdE d'évolution défavorable sur la gestion propre (Q3 - 294 ME Q2 - 125 ME). Hors éléments non récurrents, le PNB de l'activité Financement et conseil est en fait stable, c'est la moindre dépréciation du mark to market des CDS (Q3 - 240 ME Q2 - 840), élément non récurrent, qui explique l'évolution favorable. La baisse saisonnière des volumes sur les marchés de capitaux est compensée par l'excellente contribution des financements structurés (ressources naturelles et export). Quant au PNB de Taux changes et matières premières, l'activité hors éléments récurrents est en baisse de 0,5 milliards d'euros (Q3 965 ME Q2 1 427 ME) et partiellement compensée par 0,3 milliards d'euros d'évolution favorable sur les éléments non récurrents (moindre pertes sur les dérivés de crédit exotiques Q3 -441 ME Q2 -718 ME). La Société Générale indique un ralentissement des revenus commerciaux sur les activités de flux en raison de la baisse des marges et une baisse des revenus de trading de taux dans un environnement en voie de normalisation. Dans son communiqué de presse, la Société Générale détaille l'impact des éléments non récurrents du troisième trimestre 2009 (-751 millions d'euros sur la BFI), sans fournir les impacts plus conséquents du deuxième trimestre 2009 (- 1 696 millions d'euros) ou du troisième trimestre 2008 (- 1 118 millions d'euros). Le Résultat Net s'améliore de 116 millions d'euros entre le deuxième et le troisième trimestre 2009, à 559 millions d'euros. L'augmentation du PNB est compensée par 334 millions d'euros de coût net du risque comptabilisés au troisième trimestre 2009 (rien au deuxième trimestre) sur les titres reclassés au 1er octobre 2008 (au titre amendements IAS 39). C'est finalement une moindre charge fiscale (- 40 millions d'euros au 3ème trimestre 2009 contre - 122 au 2ème) qui contribue principalement à l'évolution du résultat net. Avec de tels résultats, je ne comprends pas bien la réaction des marchés, le titre gagnait encore près de 5 % en début d'après-midi le jour de l'annonce, 4 novembre 2009. 2) Comparaison des PNB des activités de Fixed Income par rapport au premier trimestre 2009
PNB T2 2008 |
PNB T3 2008 |
PNB T4 2008 |
PNB T1 2009 |
PNB T2 2009 |
PNB T3 2009 | |
Goldman Sachs $ |
2,4 |
1,6 |
-3,4 |
6,6 |
6,8 |
6,0 |
JP Morgan $ |
2,3 |
0,8 |
-1,7 |
4,9 |
4,9 |
5,0 |
Citi $ |
-0,6 |
-2,4 |
-13,4 |
4,7 |
5,6 |
3,9 |
Bank of America $ |
0,7 |
-0,7 |
-5,8 |
4,8 |
2,7 |
4,0 |
Morgan Stanley $ |
0,7 |
8,8 |
-9,9 |
1,3 |
1,0 |
2,1 |
Crédit Suisse CHF |
0,3 |
-1,1 |
-2,9 |
3,9 |
3,1 |
2,5 |
Deutsche Bank € |
0,6 |
0,9 |
-2,5 |
3,7 |
2,6 |
2,2 |
Barclays £ |
NI |
NI |
NI |
|||
RBS £ |
1,6 |
5,4 |
2,4 |
|||
UBS CHF |
-4,6 |
-4,5 |
-3,1 |
-2,0 |
-0,1 |
+ 1,0 |
HSBC $ |
NI |
NI |
NI |
|||
BNP Paribas € |
0,4 |
0,9 |
0,8 |
2,9 |
1,9 |
1,6 |
Société Générale € |
0,7 |
0,8 |
0,3 |
1,6 |
1,4 |
1,0 |
Se référer à l'article du 22 octobre 2009 pour les remarques concernant les données chiffrées de certaines banques américaines. Crédit Suisse : Fixed income trading UBS : Sales and trading Fixed income currencies and commodities Société Générale Taux changes et matières premières hors éléments non récurrents BNP Paribas Fixed Income inclue ce qui concerne les émissions obligataires, qui se trouvent dans la partie Financement et Conseil de la Société Générale Crédit Suisse Les revenus nets en Fixed Income trading ont diminué de 0,6 milliards de francs suisses du 2 ème trimestre 3 ème au trimestre, en raison d'un effet de saisonnalité sur les volumes et d'une baisse de la volatilité dans les taux, les changes et les dettes à haut rendement. Néanmoins, les revenus de trading de RMBS US hors agences ont été soutenus. Dans un des slides de la présentation, la tendance comparative entre le 2ème et le 3ème trimestre montre que toutes les tendances dans le Fixed Income sont à la baisse : taux, changes, trading de RMBS US, trading de la dette à haut rendement. Deutsche Bank Pour Deutsche Bank (Sales and Trading debt and other products), les volumes et les marges sur d'importants produits de flux comme les changes et les taux d'intérêt ont été plus faibles qu'aux deux premiers trimestres 2009. Ce que compensent des gains de part de marché dans le Fixed income sur le marché US, la poursuite du niveau élevé en trading de crédit. Les revenus ont été impactés défavorablement par 350 millions d'euros de charges sur l'entité (commercial paper) Ocala Funding LLC. Les revenus d'origination (création et distribution de produits de dettes) de 542 millions d'euros sont en baisse par rapport au deuxième trimestre 2009 (654 millions d'euros). Barclays A suivre. UBS Avec 985 millions de francs suisses de revenus, c'est la première fois depuis neufs trimestres que l'activité de FICC est bénéficiaire. Par rapport au deuxième trimestre, l'évolution est positive de 1,1 milliards de francs suisses. Les résultats de trading se seraient nettement améliorés dans le domaine du crédit, compensés par une activité moindre dans les changes les taux et les marchés monétaires (ceux-là qui contribuaient aux résultats exceptionnels des autres banques au premier trimestre 2009 notamment). Rappelons que le rapport financier du deuxième trimestre 2009 martelait que l'amélioration de FICC relativement au premier trimestre 2009 s'expliquait principalement par de moindres pertes sur des positions non considérées comme faisant partie du coeur de l'activité. N'ayant pas identifié cette information dans les documents du troisième trimestre 2009, j'en déduis que c'est sans doute de ce côté que l'amélioration des revenus de FICC continuent de s'améliorer. En effet, je ne vois pas trop qu'est-ce qui dans le domaine du crédit (excepté de moindres dévaluations sur les actifs dits toxiques) aurait pu permettre une évolution favorable si significative. Un changement de méthode dans la détermination des DVA (Debit Valuation Adjustment) a tout de même également permis d'éviter une charge après impôt de 260 millions de CHF au troisième trimestre 2009. HSBC A suivre. BNP Paribas Les revenus ont diminué de 20 % à 1 551 millions d'euros par rapport au deuxième trimestre 2009. Que dire encore des 2,9 milliards d'euros de PNB au premier trimestre 2009 ! L'effet de saisonnalité serait compensé par la demande soutenue de la clientèle (sur les produits de flux en dérivés), une bonne activité sur les taux et la reprise de l'activité sur les produits de crédit (les titres dérivés du marché hypothécaire US ? le retour). BNP Paribas confirme la poursuite de la réduction des bid-offer spreads, surtout sur les produits simples. Société Générale Hors éléments non récurrents, l'activité Taux Changes et Matières Premières est en baisse du 2ème (1 427 millions d'euros) au 3ème trimestre 2009 (965 millions d'euros). La présentation de la Société Générale ne fournit plus le détail entre PNB clients et PNB trading. Néanmoins, le communiqué de presse avance le chiffre de 375 millions d'euros de revenus clients pour le trimestre. Le trading continue donc de représenter une proportion des deux tiers environ. La baisse des revenus est liée à la normalisation des spreads de cotation (que ce soit sur le trading de taux ou l'activité de flux clients), qui se situent néanmoins nettement au-dessus des niveaux observés avant la crise. 3) Impact de l'évolution des spreads des banques sur la valorisation de leurs propres dettes (propre risque de crédit, own credit spread)
Impact sur le résultat avant impôt |
2007 |
2008 |
Q1 2009 |
Q2 2009 |
Q3 2009 |
Goldman Sachs $ |
0,2 |
1,1 |
-0,2 |
-0,3 |
NI |
JP Morgan $ |
1,3 |
2,0 |
1,1 |
-1,9 |
-0,8 |
Citi $ |
NI |
3,3 |
0,2 |
-1,6 |
-1,0 |
Bank of America $ |
NI |
0,4 |
-1,6 |
0,1 |
NI |
Morgan Stanley $ |
0,8 |
5,6 |
-1,6 |
-2,3 |
-0,9 |
Crédit Suisse CHF (1) |
1,1 |
5,0 |
0,7 |
-1,1 |
-0,1 |
Deutsche Bank € |
NI |
NI |
NI |
NI |
NI |
Barclays £ |
+0,7 |
+1,7 |
+0,3 |
-1,2 |
|
RBS £ |
NI |
+0,9 |
+0,6 |
-0,5 |
|
UBS CHF |
+0,7 |
+2,0 |
+0,7 |
-1,2 |
-1,4 |
HSBC $ |
+3,1 |
+6,6 |
+0,1 |
-2,6 |
|
BNP Paribas € |
+0,1 |
+0,7 |
NI |
-0,2 |
-0,3 |
Société Générale € |
+0,2 |
+0,5 |
+0,1 |
-0,5 |
NI |
Se référer à l'article du 22 octobre 2009 pour les remarques concernant les données chiffrées de certaines banques américaines. (1) Crédit Suisse : les chiffres des articles du 29 juillet et du 18 septembre 2009 représentent en fait l'impact de l'ensemble des spreads (pas seulement ceux de Crédit Suisse) sur la dette de Crédit Suisse. Au troisième trimestre 2009, Crédit Suisse a effectué une transaction (du nom de FVOD) avec un conduit -multi seller commercial conduit- (du nom de Alpine Sécuritization Corp.) qu'elle administre, créé pour réduire la volatilité liée aux spreads de crédit sur la dette de Crédit Suisse. L'impact négatif au 3ème trimestre de 646 millions de francs suisses sur la valorisation de la dette de Crédit Suisse a été compensé par des gains de 553 millions de francs suisses issus de la transaction avec FVOD. Le rapport de Crédit Suisse indique que les gains cumulés à la fin du 1er trimestre (6,8 milliards de francs suisses selon mes calculs) seront reversés selon une base d'amortissement, et la différence entre cet amortissement et l'impact trimestriel sur la dette de Crédit Suisse viendra contribuer aux résultats de Crédit Suisse. D'après la présentation du deuxième trimestre 2009, ce lissage s'effectue à coup de 300 millions de francs suisses par trimestre, soit selon mes calculs sur un peu moins de 6 ans (5,8 précisément). voir mon article sur le sujet http://investigationfin.canalblog.com/archives/2009/10/22/15531208.html Ce n'est qu'à partir du deuxième trimestre 2009 que la notion de DVA (Debit Valuation Adjustment), qui mesure l'impact des propres risques de crédit (own credit spreads) de Crédit Suisse est évoquée, sans toutefois fournir de donnée chiffrée. La situation est identique dans le rapport financier du troisième trimestre 2009. Les données chiffrées fournies pour Credit Suisse ne sont par conséquent pas comparables aux données chiffrées des autres banques. UBS annonce dans ses présentations un impact sur le dernier trimestre 2009 qui, selon mon estimation et grâce aux données du tableau, devrait être inférieur à 800 millions de francs suisses. Néanmoins, dans son rapport financier du troisième trimestre 2009, UBS chiffe à 1,3 milliards de francs suisses le résultat cumulé pour risque de crédit propre sur sa dette en juste valeur. 4) Suivi des assouplissements comptables permis récemment pour certaines normes comptables internationales IASB ou FASB 1) Amendements FASB avril 2009 A suivre dans la troisième partie la revue des rapports SEC trimestriels. 2) Amendements IAS 39 de fin 2008 Deutsche Bank : 35 milliards d'euro avaient été reclassés en 2008 et 3 milliards d'euros au premier trimestre 2009 ; pas de nouveau reclassement au deuxième et au troisième trimestre 2009, impact positif en l'absence de reclassement sur le résultat avant impôt au troisième trimestre de - 0,6 milliards d'euros (-0,8 MdE sur les neufs premiers mois de 2009). UBS : 26 MdCHF avaient été reclassés fin 2008, 0,6 supplémentaires au premier trimestre 2009, aucun au deuxième et au troisième trimestre 2009. L'impact de l'absence de reclassement avait été un bénéfice avant impôt de 1,3 MdCHF au premier trimestre 2009 et une perte de -1,2 MdCHF au deuxième trimestre 2009. Le rapport financier du troisième trimestre 2009 ne fournit pas l'information correspondante. BNP Paribas : 7,8 milliards d'euros avaient été reclassés fin 2008 ; 2,8 milliards d'euros supplémentaires ont été reclassés au premier semestre 2009 ; pas de reclassement supplémentaire au 3 ème trimestre 2009.L'impact sur le résultat avant impôt au troisième trimestre 2009 en l'absence de reclassement aurait été favorable de 195 millions d'euros. Société Générale : 28,6 milliards d'euros avaient été reclassés fin 2008 ; pas de reclassement supplémentaire en 2009 ; l'impact sur le produit net bancaire des reclassements en l'absence de reclassement aurait été positif de 0,6 milliards d'euros au troisième trimestre 2009 (négatif de -1,5 au premier semestre 2009 et de -1,5 au quatrième trimestre 2008).
23 octobre 2009
Credit Suisse : significant smoothing of fair value losses issued from the tightening of credit spreads on CS debt. Thanks to ?
