Le 23 janvier 2013, InvestigationFin publiait un article dans lequel figurait des tentatives d'identification du trader Bruno Iksil (surnommé la baleine de Londres) dans le rapport non nominatif de JP Morgan.

Revue du rapport de JP Morgan sur les pertes du portefeuille CIO. Loin du rogue trading. Où est Bruno Iksil dans ce rapport ?
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2013/01/23/26228239.html

Le 15 mars 2013, le Sénat US a publié un rapport de 307 pages et des annexes de 598 pages sur l'affaire du portefeuille de dérivés de JP Morgan.
http://www.hsgac.senate.gov/subcommittees/investigations/hearings/chase-whale-trades-a-case-history-of-derivatives-risks-and-abuses

I. Mise à jour de l’article du 23 janvier 2013 pour l’identification nominative des responsabilités
II. Revue du rapport du Sénat

I. Mise à jour de l’article du 23 janvier 2013 pour l’identification nominative des responsabilités

InvestigationFin a mis à jour l'article du 23 janvier 2013 en ajoutant autant que possible les extraits du rapport du Sénat permettant d'identifier nominativement les faits qui ne l'étaient pas dans le rapport de la banque JP Morgan.

Ce travail a permis d'identifier quelques écarts entre la version JP Morgan et la version du Sénat américain :

- réunion du 18 janvier 2012 avec Ina Drew et John Wilmot : deux membres seniors du Portefeuille de Crédit Synthétique selon le rapport JP Morgan, Bruno Iksil, Xavier Martin-Artajo (son n+1) et Achille Macris (son n+2) selon le rapport du Sénat.

- réunion du 21 mars 2012 avec Ina Drew : un des traders selon le rapport JP Morgan, Achille Macris et Xavier Martin-Artajo selon le rapport du Sénat

- mail adressé le 8 avril 2012 à Ina Drew copie Dimon Braunstein par un membre senior de l’équipe du portefeuille CIO selon le rapport JP Morgan, un mail adressé par Achille Macris à Doug Braunstein selon le rapport du Sénat.

Certains développements du rapport JP Morgan n'ont pu être retrouvés dans le rapport du Sénat :

- le 15 mars 2012, un trader aurait proposé d'ajouter une position longue importante sur l'indice investment grade. Il aurait décrit son plan dans une série d'e mails adressés à un autre trader, par exemple le 15 mars.

- le 30 mars 2012, les pertes du jour étaient calculées initialement à 250 millions de dollars.

- le week-end du 7 et 8 avril 2012, deux des traders préparèrent un analyse requise, l’un deux estima neuf scénarios dont les résultats variaient de 750 millions de pertes à 1,925 milliard de gains.

- le 10 avril 2012, un des traders aurait envoyé un courriel à Ina Drew, Wilmot, Goldman, Weiland et un "executive" de l'équipe de Portefeuille de Crédit Synthétique pour expliquer pourquoi son équipe avait décidé d'augmenter les positions investment-grade au lieu de réduire les positions courtes high-yield.

Ce que le rapport JP Morgan avait omis de signaler, c'est que dès le 31 janvier 2012, le trader principal des positions du portefeuille (Bruno Iksil) avait informé son supérieur hiérarchique (Xavier Martin-Artajo) que le portefeuille était valorisé en dehors des moyennes attendues. Un autre fait passé sous silence dans le rapport JP Morgan concerne le fait que Bruno Iksil exprimait fortement le vœux de ne plus valoriser le portefeuille en dehors des clous, par exemple mi-mars. C’est son supérieur Xavier Martin-Artajo qui mettait la pression pour dévier.

Alors que le rapport JP Morgan, comme je l'avais souligné, n'est pas très clair au sujet de celui qui poussait à valoriser de manière incorrecte le portefeuille de dérivés.

II. Revue du rapport du Sénat

1) page 3

On apprend que quatre des anciens employés de JP Morgan protagonistes principaux dans cette affaire ont refusé de participer à l’enquête de la Commission sénatoriale : Achilles Macris (n+2), Javier Martin-Artajo (n+1), Bruno Iksil (n), Julien Grout (trader junior en charge de la valorisation).

2) page 3

Explosion de la taille du notionnel net du portefeuille : 2011 de 4 à 51 milliards de dollars, puis 157 milliards de dollars fin mars 2012.

3) page 7

Des limites de risque internes à la Division CIO (cinq par nature) dépassées 330 fois entre le 1er janvier et le 30 avril 2012.

4) page 58

Des rémunérations de baleines !