The 2009 third quarter financial results show that quarter losses related to the evolution of Credit Suisse debt, ensuing from the tightening of credit spreads are almost completely offset by gains registered in the past quarters. These past gains, from the diminution of Credit Suisse debt, have resulted from the increase of credit spreads. Indeed, a special off-balance transaction allows Credit Suisse to offset the losses incurred by the tightening of credit spreads for 553 millions CHF before tax for 3Q 2009. The 22nd of October 2009, Credit Suisse announced a net income better than expected of 2,4 billion CHF for the third quarter of 2009, much better than expected. Many press articles seem to comment on those results positively, attributing them partly to strong net asset inflows of 17 billion CHF in 3Q09. In opposition to many comments in the press, Credit Suisse stock price fell the day these results were announced. After some experience in studying the impact of credit spreads on bank's debts, I quickly noticed that figures both in the media release and the slides presentations were astonishingly low. Historically, those pre tax impacts on Credit Suisse debt were, according to my calculations, the following : 2007 (+ 1,1 billion CHF), 2008 (+5,0 billion CHF), first quarter of 2009 (+0,7 billion CHF), second quarter of 2009 (-1,1 billion CHF). As I foresaw (see my article of 29th July, in French though), I was expecting a substantial negative impact on third quarter results, in relation to what had occurred with the main US banks. We have to read page 12 of the 116 page Financial Report carefully, to be made aware of some surprising information. During the second quarter (indeed the second quarter !) of 2009, Credit Suisse entered into a secret transaction (if we consider the media release both Q2 and Q3 2009 and the slides presentation Q3 2009) named FVOD with a conduit named Alpine Securitization Corp. I listened to the 1 hour and 40 minutes conference call, held on October 22 2009 by CEO Brady Dougan and CFO Renato Fassbind and no questions were asked relating to the transaction either during the presentation or during the questions answers session with the analysts. Surprising, when you know that a loss of 1,1 billion CHF was registered in the second quarter of 2009 while lower figures were disclosed in the third quarter results. How can this not be a major point for understanding progress between Q2 and Q3 ? So what was the transaction for ? To reduce a significant portion of the volatility in credit spread movements on Credit Suisse vanilla debt. Alpine is a multi-seller commercial paper conduit, which means Credit Suisse originated and structured the conduit. Besides, Credit Suisse administrates the entity. It is even rated triple A, or AAA by DBRS http://www.dbrs.com/research/230296/alpine-securitization-corp/dbrs-confirms-ratings-of-alpine-securitization-corp.html. Losses before tax of 646 millions CHF should have been registered in 3rd quarter of 2009. These losses were in relation to the increase in value of Credit Suisse debt, resulting from the tightening of credit spreads which have however been offset by gains of 553 millions CHF, thanks to the FVOD transaction. This transaction allows Credit Suisse to announce good income results that are not impacted by the increase of the valuation of its debt, in a period of better normalized market conditions. A few hours after having published this article, I realized that the FVOD transaction had already had a significant impact on Q2 2009 financial statements : 3 744 M CHF of fair value losses were mostly offset by gains of 2 690 M CHF, resulting in a net charge from tightening of spreads on CS debt of 1,1 billion swiss francs. We are talking about pre tax impacts. Without Alpine (-2,7 billion CHF pre tax), net income of 1,6 billion CHF of Q2 2009 would have probably been a loss ! The second quarter impact went unnoticed first because I should have paid more attention, second because the negative impact in the second quarter of 2009 from tightening of spreads was still of size, with more than a billion CHF. Still I wrote in my 29th of July article that I did expect more losses on that relating to the credit spreads. Credit Suisse report indicates that cumulated gains at the end of first quarter of 2009 (6,8 billion CHF according to my calculations, less the portion of debt that has been sold since) will be reversed and charged to the business segments on a straight-line amortization basis, and the difference between this amortization and the net impact on valuation adjustments on this CS debt, from changes in credit spreads, will be included in the Corporate Center. The Q2 2009 press release remained mute on the Alpine and FVOD subject, whereas slide 7 of the presentation provides interesting information. The slide confirms the total of 6,9 billion CHF to be amortized, with approximately 300 million CHF of quarterly charges. Which makes a duration of almost 6 years of amortization. To sum it up, Credit Suisse accounted the big gains at the peak of the financial crises (2008) and now smoothes the losses in almost 6 years of time ! If the mechanism were perfect, then the quarterly impact of tightening of spreads would be a 300 million CHF pre tax loss, which is not what we see, since Credit Suisse accounted a -1,1 billion CHF loss for Q2 2009 and -0,1 billion CHF loss for Q3 2009. Comparisons between second and third quarters of 2009 cannot be relevant without paying close attention to the FVOD transaction, which is not really done in the presentations and press release. Compared to Q2 2009, Q3 2009 benefits from a less negative impact on pre tax income of 1 billion CHF (-0,1 minus -1,1) from the tightening of credit spreads if smoothing had been perfect. Without the FVOD transaction, pre tax income would have been lowered by 2,7 billion CHF for Q2 2009 and 0,6 billion CHF for Q3 2009, which in fact shows better results by 1,9 billion CHF in Q2 2009 compared to Q3 2009. Which would not have been the same story. Are Credit Suisse second and third quarter 2009 results really sincere that way ? Finance is full of tricks ! Such conduits are frequently used and disclosed in the financial statements of the main US banks. Credit Suisse accounts are in US GAAP. Off-balance is a well-known concept, maybe it would be time to talk about Off-income, in order to be clearer on what it does.
22 octobre 2009
Crédit Suisse : lissage des charges issues du resserrement des spreads de crédit sur la dette de CS. Merci le Hors-Bilan !
Au troisième trimestre 2009, les pertes présentes de revalorisation de la dette de Crédit Suisse provoquées par la diminution des spreads de crédit sont compensées presque intégralement par des gains comptabilisés dans le passé issus de la diminution de la dette de CS provoquée par la dégradation des spreads de crédit.
Une transaction hors-bilan permet en effet à Crédit Suisse de compenser au troisième trimestre 2009 les pertes liées au resserrement des spreads sur sa dette pour 553 millions de francs suisses avant impôt.
Crédit Suisse a annoncé le 22 octobre 2009 un bénéfice meilleur qu'attendu à 2,4 milliards de francs suisses au troisième trimestre 2009.
De nombreux articles semblent commenter de manière bienveillante de tels résultats, en raison notamment de l'afflux net de nouveaux capitaux pour 16,7 milliards de francs suisses à fin septembre 2009.
Le cours de l'action de Crédit Suisse a chuté le jour de l'annonce de ses résultats, à contre-courant des commentaires issus d'une rapide revue de presse, comme l'illustre l'exemple suivant :
http://www.agefi.fr/articles/Credit-Suisse-recule-Bourse-bon-trimestre-1112362.html
Credit Suisse recule en Bourse malgré un bon trimestre
Sauf que scrutant les histoires de spreads et leurs impacts sur les dettes des banques depuis un petit bout de temps, j'ai rapidement observé que les données chiffrées dans le communiqué de presse et les slides de présentation étaient étonnamment faibles.
Les impacts avant impôts des périodes précédentes étaient, selon mes calculs, les suivants : 2007 (+ 1,1 MdCHF), 2008 (+5,0 MdCHF), premier trimestre 2009 (+0,7 MdCHF), deuxième trimestre 2009 (-1,1 MdCHF).
Comme je l'avais anticipé (voir mon article du 29 juillet 2009), je m'attendais à un impact conséquent au troisième trimestre, conformément à ce qui s'est passé dans les principales banques américaines et l'impact de leur propre spread sur la valorisation de leurs dettes.
Il faut se plonger dans la page 12 du rapport financier de Crédit Suisse de 116 pages du troisième trimestre 2009 pour prendre connaissance d'une information bien surprenante.
La banque a effectué au deuxième trimestre 2009 (et oui dès le deuxième trimestre en fait !) une transaction secrète (pour le communiqué de presse et les slides de présentation du troisième trimestre 2009) au nom de code FVOD avec une entité secrète (pour le communiqué de presse et les slides de présentation du troisième trimestre 2009) au nom de code Alpine Sécuritization Corp.
Dans quel but ? Réduire la volatilité liée aux spreads de crédit sur la dette de Crédit Suisse.
Alpine est un conduit administré par Crédit Suisse qui se présente sous la forme, en anglais, d'un "multi-seller commercial paper", multi-seller pour signifier que c'est Crédit Suisse qui en est à l'origine tant dans sa création que sa construction, commercial paper pour indiquer qu'il s'agit d'un titre de créance négociable admis sur la marché monétaire. Le conduit est même noté triple AAA par DBRS http://www.dbrs.com/research/230296/alpine-securitization-corp/dbrs-confirms-ratings-of-alpine-securitization-corp.html
La perte avant impôt qui aurait dû être comptabilisée au troisième trimestre 2009 au titre de la revalorisation de la dette de Crédit Suisse en fonction de l'évolution des spreads de crédit, d'un montant de 646 millions de francs suisses, a été compensée par des gains de 553 millions de francs suisses grâce à Alpine.
On comprend donc tout l'enjeu pour Crédit Suisse : présenter des résultats qui ne sont pas diminués par la revalorisation de sa dette dans un contexte de normalisation des conditions de marché.
Peu de temps après avoir publié cet article, je me suis rendu compte que la transaction FVOD avait également eu un impact sur les comptes du deuxième trimestre 2009 : 3 744 millions de francs suisses de pertes de revalorisation de la dette de Crédit Suisse ont été compensés par 2 690 millions de francs suisses de la transaction FVOD, ce qui donne bien l'impact négatif de 1,1 milliards de francs suisses au deuxième trimestre 2009. Il s'agit d'impact avant impôt. Sans Alpine (-2,7 milliards de francs suisses avant impôt), le bénéfice net de 1,6 milliards de francs suisses du deuxième trimestre aurait sans doute été une perte.
Cela m'avait échappé parce que l'impact négatif des spreads de crédit sur la dette de CS était quand même supérieur au milliard de franc suisses, même si dans mon article du 29 juillet 2009 j'écrivais que je ne comprenais pas le faible niveau de pertes sur ce sujet. Je comprends mieux maintenant !
Le rapport de Crédit Suisse indique que les gains cumulés à la fin du 1er trimestre 2009 (6,8 milliards de francs suisses selon mes calculs) seront reversés selon une base d'amortissement, et la différence entre cet amortissement et l'impact trimestriel sur la dette de Crédit Suisse viendra contribuer aux résultats de Crédit Suisse.
Alors que le communiqué de presse de la présentation des résultats du deuxième trimestre reste muet sur le sujet, le slide 7 de la présentation du deuxième trimestre 2009 fournit davantage d'informations. Le slide confirme le total à amortir, 6,9 milliards de francs suisses, et surtout précise que la charge trimestrielle représente environ 300 millions de francs suisses. Soit 5,8 années de lissage.
Pour résumer, Crédit Suisse a enregistré le pactole comptable au moment le plus fort de la crise (2008) et lisse ses résultats sur presque 6 années pour rendre moins douloureuse le retour à la normale.
Si le principe était parfait dans sa réalisation, alors l'impact trimestriel des spreads de crédit devrait être une charge de 300 millions de francs suisses, ce qui n'est pas le cas puisque Crédit Suisse enregistre -1,1 milliards de francs suisses de charges avant impôts au deuxième trimestre 2009 et -0,1 milliards de francs suisses au troisième trimestre 2009.
La comparaison entre les comptes du deuxième trimestre 2009 et du troisième trimestre 2009 ne peut être pertinente que si on tient compte de l'impact de la transaction FVOD : le troisième trimestre 2009 bénéficie d'un impact négatif moindre (1 milliard de franc suisse) sur le résultat avant impôt lié aux spreads de crédit que le deuxième trimestre 2009 si le lissage avait été parfait, et sans transaction FVOD, le résultat avant impôt aurait dû être inférieur de 2,7 milliards de francs suisses au Q2 2009 et de 0,6 milliards de francs suisses au Q3 2009, soit 1,9 milliards de francs suisses de meilleure présentation du deuxième trimestre par rapport au troisième trimestre.
Ce qui n'est pas la même musique.
Les résultats de Crédit Suisse sont-il donc sincères ?
La finance est pleine de ressources !
De tels conduits sont monnaie courante dans les comptes des grandes banques américaines. Crédit Suisse applique les normes comptables américaines du FASB.
On comprend par cet exemple qu'après avoir parlé du Hors-Bilan une nouvelle appellation plus explicite puisse faire son chemin : le Hors-Compte de Résultat.
Un point sur les résultats du troisième trimestre 2009 de Goldman Sachs, JP Morgan, Citi, Bank of America et Morgan Stanley.
Une revue des résultats est effectuée comparativement aux résultats du deuxième trimestre 2009, avec une importance particulière accordée à la partie Fixed Income de la Banque de Financement et d'Investissement. Doivent suivre dans une deuxième partie les banques suivantes : Crédit Suisse Deutsche Bank, RBS, Barclays, HSBC, BNP Paribas, UBS et Société Générale. Les aspects suivants vont être abordés : - évolution des résultats relativement au deuxième trimestre 2009 ; - analyse spécifique sur les activités de Fixed Income ; - impact de l'évolution des spreads des banques sur la valorisation de leurs propres dettes ; - suivi des assouplissements comptables permis récemment par les normes comptables internationales IASB ou FASB. Données en milliards de dollars. Comme prévu, les résultats de Citi et Bank of America au troisième trimestre 2009 n'ont pu survivre à leur niveau du deuxième trimestre qui avait été porté par des cessions exceptionnelles d'actifs. Citi est juste à l'équilibre (+0,1) et Bank of America affiche une perte (-1,0). JP Morgan (+3,6) a inversé la tendance et s'est mieux comportée que Goldman Sachs (+3,2), qui a déçu. JP Morgan est parvenue a maintenir son niveau d'activité exceptionnel dans le Fixed Income alors que Goldman Sachs s'est essoufflée. Ces deux banques génèrent toutefois un niveau de profits bien supérieur à celui des autres banques., loin devant les autres, des profits supérieurs à 3 milliards de dollars. Morgan Stanley présente des bénéfices de 0,8 milliards de dollars qui peuvent s'expliquer par l'impact moins défavorable de ses propres spreads sur la valorisation de sa dette. Globalement, les résultats cumulés du troisième trimestre 2009 des 5 banques atteignent 6,7 milliards de dollars, soit la moitié de ceux du deuxième trimestre 2009, avec 13,6 milliards de dollars cumulés. Les bénéfices de spéculation en Fixed Income se sont poursuivis mais à un niveau moindre qu'au deuxième trimestre 2009 (exceptés Bank of America, voire Morgan Stanley, mais dont les niveaux d'activité étaient bien inférieurs aux 3 autres au premier semestre 2009) et surtout par rapport au premier trimestre 2009. Je comprends que les banques ont continué à se nourrir de marges importantes sur le dos de leurs clients et à spéculer efficacement autour des produits qu'elles proposent à leurs propres clients. La situation économique ne s'est pas franchement améliorée, ce qui pourrait continuer à peser dans les résultats des activités de crédit en banque de détail. Certes la tendance est au remboursement des aides du gouvernement US, mais uniquement grâce aux cessions exceptionnelles d'actifs et aux résultats mirobolants dans le Fixed Income du premier semestre 2009, qui pour ces derniers montrent des signes d'essoufflement. Les banques qui paraissaient malades début 2009 en ont profité pour exiger des marges élevées de leurs clients, mais la récréation est sifflée dans plusieurs cours. Les banques affichent des ratios prudentiels Tier 1 et Core Tier 1 bien supérieurs aux ratios minimaux, elles procèdent à des augmentations de capital. Non seulement en raison du probable durcissement de contraintes réglementaires à venir mais également du contexte économique incertain. Car la vision de leurs comptes semble indiquer qu'en cas de stagnation de l'économie les pertes de la partie banques de détail ne pourraient peut-être plus être compensées par les bénéfices des parties banques de financement et d'investissement. Ne manquez pas dans la partie Fixed Income Morgan Stanley les commentaires plutôt contradictoires entre le communiqué de presse et la conférence de présentation aux analystes. Et aussi la dépêche de l'AFP dans Les Echos sur Morgan Stanley qui confond chiffre d'affaires et résultat net. Surprenant mais instructif. A suivre la deuxième partie sur les banques européennes ... 1) Comparaison des résultats par rapport au deuxième trimestre 2009
PNB T1 2009 |
PNB T2 2009 |
PNB T3 2009 |
RN T1 2009 |
RN T2 2009 |
RN T3 2009 | |
Goldman Sachs |
9,4 |
13,8 |
12,4 |
1,8 |
3,4 |
3,2 |
JP Morgan |
26,9 |
27,7 |
28,8 |
2,1 |
2,7 |
3,6 |
Citi |
24,5 |
30,0 |
20,4 |
1,6 |
4,3 |
0,1 |
Bank of America |
36,1 |
33,1 |
26,4 |
-1,0 |
3,2 |
-1,0 |
Morgan Stanley |
2,9 |
5,4 |
8,7 |
-0,2 |
+ ns |
+0,8 |
ns non significatif, inférieur à 0,05. PNB Produit Net Bancaire (Revenues en anglais) Présentés "on a managed basis" par différence avec "on a US. GAAP basis" ; les chiffres de mon article du 29 juillet 2009 étaient US. GAAP pour JP Morgan ; les chiffres de PNB de Bank of America sont présentés "on a managed basis", sans changement par rapport à mon article du 29 juillet 2009. RN Résultat net (Net Income en anglais) Les chiffres de Morgan Stanley reportés dans mon article du 29 juillet 2009 indiquaient une perte de 1,3 milliards de dollars au deuxième trimestre 2009. En fait, il s'agissait de 1 256 millions d'euros correspondant à la perte applicable aux actionnaires. Les chiffres présentés sont le Net Income (loss) bruts. La confusion est rendue possible dans les publications de Morgan Stanley par trois types de Net income : Net Income (T2 33 d'euros), Net income applicable to non-controlling interests (T2 -116 millions d'euros), Net Income applicable to Morgan Stanley (T2 149 millions d'euros), Earnings applicable to Morgan Stanley common shareholders. Pour preuve que la confusion est possible, un article dans Les Echos du 21 octobre (source AFP) http://www.lesechos.fr/info/finance/300384472-morgan-stanley-retour-dans-le-vert-apres-trois-trimestres-de-pertes.htm, article qui à mon avis ne va pas faire long feu. La dépêche évoque la perte de 1,25 milliards de dollars au deuxième trimestre, qui correspond en fait à la partie Earnings applicable to Morgan Stanley common shareholders et pas au Net Income (résultat net). Mais la dépêche commet une erreur encore plus grossière, car elle indique carrément que le bénéfice net de Morgan Stanley est de 8,68 milliards de dollars au troisième trimestre, confondant ainsi activité (Revenues) et résultat (Net Income) ! J'essaie de manipuler avec une précaution assidue les chiffres, non seulement il y en a beaucoup mais ils sont parfois compliqués, ils changent d'une publication à une autre et ne sont parfois pas comparables d'une société à une autre. La rédaction de cet article m'a donné l'occasion de vérifier encore et encore ceux affichés précédemment. Dès que j'identifie une erreur de ma part je l'indique sur mon site et tente bien sûr de faire amende honorable, en espérant ne pas aller aussi loin dans la grossièreté de l'erreur (bien que j'en ai commis une sur les spreads propres de Deutsche Bank). Merci de votre compréhension, mais je compte aussi sur vous pour me challenger. Normes comptables : FASB Devises : en milliards de dollars T pour Trimestre et Q pour Quarter (trimestre en anglais) Goldman Sachs Goldman Sachs est une banque d'investissement pure, elle avait notamment excellé dans le Fixed income au premier semestre 2009, grâce à d'importants bénéfices de trading. Même un peu inférieur, le bénéfice net s'est maintenu à un niveau élevé à 3,2 milliards de dollars. Le Produit Net Bancaire a sensiblement diminué de 1,4 milliards de dollars, dont -0,8 pour le Fixed Income Currencies and Commodities (FICC) et -0,4 sur le Equity Underwriting (souscriptions en capital, effet de saisonnalité notamment). Toutefois, l'activité Principal Investments Revenues a bénéficié d'une évolution positive de 1,1 milliards de dollars (977 millions de dollars au Q3 contre - 156 au Q2) dans le Corporate (évolution favorable des cours sur des instruments de dette privée acquis) compensée par 0,6 milliards de dollars de moindre contribution (344 millions de dollars au Q3 contre 948 au Q2) de la participation chinoise dans ICBC. Les dépenses et provisions pour rémunération ont diminué de 6,6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2009 à 5,35 au troisième. Signalons 200 millions de dollars de contribution non silencieuse à la Fondation Goldman Sachs. L'évolution du bénéfice net (-0,2 Md$) provient de manière simplifiée de la diminution de l'activité (-1,4) compensée par la baisse des rémunérations comptabilisées (+1,2). JP Morgan Les résultats de JP Morgan poursuivent leur amélioration au troisième trimestre 2009. Deux contributions expliquent l'augmentation de + 0,9 milliards de dollars entre Q2 2009 et Q3 2009 : + 0,5 G$ dans la banque d'investissement, s'expliquant par 0,5 milliards de dollars de moindre provision pour pertes de crédit ; + 0,5 G$ dans l'activité Corporate Private Equity, en raison de niveaux élevés de revenus de trading sur le portefeuille d'investissement (principalement en réserves de réévaluation, pas en cession réalisée) ainsi que sur les revenus d'intérêts sur le portefeuille d'AFS (actifs destinés à la vente). En conférence de presse, le Directeur financier relie de tels intérêts (which is appropriate given where we are in the balance sheet demand from clients as well as the low interest rate environment) à leurs propres clients, sous-entendu, on se finance à bon compte (en sous-rémunérant nos clients aussi) et on finance des clients à des taux d'intérêts bien plus élevés. Apparemment cet impact ne devrait pas durer. Peut-être que certains clients se réveillent et demandent leur part de cotillons. L'idée que JP Morgan fasse des bénéfices sur le dos de ses clients est même encore plus claire suite à la question posée par l'analyste Michael Mayo de Calyon Securities sur l'importance relative des résultats de trading alors que la Value At Risk (VAR) est en baisse. Jamie Dimon, Président, explique dans un premier temps que la VaR a diminué conformément à la baisse de la volatilité. Mais il lâche le morceau : But, the trading was strong really across most areas, there is a lot of client flow and spreads are still higher than they were at the bottom ... pas aussi élevés qu'après la crise mais en légère baisse ... there is a lot of good client business and some good trading around them. Traduction, les clients ont des besoins (produits de taux, produits de couverture, structurés ou autres), JP Morgan satisfait leurs besoins, mais spécule autour, et comme les spreads sont élevés (marge que se prend la banque sur les clients), l'argent rentre. Il y a de bonnes affaires avec les clients et de la bonne spéculation autour. Après les banques centrales (qui elles se proposent d'elles-mêmes), ce sont les clients des banques d'investissement (particuliers pas forcément dans le besoin, mais aussi et peut-être surtout des entreprises également) qui acceptent de se faire tondre par les banques. La crise économique se traduit toujours par des pertes dans l'activité de prêts à la consommation (-1 milliards de dollars) ou des cartes de crédit (-0,7 milliards de dollars). J'écrivais le 29 juillet 2009 que les bons résultats de JP Morgan. s'expliquaient en partie par la diminution des charges de rémunération comptabilisées, suggérant que les résultats annuels diront si la politique de rémunération de JP Morgan est moins dispendieuse que Goldman Sachs ou bien si des sous-provisions ou sur-provisions ont eu lieu. Notons à ce sujet qu'au troisième trimestre les Compensation expense (rémunérations) s'élèvent à 7,3 milliards de dollars, soit environ 400 millions de plus qu'au deuxième trimestre (6,9) et 300 millions de moins qu'au premier (7,6). Citi Au deuxième trimestre 2009, les résultats de Citi avaient été sauvés par des gains exceptionnels de 6,7 milliards de dollars issus de la cession de l'activité de courtage et de gestion d'actifs de Smith Barney à Morgan Stanley au premier juin 2009, sans laquelle la banque aurait accusé une perte de 2,4 milliards de dollars ! Au troisième trimestre 2009, Citi s'en sort avec un bénéfice net suspect de 101 millions de dollars seulement. La procédure d'offre d'échange avec le Gouvernement fédéral exercée durant le trimestre a entraîné un profit comptable de 851 millions de dollars mais une réduction de 3,1 milliards de dollars du revenu disponible aux actionnaires. Ce que l'Etat Français n'a pas fait avec ses banques le gouvernement des Etats-Unis l'a fait avec Citi. La diminution des revenus (activité) de 9,6 milliards de dollars entre le deuxième et le troisième trimestre 2009 s'explique ainsi : - 11,1 milliards de dollars de cession exceptionnelle au deuxième trimestre 2009 de Smith Barney ; - 0,5 en Brokerage and Asset Management ; - 2,0 baisse d'activité en Securities and Banking ; + 0,7 en Local Consumer Banking ; + 1,4 Corporate/other (contribution avant impôt de l'extinction de la dette associée à la procédure d'offre d'échange) ; + 1,9 autre Special Asset Pool (+ 0,5 de positive net revenue marks ou dépréciation/réévaluation des actifs toxiques de 1,5 Md$ au Q3 contre 1,0 au Q2, essentiellement sur des produits exposés au subprime), le reste pas tellement expliqué, mais il semble, à la relecture de la conference call, qu'au deuxième trimestre des dépréciations importantes aient été comptabilisées au titre de la couverture de certains risques (sans doute liés aux actifs toxiques). La diminution du résultat net de 4,2 milliards de dollars entre le deuxième et le troisième trimestre 2009 se comprend de la manière suivante : - 6,7 cession de Smith Barney ; - 2,9 baisse de l'activité dont -2,0 en Securities and Banking (-0,6 en Equity Markets, -1,6 en Fixed Income Markets) ; + 3,4 diminution de la provision pour pertes sur prêts, qui passe de 12,2 à 8,8 ; - 0,3 impact des activités devenues non récurrentes ; + 2,0 les provisions d'impôt sur les sociétés sont passés de -0,9 à 1,1 en raison d'une proportion plus importante de revenus générés et réinvestis dans des pays à plus faibles taux d'imposition (des paradis fiscaux ? les Etats-Unis apprécieront) ou bien bénéficiant de niches fiscales. Les informations disponibles géographiquement dans les présentations portent surtout sur la partie CitiCorp et pas sur Citi Holding et ne permettent pas d'illustrer ce propos. Les CVA (Credit Valuation Adjustment) continuent à avoir un impact conséquent sur les comptes trimestriels de Citi, -1,7 milliards de dollars en Securities and Banking au troisième trimestre 2009 contre -0,9 au deuxième. Au deuxième trimestre il y avait également une contribution positive de CVA dans Citi Holdings de + 0,6 milliards de dollars. Une remarque sur la répartition géographique des activités de Citi (remarque valable également pour d'autres banques américaines) : l'activité de l'Amérique représente 3,7 milliards de dollars (28 %) sur les 13 des revenus de CitiCorp, 27 % pour l'Europe, 22 % pour l'Amérique Latine et 23 % pour l'Asie. Attention à la problématique de change par conséquent. Bank of America Comme pour Citi, les résultats du deuxième trimestre 2009 avaient été sauvés par des bénéfices réalisés sur des transactions non récurrentes. L'activité (revenues) a diminué de 6,7 milliards de dollars, s'expliquant principalement ainsi : - 4,0 en Global Banking (4,7 au Q3 contre 8,7 au Q2) ; - 1,1 en Home Loans and Insurance (3,4 au Q3 contre 4,5 au Q2) ; + 1,3 en Global Markets (5,8 au Q3 contre 4,5 au Q2), +1,5 d'augmentation des revenus de trading ; - 3,0 en All Other (-2,6 au Q3 contre 0,4 au Q2). L'évolution négative du résultat net (-4,2 milliards de dollars) entre le deuxième trimestre et le troisième trimestre 2009 s'explique ainsi : 1) par nature de charge - 6,7 en Revenues ; + 1,7 de moindre dotation aux provisions pour pertes de crédit, dont + 0,7 en Global Card Services (-7,0 au Q3 contre -7,7 au Q2), + 1,2 en All Other (+1,2 au Q3 contre ns au Q2) ; + 0,7 de moindre charges de non-intérêt, dont +0,3 en Deposits (-2,3 au Q3 contre -2,6 au Q2). 