Bruno Iksil : 2010 7,3 millions de dollars 2011 6,8 millions de dollars
Xavier Martin-Artajo (n+1) : 2010 12,7 millions de dollars 2011 11,0 millions de dollars
Achille Macris (n+2) : 2010 17,2 millions de dollars 2011 14,5 millions de dollars

Sans oublier les traders du portefeuille, dont le junior Julien Grout, 1 million de dollars en 2011 !

Luis Buraya 2010 1,5 million de dollars 2011 1,3 million de dollars
Julien Grout 2010 0,8 million de dollars 2011 1,0 million de dollars
Eric de Sangues 2010 0,8 million de dollars 2011 1,2 million de dollars

5) page 97

Le portefeuille de dérivés du CIO étant valorisé favorablement, des lignes identiques de dérivés présentaient des écarts significatifs au sein même de JP Morgan, entre la Banque d’Investissement et CIO. CIO qui a même accusé la Banque d’Investissement, contrepartie de ses propres transactions de lui porter atteinte.

6) page 122

Comme dans l’affaire Société Générale Kerviel, les mails ne sont pas lus !

Exemple avec Ina Drew la responsable de la Division CIO :

« In any event, whether or not the March 20 email was intended to or did disclose the extent of the unreported CIO losses to CIO management, Ms. Drew told the Subcommittee that she did not see the email at the time it was sent to her. »

7) page 131

Erreur puisqu’une conversation téléphonique entre Julien Grout et Xavier Martin-Artajo montre des extraits entre Julien Grout et Bruno Iksil.

8) page 218

Une armée mexicaine de contrôleurs fédéraux sur place !

65 examinateurs de l’OCC, régulateur des activités de la Division CIO, situés physiquement dans la banque JP Morgan !

Pour quel résultat ? Combien sont-ils de la Banque de France ou de l’AMF à BNP Paribas et à la Société Générale ?

9) page 224

Un étrange rapport de force.

Le rapport du Sénat affirme que la réaction agressive de l’enquêté (CIO)à l’enquêteur (OCC) en 2010 n’est pas un cas isolé selon l’OCC. Des responsables de la banque auraient même traité des enquêteurs de l’OCC d’idiots.

10) page 124 de l’annexe

Tout le trading sur le portefeuille SCP a-t-il bien été stoppé à partir du 23 mars 2012 ?

Extraits d’une conversation chat le 23 mars 2012 entre Julien Grout et Bruno Iksil.

Le 23 mars 2012, c’est le jour où Ina Drew a ordonné de cesser les opérations de trading sur le portefeuille de dérivés SCP.

« 03/23/201207: 31:38 JULIEN GROUT, JPMORGAN CHASE BANK, says:
l'arret du trading c nous 3 ou juste moi?
The stop of the trading, is it the 3 of us or only me ?
03123/2012 07: 31: 49 BRUNO IKSIL, JPMORGAN CHASE BANK,. says:
toi
you
03123/2012 07:31 :52 BRUNO IKSTL, JPMORGAN CHASE BANK, says:
sur core
. on core
03/23/201207:31 :52 JULIE GROUT, JPMORGAN CHASE BANK, says:
ok
ok
03/23/201207:32:05 JULIEN GROUT, JPMORGAN CHASE BANK, says
ericlluis ils peuventcontinuer, sur leUr tactical
ericlluis can go on, on their tactical »

Bizarrement Eric de Sangues et Luis Buraya seraient autorisés à poursuivre des opérations, sur la partie tactique.

Seul Julien Grout ne serait plus autorisé à trader, sur la partie Core.

En page 40 du rapport : « A number of internal CIO documents refer to the SCP as the “Core Credit Book,”220 but Ms. Drew clarified that the Core Credit Book was only one part of the SCP, which also had a “tactical piece.“ »

Aussi en page 40 « Ina Drew, David Olson, and OCC examiners told the Subcommittee that the SCP was part of the CIO’s “Tactical Asset Allocation” (TAA) portfolio, earlier known as the “Discretionary Trading Book.”217 »

Contradictoire avec la page 109 : « The “core book” was a reference to the SCP, which the traders often described as the “Core Credit Book.” »

Page 116 : « In his telephone message, Mr. Iksil said that the CIO needed to start showing losses: “[W]e would show a loss of 40 million core and 3 million in, in tactical …. »

La question que le rapport du sénat ne semble pas avoir traitée est la suivante : des transactions effectuées après le 23 mars 2012 au nom de la partie tactique chez CIO International ont-elles pu concerner en fait la partie Core, c’est-à-dire le portefeuille SCP ?

11) page 188 de l’annexe

Il s’agit d’un courriel du 20 avril 2012 qui montre des écarts de collatéral avec les contreparties BNP Paribas et Société Générale :

Sum of ABS
BNPP 1,427,575,108
SGCIB 3,004,157,922