2) par Business Segment + 0,6 Global Card Services (-1,0 au Q3 contre -1,6 au Q2) ; en raison de la diminution des coûts provisionnés pour pertes de crédit ; - 0,9 Home Loans and Insurance (-1,6 au Q3 contre -0,7 au Q2) ; augmentation des coûts provisionnés pour pertes de crédit à 2,9 Md$ ; - 2,5 Global Banking (ns au Q3 contre 2,5 au Q2) ; dont 3,8 milliards de dollars de gain au deuxième trimestre suite à la cession de l'activité de services marchant (immobilier ?) à une joint venture ; + 0,8 en Global Markets (2,2 au Q3 contre 1,4 au Q2), en raison de meilleurs revenus de trading et d'une moindre CVA sur les dérivés de crédit ; - 2,3 en All Other (-1,6 au Q3 contre 0,7 au Q2), les gains sur la cession d'instruments de dettes (1,4 au Q3 contre 0,7 au Q2) et davantage de revenus sur de l'equity ont été compensés par des dépréciations sur des CDO (précisément CMO collateralized mortgage obligations), par l'impact de la valorisation en valeur de marché des titres structurés émis par Merrill Lynch (banque rachetée fin 2008 par Bank of America), impact avant impôt négatif de 1,8 milliards de dollars au troisième trimestre 2009 contre -3,6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2009 ainsi que par 400 millions de dollars de coûts de terminaison de la garantie d'actifs dûs au gouvernement fédéral US. Le deuxième trimestre 2009 avait été marqué par l'impact positif avant impôt de 5,3 milliards de dollars de la cession partielle de l'investissement dans CCB (China Construction Bank), ce qui permet de comprendre in fine pourquoi on passe d'une contribution positive au deuxième trimestre à une contribution négative au troisième. J'ai dû avoir recours à cette décomposition analytique parce que les commentaires issus des publications ne me permettent pas de comprendre facilement l'évolution de l'activité et du résultat net. A noter une dépréciation de 277 millions de dollars dans Global Wealth Management concernant une fraude liée à un crédit commercial. Au final, la perte de 1 milliards de dollars au troisième trimestre est imputable à la dégradation du crédit, même si de manière étonnante la partie cartes de paiement est en moindre pertes, alors que les résultats du deuxième trimestre avaient bien été sauvés par des cessions non récurrentes. Le niveau de progression des activités de marchés dans la banque de financement et d'investissement (Global Markets Revenues de 5,8 au Q3 contre 4,5 au Q2) peut surprendre puisque dans les autres banques américaines les résultats restent en deçà des deux premiers trimestres 2009. Morgan Stanley L'amélioration sensible des revenus de 3,3 milliards de dollars par rapport au deuxième trimestre 2009 s'explique dans un premier temps par la diminution de 1,4 milliards de dollars de la dépréciation de la dette de Morgan Stanley en raison du resserrement des spreads de la banque. Le résultat net s'améliore de 0,8 milliards de dollars principalement sur l'activité Institutionnal Securities (0,9 au Q3 contre 0,2 au Q2) en raison de l'impact des spreads de Morgan Stanely sur sa propre dette (+1,4) compensé par l'évolution défavorable (-0,6) de l'impôt sur les sociétés (0,4 au Q3 contre -0,2 au Q2), en raison d'une répartition géographique différente entre les sources de résultat nationales et internationales. On observe effectivement que la part des revenus de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) augmente très fortement entre le 3ème trimestre 2008 et le troisième trimestre 2009. 2) Comparaison des PNB des activités de Fixed Income par rapport au premier trimestre 2009
PNB T2 2008 |
PNB T3 2008 |
PNB T4 2008 |
PNB T1 2009 |
PNB T2 2009 |
PNB T3 2009 | |
Goldman Sachs |
2,4 |
1,6 |
-3,4 |
6,6 |
6,8 |
6,0 |
JP Morgan |
2,3 |
0,8 |
-1,7 |
4,9 |
4,9 |
5,0 |
Citi |
-0,6 |
-2,4 |
-13,4 |
4,7 |
5,6 |
3,9 |
Bank of America |
0,7 |
-0,7 |
-5,8 |
4,8 |
2,7 |
4,0 |
Morgan Stanley |
0,7 |
8,8 |
-9,9 |
1,3 |
1,0 |
2,1 |
Les chiffres de Citi sont différents (pour T2 2008 -0,6 ou 4,4 ; pour T3 2008 -2,4 ou 4,8 ; pour T4 2008 -13,4 ou 0,5 ; pour T1 2009 4,7 ou 10,2) entre les publications du premier trimestre 2009 et les suivantes, mais la lecture du rapport SEC 10 Q confirme au premier trimestre 2009 le chiffre de 4,7 milliards de dollars en fixed income. J'ai donc décidé de retenir les chiffres présentés selon la publication du premier trimestre 2009. Goldman Sachs D'après le Directeur Financier David Viniar, les conditions favorables se sont poursuivies : moins de participants, parts de marché élevées et marges importantes, même si le niveau de l'activité clients est considérée plus faible qu'en 2005, 2006 et 2007. Toutefois les spreads n'ont pas été aussi élevés (surtout pour les produits liquides sans risque) qu'ils ne l'ont été (à des niveaux historiquement inédits) au premier semestre 2009, mais leur niveau est quand même supérieur à 2006 et 2007. Une performance record est signalée dans les crédits hypothécaires, ceux-là même qui avaient été à l'origine de la crise des subprimes ! Dans les taux, changes et matières premières, les résultats sont dans le top 2 par rapport aux deux premiers trimestres. Dans les produits de crédit, l'activité est moindre que le record du second trimestre, mais l'activité a été portée par l'activité clients en raison de la remontée des cours. Si l'activité est moins exceptionnelle qu'aux deux premiers trimestres, c'est en raison d'une activité clients moindre. Les spreads entre l'offre et la demande (bid ask spread) auraient commencé à s'assagir, surtout dans les produits liquides simples dans les taux et le change. Au début, je pensais que les bonus exceptionnels qui allaient être versés en raison notamment des bénéfices exceptionnels de trading dans le Fixed Income du premier trimestre observés dans l'ensemble des banques provenaient d'une spéculation évidente sur certains produits, tout en me demandant quelles étaient les contreparties lésées (clients de la banque ?). Là, il semble qu'une partie des bénéfices dans le Fixed Income provenait de marges anormalement élevées suite à la crise financière sur des produits fournis par la banque à ses clients, comme par exemple des couvertures de change, ou même des dépôts à terme ? De telles marges auraient donc permis de rémunérer notamment les salariés traders ou commerciaux de la banque au détriment des clients de la banque. Ces derniers apprécieront. David Viniar confirme par la suite : "But most of our revenues across trading, across FICC, really have been client-related or our clients want to do things. There just has not been that much positioning, there has not been that much write-ups of prior distressed assets. It has been what I will call blocking and tackling, every day, day after day, dealing with our clients who want to do things, making markets, making prices, helping them hedge things, whether it's rates or energy prices or currencies or things like that. That is really been the great, great majority of our revenues." C'est bien d'aider les clients, c'est encore mieux d'afficher des bénéfices exceptionnels grâce aux marges prélevées sur ces mêmes clients. Les bénéfices de tels clients ne sont pas certains, au contraire des commissions prises par la banque. Une question pertinente de l'analyste Glenn Schorr d'UBS porte sur la baisse de la VaR, l'analyste se demande si la rotation du bilan est élevée. Un peu d'explications. Si votre bilan présente un total de 100 inchangé entre le début et la fin du trimestre mais que pendant la période le niveau de votre bilan était de 500 puis 100 puis 300 puis 100, on peut observer que le taux de rotation est élevé. Sauf que les risques pris mesurés devraient être d'autant plus élevés. A cette question le Directeur Financier acquiesce, mais précise que cela concerne des produits sans risques et très liquides. Des dépôts à terme, billets de trésorerie ? Alors d'échéance inférieure à 3 mois, à moins que les banques ne se refilent ces produits entre elles pour assurer une rotation élevée. Ce ne sont que des hypothèses. JP Morgan Le niveau de revenus records observés les deux premiers trimestres 2009 se poursuit, malgré l'impact négatif du resserrement du propre risque de crédit de la banque. En conférence de présentation avec les analystes, Michael Cavanagh, le Directeur Financier, précise que la cession de prêts à effet de leviers (leveraged loans, dont on prédisait que c'était peut-être la suite de la crise financière) a contribué à l'excellente performance du trimestre. Le niveau de tels prêts n'est plus que de 2,2 milliards de dollars et a été réduit d'un quart par rapport à la fin du deuxième trimestre, le sujet ne serait donc plus d'actualité. Sinon une forte performance est soulignée pour l'ensemble des activités du Fixed Income, mais selon moi la boucherie du premier semestre (et particulièrement du premier) touche à sa fin. Citi Sans les éléments non-récurrents du premier trimestre, j'avais estimé que les revenus de Fixed Income avaient diminué entre le premier trimestre et le deuxième trimestre 2009. La tendance s'est poursuivie puisque les revenus sont passés de 5,6 à 3,9 milliards de dollars entre le deuxième et le troisième trimestre 2009, soit une diminution de 1,7 milliards de dollars dont 0,2 d'évolution défavorable de CVA (extrapolation de la conférence de présentations aux analystes). Le business de taux et de change s'est néanmoins bien maintenu, malgré des conditions de marché plus normales et son impact sur des opportunités de trading, l'activité client a été soutenue. Bank of America Les résultats en produits structurés, taux et changes se seraient améliorés par rapport au deuxième trimestre d'après le Directeur Financier Joe L. Price. Alors que jusqu'au premier trimestre 2009 le document d'information supplémentaire (Supplemental Information) fournissait la répartition de l'activité dans le Fixed Income entre Rates and currencies, Commodities, Credit Products et Structured Products, cette information n'est plus disponible à partir du deuxième trimestre, rendant plus difficile l'identification de la source des revenus de la banque. Remarquons que Bank of America était l'une des seules grandes banques à ma connaissance à fournir ce niveau de détail. Rappelons que grâce à ce niveau de détail on pouvait identifier facilement l'importance des Taux et Changes dans les résultats mirobolants en Fixed income au premier trimestre 2009, puisque les revenus de cette activité avaient atteint 3,6 milliards de dollars à Bank of America alors que le maximum des 4 trimestres précédents était de 0,8 milliards de dollars. Saura-ton précisément (mes travaux avancent, sans pouvoir conclure de manière tranchée à ce jour) comment les banques se sont gavées au premier trimestre 2009 ? Morgan Stanley Hors l'évolution de l'impact des propres spreads de Morgan Stanley sur la valorisation de sa dette, l'activité de Fixed Income progresse (de + 0,4 milliards de dollars d'après mes calculs) par rapport au deuxième trimestre 2009. D'après le Président John J Mack dans le communiqué de presse, la performance dans les taux, crédit et change est soulignée. L'activité client et la volatilité ont diminué. Les performances dans les matières premières ont reflété le niveau plus faible de l'activité client et des conditions de marché défavorables. Pourtant, en conférence de présentation, le Directeur Financier Colm Kelleher donne un point de vue différent. Les revenus de l'activité Matières premières ont augmenté de 35 % par rapport au deuxième trimestre (la réduction de la volatilité a néanmoins limité des opportunités). Et dans les taux d'intérêt (léger plus), le crédit (+4% pour le trading), les changes (+18% en raison du trading) le trimestre aurait été en moyenne un peu moins bon que le précédent (revenues combined were down slightly from last quarter on lower activity levels). Bizarrement, avec que des plus dans le détail, où sont les moins pour qu'au total on observe une baisse ? Néanmoins, on peut donc interpréter différemment les résultats selon l'une ou l'autre source. Enfin, la spéculation sur les crédits adossés à des prêts hypothécaires serait repartie, le retour de la liquidité aidant. Morale de cette histoire, il ne faudrait pas se contenter de lire le communiqué de presse pour tenter de cerner les résultats du trimestre, je doute que beaucoup d'articles ou de dépêches écrits sur le sujet tiennent compte du contenu des conférences de présentation aux analystes. Peut-être également que je pourrais encore aller plus loin dans mes travaux sur le sujet. Retournons au sujet qui nous occupe. Le Président John J Mack rapporte un gain exceptionnel de 0,3 milliards de dollars lié à la vente d'intérêts dans un litige contre une contrepartie dans les dérivés qui s'est placée sous la protection contre la faillite (filed for bankruptcy protection). En dehors des éléments exceptionnels, j'estime que les performances du Fixed Income à Morgan Stanley du troisième trimestre 2009 sont donc finalement globalement de niveau comparable à celles du deuxième trimestre 2009. 3) Impact de l'évolution des spreads des banques sur la valorisation de leurs propres dettes (propre risque de crédit)
Impact sur le résultat avant impôt |
2007 |
2008 |
Q1 2009 |
Q2 2009 |
Q3 2009 |
Goldman Sachs |
0,2 |
1,1 |
-0,2 |
-0,3 |
NI |
JP Morgan |
1,3 |
2,0 |
1,1 |
-1,9 |
-0,8 |
Citi |
NI |
3,3 |
0,2 |
-1,6 |
-1,0 |
Bank of America |
NI |
0,4 |
-1,6 |
0,1 |
NI |
Morgan Stanley |
0,8 |
5,6 |
-1,6 |
-2,3 |
-0,9 |
NI Non Identifié Attendre la publication SEC 10 Q pour avoir l'information éventuellement. Le resserrement des spreads de crédit s'est poursuivi au troisième trimestre 2009, on peut estimer que la situation s'est quasiment stabilisée à un niveau normal. Citi Les chiffres de Citi ont été mis à jour ainsi : CVA on Citigroup liabilities at Fair Value Option 2007 non identifié ; 2008 3 279 M$ ; 1 2009 180 M$ ; Q2 2009 -1 608 M$ ; Q3 2009 - 1 019 M$. Les chiffres de l'article du 29 juillet 2009 proviennent de l'addition qui s'avère non fondée avec l'impact du CVA sur les dérivés ! Morgan Stanley Le chiffre du deuxième trimestre 2009 dans l'article du 29 juillet 2009 et du 18 septembre 2009 correspondait uniquement (-1,3) au Fixed Income. Le chiffre total de la banque est en fait de -2,3 milliards de dollars. C'est une erreur de ma part. Le chiffre du premier trimestre 2009 était indiqué à 1,5 milliards de dollars, il correspond bien au contenu du communiqué de Morgan Stanley, mais la publication SEC 10 Q avance le chiffre de 1,6 milliards de dollars, le tableau est donc mis à jour en conséquence. 4) Suivi des assouplissements comptables permis récemment par les normes comptables internationales IASB ou FASB Très peu d'informations sur le sujet dans les publications les jours d'annonce des résultats. Il faut attendre les publications 10 Q SEC. A suivre ultérieurement dans la deuxième partie consacrée aux autres grandes banques internationales.
19 octobre 2009
Position dominante sur l'étain au London Metal Exchange par un Hedge Fund
Qu'est-ce que c'est que cette histoire du marché de l'étain sur le London Metal Exchange (LME) contrôlé à 90 % par un seul investisseur, du nom d'Ebullio ? 1) Introduction à cette histoire Le directeur de la régulation du London Metal Exchange Diarmuid O'Hegarty aurait admis auprès de l'AFP "nos rapports font état d'une position dominante, détenant plus de 90 % des stocks d'étain". L'AFP se serait procuré le nom de la société : Ebullio Capital Management, fonds spéculatif basé dans l'Essex, immatriculé aux îles Caïmans. Le danois Lars Steffensen est l'associé principal de ce fonds. D'après Reuters, la position dominante aurait été observée depuis le début de l'été 2009. Ebullio parie sur la reprise de la demande en Chine, principal consommateur de l'étain, métal utilisé dans la soudure notamment. 2) Revue de presse Le 9 octobre 2009, je découvrais un court article de Libération intitulé Mystérieuse Razzia sur le marché londonien de l . Une dépêche AFP datée du 8 octobre est également reprise par plusieurs sites, le 12 octobre à l'adresse http://www.lecho.be/algemeen/algemeen-nwslf___/Du_tintamarre_dans_l-etain_-_un_investisseur_accapare_90-_du_marche_du_LME.8242807-249.art, et le 6 octobre http://steelguru.com/news/index/2009/10/06/MTE0OTAx/Traders_warn_of_disorderly_tin_market.html. Une dépêche Reuters suit, le 9 octobre, au titre Ebullio fund controls over 90 pct of LME in trade, à l'adresse http://www.reuters.com/article/marketsNews/idINL955173820091009?rpc=611. Un article de fond est publié le 12 octobre dans le journal Le Monde par Marc Roche : Contrôlant 90 % du stock mondial, un hedge fund londonien est devenu le roi de l'étain. Mais la source de l'information, que des sites attribuent au journal The Australian semble provenir du site Times du 2 octobre, avec l'article London tin traders warn of . Buzz ou pas buzz ? Les titres des articles pourraient laisser penser à un véritable scandale et un exemple frappant dans les excès des financiers, sauf que sur google, au 15 octobre, le buzz se fait désirer : - 41 pages pertinentes répertoriées sur les 31 derniers jours pour les mots clés tin lme ebullio ; - 6 pour étain et ebullio. Pas de quoi fouetter un chat, y a-t-il un loup ? Coup de publicité ? 3) Enjeux et problématique Ebullio détiendrait, au moment des informations de presse, environ 90 % des stocks d'étain au LME. Au 30 septembre 2009, le stock d'étain en fin de journée s'élevait à 25 425 tonnes. Au cours de 15 000 dollars la tonne (ordre de grandeur du mois de septembre), la valeur d'un tel stock s'élève à 334 millions de dollars. D'après Libération, le pari serait gagnant si les prix de l'étain continuent de grimper. Plus précisément d'après l'article du Times du 2 octobre, citant le LME, la position dominante porterait sur des warrants. Ebullio Capital Management ferait donc le pari de racheter dans 3 mois ou dans 15 mois à un moindre coût ce qu'il a pour l'instant acquis. Risqué. Les cours du LME sont donnés cash, à 3 mois et à 15 mois. Si les warrants ont une échéance de 3 mois, sachant que la position dominante semble effective depuis le début de l'été, une partie du dénouement ne devrait pas tarder. A moins qu'Ebullio remette le paquet, en achetant de plus en plus cher de plus de stocks, jusqu'à ce qu'une pression de la demande par rapport à l'offre lui soit favorable. Mais selon Reuters du 9 octobre, les 90 % porteraient sur les stocks et les contrats en cash. Ce qui est confus. D'après les données de l'Industrie minière des Etats-Unis (USGS US Geological Survey), la production minière mondiale d'étain était estimée pour 2008 à 333 000 tonnes de m3 (320 000 en réel pour 2007), et les réserves à 5,6 millions de tonnes de m3, soit près de 17 fois la production. D'après l'ITRI (Institut International de Recherche sur l'étain), l'approvisionnement de l'étain serait assuré à long terme, plus que les 15 ou 30 années généralement citées.. Les réserves confirmées ont été limitées par le prix bas du métal. http://www.itri.co.uk/pooled/articles/BF_TECHART/view.asp?Q=BF_TECHART_299114 La consommation mondiale d'étain, toujours selon l'ITRI, s'élevait à 360 000 tonnes environ en 2006 et 2007, dont environ 62 % en Asie et 20 % en Europe. La consommation estimée en 2008 atteint 350 000 tonnes. Ebullio détiendrait donc près de 23 000 tonnes d'étain sur 333 000 produites, soit 7 % environ. Est-ce si important que cela pour que le monde de l'étain (producteurs, consommateurs) puisse se sentir menacé, à moins que la menace ne concerne qu'une poignée de traders au LME dont les échanges sont significativement impactés par les manoeuvres d'Ebullio ? D'ailleurs il n'y a pas qu'au LME qu'on peut acheter de l'étain. L'USGS cite le marché de New York, celui du New York composite, et celui de Kuala Lumpur. 15 000 tonnes d'étain auraient été recyclées en 2008. J'estime que la progression du recyclage tant en terme de technologie que de comportement doit faire augmenter les quantités d'étain recyclées, donc diminuer d'autant les besoins de production nécessaires. D'après le Times, la situation actuelle au LME sur l'étain revient à ce que des acheteurs industriels sont forcés de payer une prime en espèces de 730 $ par tonne à 3 mois, alors qu'il n'y a pas de pénurie de stock, ce dont certains acheteurs se sont plaints. Un analyste métaux dans l'article du Times est cité, indiquant que les stocks d'étain ont atteint un plus bas de 3 000 tonnes en novembre 2008 mais ont atteint depuis 25 000 tonnes. Selon les données du LME, le stock d'étain au LME s'élevait à 7 765 tonnes début 2009 et 25 425 tonnes fin septembre 2009. D'après l'article du Monde, les opérateurs producteurs, industriels et négociants auraient demandé une intervention des responsables de la régulation au LME. La production étant essentiellement asiatique (et même à 45 % chinoise) et la consommation également principalement asiatique, qui peut réellement croire que les Chinois soient contraints, sans réagir, d'acheter plus cher une matière première qu'ils produisent et qu'ils consomment ? Quoi que ! Sauf si cela ne concerne comme je l'ai écris plus haut qu'une poignée de traders sur le LME. Les pauvres agneaux ! Le livre des plaintes de la Finance Mondiale est ouvert, on vous lira. Et si on n'achète pas plus cher ce métal, alors cette spéculation n'a pas d'avenir et semble vouée à l'échec. A moins que ce ne soit un bon coup de publicité, mais pour qui, et à quel coût ? 4) Ebullio source : http://www.ebullio.co.uk Le fonds annonce une croissance des encours (souscription et performance) de 52 % en avril 2009, atteignant le niveau sous gestion de 50 millions de dollars. Fin septembre 2009, la valorisation de 90 % du stock d'étain au LME était estimée à 300 millions de dollars. A comparer également avec la capacité initiale annoncée du fonds, de 500 millions d'e dollars. C'est peu dire qu'Ebullio semble jouer gros dans cette affaire. Même si d'importantes souscriptions ont pu avoir lieu depuis le mois d'avril dernier, l'exposition aux positions prises sur le marché du LME sur l'étain semble démesurée. Le fonds a dû jouer l'effet de levier à fond, bonjour les dégâts si cela ne se passe pas comme prévu dans les prochains mois. D'éventuels gains sur les positions prises et le mécanisme des appels de marge ont-il permis à Ebullio de renforcer sa position ? 5) Analyse des données historiques du LME Le prix de la tonne de l'étain a connu un plus haut en mai 2008 à 25 500 dollars, redescendant jusqu'à fin décembre 2008 à 9 700 dollars la tonne. Début 2006, le niveau du cours de l'étain au LME s'établissait entre 6 000 et 7 000 dollars la tonne. Une première période d'ascension amène le niveau du métal à 17 000 dollars début 2008. Une deuxième période d'ascension plus marquée fait atteindre un plus haut en mai 2008 à 25 500 dollars. S'ensuit une baisse jusqu'à fin décembre 2008 aux niveaux de 10 000 dollars la tonne, niveau relativement stable jusqu'en avril 2009. C'est à partir d'avril 2009 que les cours repartent à la hausse, pour atteindre le niveau actuel de 14 000 à 16 000 dollars la tonne depuis début juin 2009. Une brève période de creux de quelques jours est observée en juillet 2009, avec un point bas aux alentours de 12 500 dollars la tonne le 10 juillet 2009. Les stocks progressent de manière continue sur 2009 : 7 765 tonnes en début d'année, 20 360 tonnes fin septembre 2009. Les niveaux de volatilité (ratio de l'écart entre le plus haut et le plus par rapport à la moyenne) que j'ai relevés se situent habituellement dans la fourchette de 8 à 12 %, avec deux pics à 18 %, les mois d'avril et de juillet 2009. Le ramassage d'Ebullio a probablement démarré au moins dès le mois d'avril 2009. La chute du mois de juillet traduit peut-être un épisode de test ou de tension entre intervenants qui s'est soldé par la poursuite de la tactique initialement entamée par Ebullio. Sans savoir si le fonds en est sorti gagnant ou non. 6) Analyse des données du marché de Kuala Lumpur en 2009 Le prix de la tonne d'étain en fin de mois au marché de Kuala Lumpur a suivi la même évolution que sur le LME, mais le parallèle est moins marqué sur le niveau de stocks en fin de mois, même si l'évolution est semblable. Le niveau des stocks était supérieur à Kuala Lumpur début 2009 (11 000 tonnes fin janvier contre 9 070 au LME) mais la tendance s'est inversée dans l'année (14 720 tonnes fin septembre 2009 contre 25 425 au LME). A noter également le même creux en juillet 2009 qu'au LME. Et si le fonds Ebullio ne s'était pas contenté de prendre des positions sur le LME mais également sur les autres marchés ? 7) Les règles du LME D'après Reuters, les règles du LME indiquent que si un membre ou un client détient 50 % ou plus des positions en warrants ou en cash, il peut être obligé de prêter avec une prime inférieure à 0,5 % du prix en cash de la journée. D'après le Times, le détenteur de plus de 90 % des positions en warrants ou en cash peut être contraint par le LME de prêter à des tiers pour assurer le bon fonctionnement du marché. D'après l'article du Monde, les règles actuelles du LME ne contraindraient pas Ebullio à céder une partie de ses positions. 8) Situation de la production de l'étain et des principaux producteurs en Chine et en Indonésie Selon USGS, les principaux producteurs de ces deux pays étaient les suivants en 2008 : Pour la Chine : - Yunnan Tin Group Co Ltd 58 400 t - Yunnan Chengfeng Non-Ferrous Metals Co 13 500 t - Liuzhou China Tin Group Ltd 12 000 t - Gejiu Zi-Li Co Ltd 7 000 t Pour l'Indonésie : - PT Timah Tbk 49 000 t - PT Koba Tin 7 100 t. Nicholas Snowdown, analyste chez Barclays Capital, affirme qu'il existerait des difficultés d'extractions de l'étain en Chine et en Indonésie, qui représentent environ 75 % de la production minière mondiale. Il se réfère sans doute à un document récent de l'USGS sur l'étain : "Tin producers responded to the higher tin prices in 2008 with tin mine and tin smelter openings and expansions, including ones in Australia, Bolivia, Canada, and Thailand. Tin exploration activity increased, especially in Australia and Canada. China continued as the world’s leading tin producer from both mine and smelter sources, but experienced sporadic difficulty in obtaining feedstock for its smelters. Indonesia, the world’s second leading tin producer from both mine and smelter sources, continued to experience some production difficulties, some related to a Government shutdown of possibly illegal production sites." Indonésie Dans un sens inverse, selon le rapport du premier trimestre de USGS (publication septembre 2009) sur l'industrie de l'étain, PT Koba Tin a annoncé son intention de produire 9 000 tonnes en 2009 contre 7 200 en 2008. Le gouvernement indonésien aurait défini le quota de production à 105 000 tonnes en 2009 (100 000 production estimée 2008), dont 90 000 t viendraient de Bangka Island, le reste venant des Riau Islands. Il semble néanmoins que l'extraction dans les principales mines indonésiennes se fasse de plus en plus profondément, renchérissant les coûts de production. Dans ce sens, selon le rapport du quatrième trimestre 2008, un consortium de 7 petits producteurs indonésiens (capacité 5 000 tonnes de m3 par mois) a annoncé l'arrêt de la production en octobre en raison de la baisse des prix. Gageons que cet événement a une probabilité faible de se reproduire pour la même raison, vu le niveau des cours en 2009. Selon un article récent (27 août 2009) de Reuters http://www.reuters.com/article/rbssMiningMetalsSpecialty/idUSSP16108120090827 sur l'industrie de l'étain en Indonésie, le gouvernement a songé à limiter la production annuelle pour raffermir les prix et réduire les dégâts environnementaux mais de telles régulations n'auraient pas encore été prises, la demande diminuant. D'après un article très bien fait d'analyse sur l'industrie de l'étain en Indonésie publié le 6 août 2009 http://news.alibaba.com/article/detail/metalworking/100151054-1-analysis-indonesia-eases-curbs-tin-exports%252C.html, les recherches de l'étain sont dans l'attente de nouvelles lois les autorisant, prévues en octobre 2009, mais des précédents montrent que cela peut prendre des années. Mais le niveau de production devrait rester inchangé en 2009 à 90 000 tonnes. L'article indique que la consommation d'étain devrait diminuer de 10 à 15 % en 2009. Chine Une usine du groupe Liuzhou China Tin Group Co a dû fermer suite à l'empoisonnement à l'arsenic de villageois dans la province de Guangxi après le déversement dans des rivières de déchets suite à des pluies diluviennes. Selon un article de janvier 2009 de Caijing Magazine, la Chine a annoncé en décembre 2008 un plan sur 13 mois, le plan Yunnan, consistant à constituer des réserves de matières premières, dont l'étain, pour 100 000 tonnes. Le gouvernement provincial aurait accepté d'acheter les matières premières à des prix au-dessus du marché, de 110 000 yuan par tonne de zinc (environ 16 000 dollars le 1er janvier 2009). C'est bizarre, on est maintenant pas loin de ce niveau actuellement. Une première phase de ce plan a été annoncée en décembre 2009, couvrant 30 000 tonnes d'étain. Yanna Tin Group a réservé 6 000 tonnes d'étain après avoir obtenu un quota de 30 000 tonnes du gouvernement. Un analyste cité dans l'article indique que la constitution de la réserve de 30 000 tonnes pourrait avoir un impact à court-terme sur les marchés. La stratégie d'Ebullio a-t-elle été influencée par le plan chinois ?
14 octobre 2009
Le conflit d'intérêts : début d'étude au niveau international
Comme suggéré à la fin de l'article du 6 octobre 2009 "Le rapport d'enquête interne de la SEC sur ses responsabilités dans la non-découverte de la fraude Madoff" http://investigationfin.canalblog.com/archives/2009/10/06/15328117.html , une petite étude sur les conflits d'intérêts et les mesures prises au niveau international. Les sites de Transparency International (TI) http://www.transparency.org et de sa section française Transparence-international (France) http://www.transparence-france.org regorgent d'informations sur le conflit d'intérêts. Des règles existent notamment en France, mais la multiplicité des conflits d'intérêts réels, apparents ou potentiels (dans le lot et récemment Rachida Dati - Parlement Européen, Bernard Kouchner - Gabon, François Pérol - BPCE) ne semble quasiment jamais aboutir au désistement de la personne concernée voire à des sanctions. Tout juste parfois apprend-on qu'une réprimande a été donnée, comme dans l'affaire Dominique Strauss-Kahn au FMI. Pour ma part, je recommande que systématiquement une analyse préventive de situation réelle apparente ou potentielle soit effectuée pour toute décision : nomination, obtention de contrat, que ce soit en matière publique ou privée. Avec obligation dans le secteur public de publication et dans le secteur privé d'information aux parties concernées (concurrents d'un appel d'offres par exemple). Qu'enfin les conflits d'intérêts réels et apparents soient alors purement et simplement évités par éviction de la personne physique ou morale concernée. Point barre. Une sorte de pare-feu au copinage, aux services rendus réciproques. Finis les rapports bidons de femme de Maire rémunérés par la même Mairie, ou que sais-je encore. Rentrons dans le vif du sujet qui je le concède est un peu rébarbatif mais ce blog tente de creuser le fond des choses, alors par ici la main dans le cambouis. Plusieurs heures ont été nécessaires pour recenser les informations liées au conflit d'intérêt sur le site de Transparency International, cet article les assemble et les synthétise. Par conséquent je ne consacrerai (pour le moment) pas plus de ressources au sujet. Définition générale La section française définit particulièrement bien le conflit d'intérêts http://www.transparence-france.org/ewb_pages/l/le_conflit_d_interets.php en distinguant : 1) le cas particulier de la fonction publique « Un conflit d'intérêts implique un conflit entre la mission publique et les intérêts privés d'un agent public, dans lequel l'agent public possède à titre privé des intérêts qui pourraient influencer indûment la façon dont il s'acquitte de ses obligations et de ses responsabilités. » (OCDE, 29e session du comité de la gouvernance publique, Paris, les 15 et 16 avril 2004) 2) le cas général de toute situation « Un conflit d'intérêts naît d'une situation dans laquelle une personne employée par un organisme public ou privé possède, à titre privé, des intérêts qui pourraient influer ou paraître influer sur la manière dont elle s'acquitte de ses fonctions et des responsabilités qui lui ont été confiées par cet organisme ». (Service central de prévention de la corruption, Rapport 2004). L'intérêt peut être de toute nature : politique, financière, économique, professionnelle, confessionnelle et même sexuelle selon le site. Dispositions prises au niveau des instances internationales 1996 Nations Unies Code de conduite international pour les agents publics (section II) http://www.un.org/documents/ga/res/51/a51r059.htm 1999 The World Bank Group Code of Professional Ethics S'applique au personnel de la Banque Mondiale dans le Monde. Evoquons également le cas du FMI, puisque Dominique Strauss-Kahn a été concerné dans une enquête portant sur le conflit d'intérêts, son ancienne maîtresse Piroska Nagy ayant pu être favorisée financièrement. 2000 Council of Europe: Model Code of Conduct for Public Officials Concerne également les personnes employées par le secteur privé réalisant des services publics ; lignes directrices pour la détection et la prévention des conflits d'intérêts. 2003 OCDE Comment gérer les conflits d'intérêts dans le secteur public http://www.olis.oecd.org/olis/2003doc.nsf/0/0fc741f6009c94b6c1256ddd005b2eff/$FILE/JT00153650.PDF : distinction entre conflits d'intérêts réel, apparent, potentiel. Checklists, questionnaires, lignes directrices : test d'intégrité, formulaire d'enregistrement des intérêts personnels, procédure de dénonciation anonyme. Selon Transparency International, les Institutions Suprêmes d'Audit (SAIs), ou Cour des Comptes en France, sont bien placées pour révéler les violations de conflit d'intérêt. Ayant lu quelques rapports de la Cour des comptes et en faisant travailler ma mémoire, je ne me souviens pas particulièrement de conflits d'intérêts dénoncés par la Cour des Comptes. Qu'en pense Philippe Séguin, nommé Président de la Cour des Comptes en 2006 par Jacques Chirac et très proche de ce dernier ? 2008 Nations Unies Convention Contre la Corruption Document le plus récent et dont les extraits concernant le conflit d'intérêt sont les suivants : Secteur Public Chaque État Partie s’efforce, conformément aux principes fondamentaux de son droit interne, d’adopter, de maintenir et de renforcer des systèmes qui favorisent la transparence et préviennent les conflits d’intérêts. Codes de conduite des agents publics 5. Chaque État Partie s’efforce, s’il y a lieu et conformément aux principes fondamentaux de son droit interne, de mettre en place des mesures et des systèmes faisant obligation aux agents publics de déclarer aux autorités compétentes notamment toutes activités extérieures, tout emploi, tous placements, tous avoirs et tous dons ou avantages substantiels d’où pourrait résulter un conflit d’intérêts avec leurs fonctions d’agent public. Passation des marchés publics et gestion des finances publiques e) S’il y a lieu, des mesures pour réglementer les questions touchant les personnels chargés de la passation des marchés, telles que l’exigence d’une déclaration d’intérêt pour certains marchés publics, des procédures de sélection desdits personnels et des exigences en matière de formation. Secteur Privé 2. Les mesures permettant d’atteindre ces objectifs peuvent notamment inclure: b) La promotion de l’élaboration de normes et procédures visant à préserver l’intégrité des entités privées concernées, y compris de codes de conduite pour que les entreprises et toutes les professions concernées exercent leurs activités de manière correcte, honorable et adéquate, pour prévenir les conflits d’intérêts et pour encourager l’application de bonnes pratiques commerciales par les entreprises entre elles ainsi que dans leurs relations contractuelles avec l’État; e) La prévention des conflits d’intérêts par l’imposition, selon qu’il convient et pendant une période raisonnable, de restrictions à l’exercice d’activités professionnelles par d’anciens agents publics ou à l’emploi par le secteur privé d’agents publics après leur démission ou leur départ à la retraite, lorsque lesdites activités ou ledit emploi sont directement liés aux fonctions que ces anciens agents publics exerçaient ou supervisaient quand ils étaient en poste; Dispositions en France Secteur public Délit de prise illégale d'intérêt défini par le code pénal : - l'article L432-12 : Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l'acte, en tout ou partie, la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende. Exception pour les communes de 3 500 habitants au plus. - l'article L432-13 : Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 Euros d'amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions. De manière générale (extraits du site de Transparence-international (France) : Administrateur d'une entreprise cotée : « L’administrateur a l’obligation de faire part au conseil de toute situation de conflit d’intérêt même potentiel et doit s’abstenir de participer au vote de la délibération. » (Rapport du groupe de travail Association française des entreprises privées et conseil national du patronat français de juillet 1995 sur le conseil d’administration des sociétés cotées). http://www.transparence-france.org/ewb_pages/l/le_conflit_d_interets.php Avocats : certaines dispositions normatives tentent de prévenir les risques de conflit d’intérêts. Ainsi l’article 4 de la décision à caractère normatif n° 2005-003 portant adoption du règlement intérieur national de la profession d’avocat définit les cas de conflit d’intérêts spécifiques à la profession d’avocat et expose les interdictions destinées à les éviter http://www.transparence-france.org/ewb_pages/l/le_conflit_d_interets.php Autres pays (extraits du site de Transparency International) La mise en place réglementaire peut remonter selon le pays à des dizaines d'années. Une fois un cadre réglementaire (à supposer qu'il soit pertinent) défini se pose toujours la problématique de sa correcte application. Allemagne 1998 Germany: Federal Government Directive concerning the Prevention of Corruption in the Federal Administration Australie 1994 Etat du Queensland Public Sector Ethics Act Bangladesh Situation en 2004, selon TI conflits d'intérêts observés au niveau politique. Canada 1994 Conflict of Interest and Post-Employment Code for Public Office Holders Office of the Ethics Counsellor : Responsible for the Conflict of Interest and Post-Employment Code for Public Office Holders, the Lobbyists Registration Act, and the Lobbyists' Code of Conduct Corée du Sud 2003 Code of Conduct for Maintaining the Integrity of Public Officials Code de Conduite pour maintenir l'intégrité des agents publics. D'après Transparency, le nombre de cadeaux aurait diminué depuis l'entrée en vigueur du Code. Croatie Situation en 2001 : selon TI, une loi sur le conflit d'intérêt est en cours. Egypte Selon TI, il existe des lois sur les conflits d'intérêts et la publication des actifs, mais la mise en oeuvre est déficiente. Etats-Unis United States Office of Governance Ethics (OGE) : organisme ayant pour but la prévention des conflits d'intérêts de la part d'employés du gouvernement et la résolution de tels conflits, définition de standards. Dans un pays où le lobbying est presque un sport national et où les contributions financières des grandes entreprises aux campagnes présidentielles des Républicains ou des Démocrates atteignent les millions de dollars. Ghana 2007 2008 Promoting awareness of the Conflict of Interest Guidelines produced by the Commission on Human Rights and Administrative Justice (CHRAJ) Inde 1968 The All-India Services (Conduct) Rules Irlande 1995 Ethics in Public Office Act Kenya 2003 The Public Officer Ethics Act Liban Situation selon TI : le pays a ratifié la Convention des Nations Unies contre la corruption en Octobre 2008 mais absence de cadre réglementaire sur les conflits d'intérêts, pas de séparation claire entre la sphère publique et la sphère privée. Montenegro Situation en 2006 : Selon TI, la loi précédente ne définissait pas de manière pertinente le conflit d'intérêts, le projet actuel ne semble pas prioritaire. Un seul cas de conflit d'intérêt a fait l'objet de poursuites depuis avril 2004. Situation en 2007 : Selon TI, la Commission sur le Conflit d'intérêts en place n'a pas effectué de travaux sur mes cadeaux publiés. Les procédures pour rapporter des conflits d'intérêts dans le cadre de privatisations n'a pas été effectuée. La nouvelle loi sur le conflit d'intérêts n'a pas été adoptée. La définition d'un agent public n'est pas compatible avec la Convention des Nations Unies contre la corruption. Nouvelle Zélande 1997 Public Service Code of Conduct, State Services Commission Philippines 1989 Code of Conduct and Ethical Standards for Public Officials and Employees Act (Republic Act No. 6713, 1989). Nombreuses publication des intérêts des agents publics. République Tchèque Situation en 2008 : TI demande au gouvernement de ratifier la Convention des Nations Unies contre la corruption. Roumanie Situation en 2006 TI pense que le pays n'a pas d'organes spécialisés pour gérer et punir les conflits d'intérêts, il manque un cadre réglementaire. Un projet était prévu en 2005. Le système de dénonciation anonyme devait être mis en place en janvier 2005 au plus tard mais l'a été en août 2005. Il ne concerne que l'administration centrale. Conflits d'intérêts étudiés spécifiquement par thèmes (source Transparency International) : Elections : De manière préventive par l'étude des candidats Nouveaux gouvernements : 14 recommandations dont la douzième adopter un code de conduite par les parlementaires pour définir des règles claires et contrôlables sur les conflits d'intérêts, avec déclarations de revenus, de patrimoine, mise en place d'une commission indépendante ayant le pouvoir de sanctionner les informations erronées. Procédures d'achat : parmi les standards minimums, mettre en place un code de conduite impliquant l'entreprise contractante et ses employés incluant la revue des conflits d'intérêts, fournir un mécanisme de dénonciation anonyme (whistleblowing). Santé : éviter les conflits d'intérêts de personnes ou groupes participant à des tests cliniques de médicaments et ayant des liens avec le fabriquant ; réduire les promotions excessives des médicaments, limites aux médecins prescrivant trop, suivi plus fin des relations entre les départements de santé et l'industrie pharmaceutique ; des règles de conflits d'intérêts doivent être introduites pour les physiciens et les chercheurs Liens étroits entre conflits d'intérêts et népotisme La possible élection de Jean Sarkozy, 23 ans, fils du Président de la République Nicolas Sarkozy et en deuxième année de fac de droit, à la Présidence du Conseil d'administration de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad) a provoqué des accusations de népotisme relayées par l'opposition et des médias internationaux. Il s'avère que conflits d'intérêts et népotisme sont étroitement liés si on se réfère au paragraphe "Conflit d'intérêts, népotisme et copinage" sur le site de Transparency International : "conflits d'intérêts, de même que le phénomène très étroitement lié de népotisme et de copinage, sont intrinsèquement contre productifs. http://www.transparency.org/publications/sourcebook/content_overview Comme le sujet est d'actualité par conséquent. Bravo à celle ou celui qui est parvenu jusque-là.
12 octobre 2009
Retour sur l'article Incohérence entre baisse de TVA et hausse de PIB au 30 juin 2009 : et si c'était la fraude à la TVA ?
Ce lundi 12 octobre, j'entends sur BFM qu'une campagne médiatique sur la fraude fiscale allait nous balancer sur les ondes radio des spots de 35 secondes pendant 3 semaines. Le journaliste à l'antenne indique que la fraude à la TVA représente 14 milliards d'euros en année pleine. Le mardi 6 octobre 2009 était effectivement annoncée une campagne de lutte contre la fraude fiscale et sociale sous l'égide du Ministère d'Eric Woerth, Ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat. Communiqué de presse, spots, dossier de la campagne de presse, tout y est à l'adresse suivante : http://www.budget.gouv.fr/actus/suite/091012_campagne_fraude.htm Aucune trace de l'impact chiffré de la fraude à la TVA dans les documents cités. En recherchant l'origine de ce chiffre, il semble que les 14 milliards d'euros proviennent de l'application d'un taux estimé de fraude de 10 % au volume des recettes de TVA. Un rapport de la Commission Européenne du 16 avril 2004 (source COM(2004) 260 final) rapporte que certains états membres ont estimé que les pertes liées à la fraude à la TVA pouvaient atteindre 10 % des recettes nettes de TVA. Le taux de la détection de la fraude est jugé incertain et difficile à chiffrer avec précision mais l'ampleur du phénomène semble acté. Le tableau des produits régaliens net du compte de résultat 2008 de l'Etat (source Cour des comptes) montre une Taxe sur la Valeur Ajoutée de 131,7 milliards d'euros en 2008. 10 % de ce total donne 13,2 milliards d'euros. Le chiffre de 14 milliards d'euros entendu à la radio semble donc bien être expliqué ainsi. Dans le rapport de la Commission, un mécanisme particulièrement menaçant est mis en avant, celui de la "fraude carrousel" dans les échanges intracommunautaires. Après avoir acheté des marchandises à haute valeur ajoutée dans un autre pays de l'Union Européenne (pas de TVA), une société fraudeuse les revend à une troisième société sans déclarer la TVA, empoche la TVA à recevoir puis s'éclipse. La troisième société peut quant à elle déduire la TVA. Si la fraude à la TVA est récurrente, alors elle ne devrait pas constituer une des explications à l'incohérence relevée au premier semestre 2009 entre l'évolution des recettes de TVA (- 16 %) et celui du PIB de consommation des ménages (+0,5 %) sur la même période. En valeur, la baisse des recettes de TVA au premier semestre représente 10,7 milliards d'euros, selon mon estimation effectuée dans le premier article. Or, selon un article des Echos de décembre 2006, une enquête de Bercy aurait révélé entre 13 et 19 milliards d'euros de TVA détournés par des entreprises éphémères, selon le principe de la fraude Carrousel. L'article de l'Agence Associated Press du 13 décembre 2006 ne précise pas le nombre de pays concernés et la durée. Mais l'ordre de grandeur est comparable. Et si une fraude de grande ampleur récente avait eu une influence significative en 2009 ? Un contexte de crise économique n'a-t-il pas pu favoriser le développement de fraudes de ce type ? Les gens ont-ils continué, malgré la crise économique et financière, à consommer du matériel de haute valeur ajoutée (informatique, téléphonie), dans la mesure où des prix bradés se sont multipliés ? De telles baisses de prix ont-elle été permises par des fraudes massives à la TVA de type Carrousel ? Voilà pour les limiers des Douanes et de Bercy des pistes à creuser ...
08 octobre 2009
Stress tests des banques : comparatif Europe Etats-Unis
Les résultats des stress tests des banques américaines ont été publiés en mai 2009, début octobre 2009 pour ceux des banques européennes. Comparaison Etats-Unis Europe pour les stress tests
FED |
CESB | |
Nombre de banques sélectionnées |
19 |
22 |
Pertes estimées 2009 2010 scénario le plus défavorable |
- 600 milliards de dollars |
- 400 milliards d'euros |
Capital Tier 1 au 31.12.2008 |
836,7 Md$ |
620,7 MdE (estimation Olivier Fluke) |
Encours à risque pondérés au 31.12.2008 |
7 814,8 Md$ |
7 136,8 MdE (estimation OF) |
Ratio de Tier 1 moyen au 31.12.2008 (calcul OF) |
10,7 % |
8,7 % |
Ratio de Tier 1 de référence |
6 % |
8 % |
Ratio de Core Tier 1 de référence |
4 % |
non utilisé |
Besoin d'augmentation en capital estimé |
185 Md$ (10 banques) |
non communiqué |
Hypothèses scénario le plus défavorable |
FED |
CESB |
Evolution du PIB US 2009 |
-3,3 % |
-3,7 % |
Evolution du PIB US 2010 |
0,5 % |
-0,3 % |
Evolution du PIB Eurozone 2009 |
non retenu |
-5,2 % |
Evolution du PIB Eurozone 2010 |
non retenu |
-2,7 % |
Taux de chômage US 2009 |
8,9 % |
9,2 % |
Taux de chômage US 2010 |
10,3 % |
11,2 % |
Taux de chômage Eurozone 2009 |
non retenu |
10,0 % |
Taux de chômage Eurozone 2010 |
non retenu |
12,5 % |
Evolution des prix de l'immobilier US 2009 |
-22 % |
-25 % |
Evolution des prix de l'immobilier US 2010 |
-7 % |
-20 % |
Evolution des prix immobilier Europe 2009 |
non retenu |
-14 % -17 % |
Evolution des prix immobilier Europe 2010 |
non retenu |
-143% -15 % |
Les hypothèses du stress test européen apparaissent plus sévères que celui des Etats-Unis. L'étude de la Fed précise la part des pertes entre le portefeuille actuel de crédits, soit 455 milliards de dollars sur le total de 600. Le rapport de la FED précise qu'en fait les pertes totales cumulent 935 milliards de dollars dont : - 600 non encore comptabilisées ; - 400 déjà comtpabilisées fin 2008 ; + 65 de purchase accounting adjustments : ajustements comptables d'acquisitions entre banques, sommes à ajouter au calcul fin 2010 des capitaux Tier 1 et Core Tier 1. Les ressources autres que le capital (sur 2009 et 2010 résultats et variations sur les provisions de crédits) permettant d'absorber les pertes du scénario le plus défavorable sont estimées à 362,9 milliards de dollars (4 banques Bank of America, Citi, JP Morgan et Wells Fargo concentrent 256 milliards de dollars). Prenant en considération le niveau de Capital Tier 1 fin 2008 et les revenus éventuels (bien qu'altérés par les conditions économiques défavorables et la nécessité d'abonder les réserves de pertes sur crédit en 2011), le Fed estime que 185 milliards de dollars d'augmentation de capital seront nécessaires d'ici 2010 pour 10 des 19 banques sélectionnées, les autres ne nécessitant pas d'augmentation de capital. Sur ces 185 milliards de dollars, 110,4 ont déjà résulté soit d'actions prises (augmentations de capital déjà lancées ou aides gouvernementales) soit des résultats du premier trimestre 2009 : ne restent donc que 74,6 milliards de dollars. La FED se réfère à un ratio de Tier 1 Core Capital de 4 % et de Tier 1 de 6 %, il s'avère que les besoins en capitaux résultent quasi exclusivement de la contrainte de 4 % en Core Capital (Common Capital). Le stress test européen semble se référer quant à lui uniquement aux 8 % de Tier 1. Donc le stress test européen est plus contraignant du côté du ratio Tier 1 (8 % contre 6 %) mais moins contraignant concernant le ratio Core Tier 1. Ligne à ligne, mes propres calculs identifient bien 10 banques américaines nécessitant des besoins en capitaux de type Core par référence à 4 %, mais des écarts sont mis en évidence. Le cas de Citi est étonnant, puisque mes calculs montrent un surplus par rapport aux 4 % de 14,5 milliards de dollars. Le besoin de 5,5 milliards de dollars affiché par la FED est obtenu si on se réfère à 6 % des actifs risqués pondérés, et pas 4 %. For english purpose, in case this matter is coped with abroad : Citi case surprises, since my calculations show more Core Capital at the end of 2010 than required to the 4 % ratio, that is 14,5 billion dollars. The SCAP buffer (Supervisory Capital Assessment Program) required according to the Federal Reserve of 5,5 billion dollars may be obtained by reference to a ratio of 6 %. Which i dont understand. Un écart significatif est également relevé sur Bank of America (mes calculs 27 contre 33,9 pour la FED) et Wells Fargo (mes calculs 8,2 contre 13,7 pour la FED). Si les banques américaines avaient dû respecter un Tier 1 de 8 %, les besoins en capitaux supplémentaires estimés (selon mes calculs) ne seraient pas conséquent, de l'ordre de 15 milliards de dollars. Pour information, une étude réalisée par Alpha Value publiée par Challenges le 9 juillet 2009 estimait les besoins en fonds propres de 31 banques européennes à 132,8 milliards d'euros, en se référant à un ratio de Tier 1 de 8 %. Complément d'étude par rapport à l'article publié 7 octobre 2009 : http://investigationfin.canalblog.com/archives/2009/10/07/15344221.html Enfin, le niveau de ressources sur 2009 et 2010 (363 milliards de dollars) généré par les 19 banques américaines permettant d'absorber une partie voire la totalité des besoins en capitaux peut-il être extrapolé afin d'estimer les besoins en capitaux des 22 banques européennes ? Essayons l'extrapolation suivante à partir des encours risqués pondérés : la règle de 3 donne 331 milliards d'euros. En comparaison des 400 milliards d'euros de pertes estimées dans le scénario défavorable, il ne resterait que 69 milliards d'euros à absorber par le niveau de capitaux Tier à fin 2008. Dans cette configuration, le ratio moyen de 8 % serait respecté avec l'hypothèse d'encours risqués pondérés diminués. Sans diminution du niveau des encours pondérés, les besoins moyens en augmentation de capital (travail non effectué ligne à ligne) s'élèverait à 20 milliards d'euros. Les conclusions de l'article du 7 octobre 2009 semblent par conséquent devoir être pondérées par ce qui précède pour ce qui concerne les estimations chiffrées de besoins en capitaux des banques européennes (cela dépend beaucoup des ressources générées en 2009 et 2010 par les banques européennes en question), pas sur les contradictions relevées dans les communiqués. Sources : Stress-test sur les banques européennes, Challenges n°176, 9 juillet 2009 CEBS's press release on the results of the EU-wide stress testing exercise, 1 octobre 2009, Committee of European Banking Supervisors The Supervisory Capital Assessment Program : Design and Implementation, 24 avril 2009, Board of Governers of the Federal Reserve System The Supervisory Capital Assessment Program : Overview of Results, 7 mai 2009, Board of Governers of the Federal Reserve System
07 octobre 2009
Stress test européen passé haut la main ? Et pourtant, cascades d'augmentations de capital à BNP Paribas et Société Générale !
Exclusif en fin d'article : la tentative de reconstitution du panel des 22 banques sélectionnées par le CESB pour les stress tests européens et la confrontation avec les 400 milliards d'euros de pertes cumulées selon conditions défavorables. Après le lancement le 29 septembre 2009 par BNP Paribas d'une augmentation de capital de 4,3 milliards d'euros, c'est au tour de la Société Générale de lancer la sienne le 6 octobre 2009 pour un montant de 4,8 milliards d'euros. BNP Paribas explique dans son communiqué de presse que cette augmentation de capital servira (avec deux autres ressources totalisant 1 milliards d'euros) au remboursement des 5,1 milliards d'euros d'actions de préférence souscrites le 31 mars 2009 par l'Etat français et de la rémunération complémentaire de 226 millions d'euros. Le ratio Tier 1 de BNP Paribas s'élevait à 9,3 % au 30 juin 2009, il s'établira à 9,1 % (dont 7,1 % d'Equity Tier 1) après augmentation de capital, avec 59,4 milliards d'euros de fonds propres Tier one. Société Générale explique que les objectifs sont multiples : - rembourser l'Etat français pour 3,4 milliards d'euros ; - permettre des acquisitions ciblées, les 20 % d'intérêts minoritaires de Dexia dans Crédit du Nord (estimés à ) étant cités ; - renforcer la part de Core Tier One dans les rations de solvabilité du Groupe. Les 20 % dans Crédit du Nord étant valorisés 700 millions d'euros fin 2008 selon un porte-parole de Dexia d'après le rapport annuel de la banque, cela valorise la part dévolue au renforcement de Core Tier One à 700 millions d'euros. Le ratio Core Tier One du Groupe pro forma au 30 juin 2009 s'établirait alors d'après la Société Générale à 8 % et le Tier One à 9,7 % (contre 9,5 % auparavant). La Société Générale, dans ses présentations, indique même qu'elle anticipe les évolutions réglementaires à venir qui induirait une probable augmentation des besoins en fonds propres des banques. De même que la Société Générale déclare améliorer la qualité du capital en anticipant une hausse des encours pondérés liés aux activités de marché. La crise financière et l'affaire Kerviel n'ont donc pas diminué l'appétit de plus de spéculation (les activités de marché non ?). Nous voilà rassurés ! Le 3 octobre 2009, le Comité Européen des superviseurs bancaires (CESB) a présenté le résultat global des stress tests appliqués à 22 banques européennes, dont 3 françaises (BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole). Les grandes banques de l'UE sembleraient suffisamment capitalisées pour faire face à une détérioration macroéconomique sévère. Malgré 400 milliards d'euros de pertes cumulées selon les hypothèses de crise, les ratios Tier 1 agrégés resteraient supérieurs à 8 % et aucune banque ne verrait son ratio descendre au-dessous de 6 %, en comparaison du minimum actuel de 4 %. Les paramètres retenus pour le test étaient les suivants, aux Etats-Unis et en Europe : Produit Intérieur Brut (récession de 5,2 % en 2009 et 2,7 % en 2010), chômage , prix de l'immobilier résidentiel et commercial. Bien entendu le paramètre du genre un trader vous plombe de 5 milliards d'euros n'est pas retenu. Ajoutons qu'au moment de la publication des résultats du stress test, 9 mois de 2009 se sont écoulés, la communication du CESB en tient compte en présentant les données chiffrées des paramètres pour le premier semestre 2009. De plus, le communiqué ne précise pas si les résultats semestriels ont été pris en considération. Le résultat net de BNP Paribas de 3,2 milliards d'euros ne devrait par exemple pas être sans incidence sur la contribution de cette banque aux résultats agrégés des stress tests. A l'issue de ces résultats, Christine Lagarde, ministre française des Finances, s'est félicitée que les banques françaises "passent haut la main le test". Axel Weber, gouverneur de la banque centrale allemande, déclare tout de même que "les banques sont suffisamment capitalisées, mais pour éviter de futures crises (...) il va falloir augmenter leur capitalisation, et nettement, mais aussi la qualité" de leurs fonds. C'est à n'y rien comprendre. Les résultats des stress tests sont satisfaisants mais il serait nécessaire de recapitaliser à l'avenir. De combien ? Le CESB ne se mouille pas. Bref, ne voudrait-on pas habiller l'épouvantail avec une robe de mariée ? D'autant plus que le 5 octobre dernier, JP Morgan Securities sortait une étude qui estimait à 78 milliards de dollars (53 milliards d'euros) les capitaux nécessaires des principales banques européennes sur les six prochains mois, dont 38 milliards de dollars pour rembourser les Etats. Le reste, un peu plus de 50 %, pour atteindre un ratio réévalué Tier 1 d'au moins 8 % dans le cadre du dispositif de Bâle II relatif au risque de crédit. Selon l'étude, la Société Générale aurait besoin de 6 milliards de dollars (4 milliards d'euros), proche du montant de l'augmentation de capital. Et pourtant, alors que JP Morgan estime à 50 % les besoins cumulés en Europe au titre de la mise à niveau réglementaire, la Société Générale est bien en dehors de la moyenne, avec un 17 % : 0,7 sur 4,1 (en ne tenant pas compte des 0,7 du Crédit du Nord). Tout cela est-il bien crédible ? S'attendre début 2010 à de nouvelles augmentations de capital par conséquent. Tentative de reconstitution du panel des 22 banques européennes sélectionnées par le CESB pour les stress tests : Le communiqué de presse du CESB du 1er octobre 2009 indique que 22 principales banques européennes sélectionnées représentent 60 % des actifs totaux du secteur bancaire consolidé en Europe, sur la base d'une situation fin 2008. Le chiffre des actifs totaux du secteur bancaire est disponible fin 2008 sur le site de la Banque Centrale Européenne http://www.ecb.int/stats/money/consolidated/html/index.en.html : 37 720 milliards d'euros. Ma sélection est la suivante : Allemagne (6) : Bayerische Landesbank, Commerzbank, Deutsche Bank, Dresdner Bank, DZ Bank AG, Commerzbank Belgique (2) : KBC, Dexia Danemark (1) : Danske Bank (DKK) Espagne (2) : Banco Santander, BBVA France (3) : BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale Italie (1) : UniCredito Italiano Group Pays-Bas (1) : ING Royaume-Uni (4) : Barclays (£), HBOS Plc (£), HSBC ($), Royal Bank of Scotland (£) Suisse (2) : Crédit Suisse (CHF), UBS (CHF) Indication des devises autres que l'euro. Les taux de conversion ont été obtenus par yahoo finance. Fortis et HBOS faisaient partie d'une liste de 24 mais le total des actifs fin 2008 de ces 2 banques apparaissaient bien inférieurs à ceux des autres banques, ces 2 banques (reprises par d'autres banques) ont donc été retirées de la sélection. Le total des actifs de cette sélection atteint 24 058 milliards d'euros, soit 63,8 % du total. L'incertitude porte sur la prise en considération de HSBC (Europe ?) ou non. Sans HSBC, le pourcentage atteint 59 %. Il suffit d'ajouter une banque dont la taille d'actifs fin décembre 2008 est de 300 à 400 milliards d'euros pour obtenir 60 %. Prenons l'option de conserver HSBC dans le panel estimé. Pour chaque banque, j'ai rempli un tableau contenant les données suivantes pour fin 2007 (Bâle I souvent) et fin 2008 (Bâle II) : Total des actifs, Capital Tier 1, encours pondérés, ratio de Core Tier 1, ratio de Tier 1. Le scénario défavorable envisagé pour le stress test aboutirait à des pertes de 400 milliards d'euros (sur 2009 et 2010) et le CESB affirme qu'en moyenne le ratio Tier 1 resterait au-dessus de 8 %, aucune banque ne verrait le ratio Tier 1 en deçà de 6% On va vérifier tout ça. Rien de plus facile, dans un premier temps totaliser les capitaux de Tier 1 et les encours pondérés, on obtient ainsi le ratio Tier 1 moyen avant imputation des 400 milliards d'euros de pertes : 8,7 %. Ensuite, on répartit les 400 arbitrairement en fonction du poids des actifs. Certes c'est sommaire, mais je ne pense pas que le CESB est en mesure de fournir banque par banque une estimation différenciée de l'impact d'hypothèses défavorables. Que les hypothèses de baisse de l'immobilier en Europe et aux Etats-Unis aient un impact plus ou moins important en fonction des actifs toxiques, certes, mais le volume d'exposition d'actifs toxiques est-il bien linéairement dépendant de tels paramètres ? C'est forcément réducteur également. Quant aux hypothèses de récession de PIB, il n'est pas choquant d'estimer que plus les banques ont des actifs plus elles seront impactées. Le total du numérateur, le Capital Tier 1, s'élève à 620,7 milliards d'euros (dont 68,3 pour HSBC). Supposons que le dénominateur, les encours pondérés, enregistrent une diminution égale aux hypothèses de récession envisagées, soit -5,2 % en 2009 pour l'UE 27 et -2,7 % pour 2010. Dès le début, je ne vois donc pas comment avec des pertes de 400 milliards d'euros qui vont amputer d'autant ce montant on pourrait conserver un ratio Tier 1 au-dessus de 8 %. En répartissant 200 de perte en 2009 et 200 en 2010, le ratio Tier 1 global chuterait fin 2009 à 6,2 % et fin 2010 à 3,4 %. Et pour que le ratio Tier 1 se maintienne à 8 % seulement 100 milliards d'euros estimées sur les 400 de pertes du scénario défavorable extrême devraient diminuer le Capital Tier 1. Où passeraient les 300 restants ? Dans une gigantesque éponge étatique ? C'est farfelu. Cette tentative de reconstitution montre que les contradictions relevées dans les déclarations des résultats européens de stress test (les tests sont satisfaisant tout le monde il est beau mais il va falloir quand même recapitaliser) se retrouvent également dans le peu de chiffres communiqués. Sources : Société Générale BNP Paribas Rapports annuels 2008 des 24 banques étudiées http://www.agefi.fr/articles/Valse-hesitation-marches-annonce-operation-Societe-Generale-1110192.html http://marches.lefigaro.fr/news/societes.html?OFFSET=0&ID_NEWS=120599550 http://fr.biz.yahoo.com/01102009/290/l-ue-juge-ses-banques-tres-solides-apres-les-stress.html http://news.my.msn.com/business/article.aspx?cp-documentid=3624870 Communiqué de presse du CESB du 1er octobre 2009 Sommairement quelques Définitions : Le Core Tier One est le Tier One auquel on retranche les capitaux hybrides. Extrait communication de BNP Paribas sur son augmentation de capital : Le « Tier 1 » est un quotient avec : • au numérateur, les « Fonds Propres durs » (actions ou assimilés), au dénominateur, les « Actifs Moyens Pondérés » (AMP), c’est-à-dire les montants des engagements que la banque a accordés, affectés d’un coefficient par type d’encours, d’autant plus élevé que cette nature d’engagement est risquée. Extrait document de référence 2009 de la Société Générale (qui explique bien selon moi l'évolution des contraintes entre 2008 et 2009 sur le niveau plancher) : Au titre du ratio de solvabilité Bâle II, les exigences minimales de fonds propres sont fixées à 8% de la somme des risques de crédit pondérés et de l'exigence de fonds propres multipliée par 12,5 pour les risques de marché (risque de taux, risque de change, risque sur actions, risque sur matières premières) et les risques opérationnels, ces derniers constituant une nouveauté introduite par Bâle II. Le ratio de solvabilité Bâle II s'établit à 11,64 % au 31 décembre 2008 (avec un ratio Tier One Bâle II de 8,78 % et un Core Tier One (Tier One moins le capital hybride) de 6,69%) sans prise en compte des exigences additionnelles de fonds propres au titre des niveaux planchers (notion de floor) et sans recours à des fonds propres "sur-complémentaires" (Tier 3). En tenant compte des exigences additionnelles de fonds propres au titre des niveaux planchers, le ratio de solvabilité Bâle II serait ramené à 11,19 %, le ratio Tier One Bâle II à 8,43 % et le Core Tier One à 6,43 %. En effet, la mise en oeuvre de la nouvelle norme Bâle II s'accompagne de deux années de mesures parallèles de ces ratios, encadrés par des niveaux planchers, avec l'ancienne norme. Le niveau plancher a été limité fin 2008 à 90% des exigences en fonds propres, en 2009 le niveau plancher est de 80 %.
06 octobre 2009
Le rapport d'enquête interne de la SEC sur ses responsabilités dans la non-découverte de la fraude Madoff
La SEC (Securities and Exchange Commission) a publié le 31 août 2009 un rapport de 477 pages de son enquête interne (par l'Inspection Générale, OIG Office of Inspector General) menée pour comprendre son échec à avoir découvert le schéma de Ponzi de Bernard Madoff. Avant ce rapport on savait que la SEC avait été alertée de nombreuses fois il y a déjà plusieurs années sur les activités estimées douteuses de Bernard Madoff. Après la révélation du scandale et des dizaines de milliards de dollars partis en fumée, le chiffre exact ne sera peut-être jamais connu précisément, la SEC a été contrainte d'une auto-critique. J'avais rédigé un article le 13 janvier 2009 sur le même thème, intitulé Madoff : les veines démarches de Harry Markopolos à la SEC. http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2009/01/13/index.html L'enquête est particulièrement bien documentée et permet d'illustrer à tel point la SEC a fait preuve selon moi d'incompétence, de désinvolture, de manque de rigueur ou de persévérance. Nous sommes en face d'un problème récurrent qui ne concerne pas forcément que le monde financier : où s'arrêter lorsqu'on ne comprend pas ? Se contente-t-on de remplir les cases du questionnaire, ce qui permet de rentrer chez soi le sentiment du devoir accompli alors que le problème soulevé n'a pas été résolu ? Dans le monde de la finance cela peut se traduire par des milliards perdus. Dans le cas de la catastrophe de l'AF 447, l'absence d'optimisation dans la fourniture de données météo a pu participer à la survenance de la tragédie. Il manque du bon sens dans tout cela et de la conscience professionnelle. En tant qu'ancien auditeur d'un cabinet de commissariat aux comptes, plusieurs faits m'ont particulièrement frappé. 1) Le 3 mai 2005, l'un des enquêteurs, Peter Lamore (Enquêteur à la conformité des Instruments Financiers, Securities Compliance Examiner du Bureau Régional de New York NERO), dans un mail adressé à un collègue, John Nee (assistant du Directeur Régional du Bureau Régional de New York), l'informe que Barclays pourrait être un broker principal pour certains des fonds nourriciers. Dans une lettre datée du même jour, Nee s'adresse directement à Barclays pour savoir s'ils faisaient des opérations avec Madoff. Le 16 mai 2005, Barclays répond que BMIS (Bernard L. Madoff Investment Securities LLC) a récemment (16 février 2005) ouvert un compte à la Barclays mais qu'il n'y a aucune transaction sur le compte au cours de la période du 1er au 31 mars 2005 comme demandé. La lettre affirme néanmoins qu'une relation de trading existe entre une entité affiliée à Madoff et la filiale britannique Barclays Capital Securities Ltd. Confronté à cette réponse, Madoff aurait admis exécuter des transactions pour des hedge funds. Du coup Nee aurait abandonné l'idée d'interroger la filiale britannique de Barclays. L'idée d'une confirmation externe des propos de Madoff a alors été abandonnée, bien que la première réponse obtenue ait contredit Madoff ! Soi-disant que contacter une entité extérieure au territoire américain était trop compliqué ! Les transactions fictives de Madoff portant selon les relevés clients sur des valeurs du S&P 500 et des Bons du trésor américain, on peut imaginer sans peine que le résultat de l'interrogation de la filiale de Barclays au Royaume-Uni soumise au régulateur britannique aurait été identique : rien de rien. Pour sa persévérance et son travail efficace, Peter Lamorre a bénéficié de deux lettres de promotion datées du 13 septembre 2006, l'une par le chef de la branche de New York, l'autre par l'assistant du Directeur Régional de l'OCIE (Office of Compliance Inspections and Examinations). Ces deux lettres mettent en avant le travail fourni dans l'enquête sur Madoff. Résultat des course, Peter Lamorre est promu Staff Accountant (poste actuel) avec effet le 12 novembre 2006. C'est la fable décryptée de Ceux qui l'ouvrent finissent au pilori et ceux qui ne voient rien terminent promus. Si La Fontaine avait vécu un jour de plus il l'aurait écrite celle-là. 2) Dans le deuxième examen mené en parallèle (par OCIE) à la SEC, un projet de lettre avait été rédigé en décembre 2003 pour obtenir des données dans une procédure de confirmation externe auprès de la NASD (National Association of Securities Dealers). La lettre n'a finalement pas été envoyée, au prétexte que les informations obtenues prendraient trop de temps à traiter. Les protagonistes de ce fiasco bottent en touche : Eric Swanson (celui-là même qui va fricoter avec la nièce de Madoff, Shana), Jacqueline Wood (on touche du bois), Mark Donohue, Lori Richards. 3) Au cours de la deuxième enquête par l'OCIE (Enforcement Staff) initiée suite à la nouvelle plainte d'Harry Markopolos fin 2005, la NASD a été interrogée et leur réponse obtenue en mai 2006 a montré qu'aucune position d'options n'existait aux dates requises. Pourtant, aucune action supplémentaire n'a été entreprise. Un projet de courrier avait également été préparé courant 2006 pour interroger des contreparties européennes mais n'a finalement pas été envoyé. Effarant ! Les conclusions du rapport sont clémentes pour la SEC, mais pouvait-il en être autrement d'un rapport effectué par la SEC sur la SEC ? Aucune preuve n'aurait été trouvée qu'un membre de la SEC qui a travaillé sur les enquêtes menées par la SEC sur Madoff n'ait eu de lien financier ou autre avec Madoff ou sa famille qui ait pu influencer la conduite des investigations. Il en est ainsi tout particulièrement de l'ancien assistant du Directeur Eric Swanson dont la relation "romantique" avec la propre nièce de Madoff a démarré en pleine enquête sur Madoff. Aucun officiel de la SEC n'aurait également tenté d'influencer les enquêtes de la SEC. La SEC reconnaît néanmoins qu'elle a reçu de multiples plaintes, au nombre de 6, et que les 3 examens et 2 enquêtes menées ne l'ont pas été de manière complète et compétente. Au final, les occasions de démasquer Madoff ont été nombreuses : Les 6 plaintes et les 4 investigations par la SEC Ce qui suit permet de cadrer les enquêtes menées par la SEC et les différentes plaintes qui leur ont été soumises, ce que la lecture initiale du rapport de la SEC ne permet pas facilement de faire. 1) 1992 plainte issue de clients d'Avellino & Bienes, une société d'investissement associée de Madoff : Enquête n°1 : un associé de Madoff est suspecté de schéma de Ponzi ; aucune recherche sur les opérations de Madoff, alors que Madoff avait le contrôle total des fonds des clients de Avellino & Bienes ; équipe inexpérimentée ; pas de confirmation externe menée. 2) Mai 2000, mars 2001 et octobre 2005, plainte d'Harry Markopolos : Décision par un certain Grant Ward du Bureau de Boston (a depuis quitté la SEC, certaines de ses déclarations sont jugées suspectes) de ne pas donner suite à la soumission de 2000 ; la soumission de 2001 a été transmise du Bureau de Boston à NERO (Bureau Régional du Nord-Est) qui en un jour décide de ne pas donner suite. Deux articles de presse sortent sur le sujet, dont un de mai 2001 du Barron par Ervin Arvedlund pour lequel la SEC était au courant. Pourtant, le classement sans suite de la soumission de 2001 n'est pas reconsidéré. La troisième soumission donne lieu à une enquête (Enquête n°4 chronologiquement) par NERO (Enforcement Staff) qui se termine en août 2006 (fin officielle en janvier 2008, malgré les mensonges de Madoff découverts par les enquêteurs sur son business de conseil) après que Madoff ait accepté de s'enregistrer en tant que Conseiller d'Investissement. Les procédures de confirmation externe auprès du NASD ou de contreparties européennes (voir l'exemple 3 ci-dessus) envisagées n'ont pas été correctement mises en place. 3) Mai 2003, plainte d'un manager de Hedge Fund suite à des dues diligences effectuées sur des fonds nourriciers de Madoff : L'examen (enquête n°2) par OCIE n'a pas été staffé et conduit de manière adéquate ; délai dans le début de l'examen (décembre) ; des confirmations externes prévues dans le Mémorandum de Planning non effectuées ; projet de lettre au NASD (National Association of Securities Dealers) rédigé mais non envoyé ; enquête en mode pause en avril 2004 puis finalement arrêtée, en fait l'enquête n'a jamais été achevée ! 4) Avril 2004, série de mails internes d'un employé de NERO (Bureau Régional du Nord-Est) suite à un examen de routine du fond Renaissance : Examen (enquête n°3) par NERO, confirmation externe adressé à la Barclays en mai 2005 mais non creusée ; en mai 2005 NERO et OCIE comprennent qu'ils enquêtent tous deux sur Madoff. Enquête arrêtée sans l'avoir terminé, rapport final en septembre 2005 qui n'informe pas sur les suspens. 5) Octobre 2005, par un informateur anonyme ancien investisseur dans Madoff. : Le Bureau Internet (OIE Office of Internet Enforcement) de la SEC a reçu la plainte, mais les enquêteurs de NERO ne l'ont pas reçue. 6) Décembre 2006, par un citoyen concerné anonyme, complément en mars 2008 : Les enquêteurs de NERO (enquête n°5) se sont contentés de la réponse du conseil de Madoff qui affirmait que Madoff n'avait jamais géré de l'argent pour le compte de cette personne, ce qui s'avère erroné. La SEC considère que dans tous les cas la fraude aurait dû être découverte. Enfin, les allégations de conflits d'intérêt concernant Eric Swanson (OCIE) vis-à-vis de Shana Madoff, nièce de Bernie. Le premier contact entre les deux futurs tourtereaux a lieu en avril 2003, à l'occasion de l'enquête de l'OCIE sur Madoff. Ils se seraient rencontrés pour la première fois en octobre 2003 (cela laisse le temps de saliver). Sauf que dans le même temps (cela permet de faire patienter la salive) le Swanson s'installe vers mars ou avril 2005 avec une Jane Doe, sa fiancée. Ils devaient même se marier en octobre 2005, sauf que c'est parti en vrille et que le couple se sépare en novembre de la même année. La romance avec Shana aurait alors démarré début 2006, peu de temps après (il s'est vite refait le Swanson). En juillet 2006, Swanson quitte la SEC. Swanson et Shana se fiancent en décembre 2006 et se marient en septembre 2007. Conclusions de la SEC ? Pas d'influence sur les enquêtes menées sur Madoff, dont celle de Swanson qui s'est terminée en juin 2005. Le fripon aurait même été en affaires avec plusieurs femmes en même temps, mais pas Shana (pas avant mars 2006), qui deviendra sa femme. Elle lui plaisait pas un peu dès le début non ? Eric Swanson a-t-il fait preuve de persévérance et d'un professionnalisme adéquat ? Apparemment non d'après la SEC, et pourtant Eric Swanson n'est pas mis en cause dans les conclusions de la SEC. Moralité ? Très bien, il est difficile de faire la preuve de l'influence d'un conflit d'intérêt ? Mais qu'au moins lorsque des preuves sont trouvées les sanctions deviennent exemplaires, afin qu'un effet dissuasif existe. Au regard du nombre exponentiel de conflits d'intérêts existants (conseils d'administration, contrats de conseils en tous genres, gestion de fonds de clients par les banques, etc ...), je préconise le durcissement des sanctions dans le cas où des conflits d'intérêts latents deviennent réalisés. En France, à part l'article 432-12 du Code Pénal qui définit la prise illégale d'intérêts (punie de 5 ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende) et qui concerne le service public, la législation semble peu bavarde sur le sujet. Peut-être un futur article sur ce thème : conflits d'intérêt et législations internationales.