L'idée initiale, c'était de vérifier si les 206 milliards d'euros de dette publique grecque inclus dans le processus d'échange de février 2012 sont bien pris en considération dans les statistiques Eurostat de dette publique à fin 2011.

Si tel n'est pas le cas, l'impact de la décote est minoré sur la dette publique au sens de Maastricht.

Tous les chiffres qui suivent le sont à la date du 31 décembre 2011, sauf indication contraire.

I Les chiffres Eurostat

Dette publique de la Grèce au 31 décembre 2011 : 355 617 millions d'euros

source : Eurostat Transmission des données de déficit et de dette pour 2011 - 1ère notification
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-23042012-AP/FR/2-23042012-AP-FR.PDF
62/2012 - 23 avril 2012

Données détaillées de la base de données Eurostat

INDIC_NA: Dette brute consolidée du gouvernement SECTOR: Administrations publiques
355 616,1 ME
INDIC_NA: Dette brute consolidée du gouvernement SECTOR: Administration centrale
377 904,0 ME
INDIC_NA: Dette brute consolidée du gouvernement SECTOR: Administrations locales
1 842,0 ME
INDIC_NA: Dette brute consolidée du gouvernement SECTOR: Administrations de sécurité sociale
584,1 ME

Total Administration centrale + administrations locales + administrations de sécurité sociale = 380 330 ME

Soit un écart avec les administrations publiques de - 24 714 ME qui correspond sans doute aux éliminations intra sectorielles (dette détenue par une administration publique qu'il convient de soustraire).

source Eurostat base de données
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/search_database
Dette publique trimestrielle (gov_q_ggdebt) dernière mise à jour 23 avril 2012

II. Les chiffres du Ministère des Finances de la Grèce

Outstanding Central Government Debt 367 978 ME

"Central Government Debt differs from General Government Debt (Maastricht definition) by the amount of intra-sectoral debt holdings and other ESA '95 adjustments."

source Hellenic Republic Debt Bulletin 64, December 2011
http://www.minfin.gr/content-api/f/binaryChannel/minfin/datastore/11/e9/47/11e94797847da1484fb1e58e1b7d2bfa295ef500/application/pdf/Bulletin_No64.pdf

La dette de l'administration centrale selon la Grèce diffère donc de 9,9 milliards d'euros du chiffre Eurostat au 31 décembre 2011, ce qui est surprenant.

Une décomposition des 368,0 milliards d'euros est fournie par catégories , il ne s'agit que d'estimations :
- 274 833 millions d'euros obligations et titres court terme ;
- 93 145 millions d'euros prêts

Détail des 274 833 millions d'euros obligations et titres court terme :
- 240 940 ME obligations émises au niveau national
- 18 521 ME obligations émises au niveau international
- 313 ME titres émis au niveau national ; le total de ces trois lignes, 259,8 MdE diffère du chiffre de la base Eurostat Titres à long terme de 1,5 milliard d'euros, il faudra creuser pourquoi.
- 15 059 ME titres émis à court terme ; c'est le même chiffre dans la base Eurostat Titres à court terme administration centrale ; le chiffre de 11 758 ME pour les administrations publiques laisse donc penser que la différence, 3,3 milliards d'euros, est détenue par une administration publique grecque.

L'écart avec la base Eurostat est donc de 1,5 milliards d'euros (en moins dans Eurostat).

Détail des 93 145 millions d'euros prêts :
- 5 684 ME banque de Grèce
- 837 ME autres prêts domestiques
- 7 257 ME prêts bilatéraux et prêts Special purpose
- 73 210 ME prêts du mécanisme de soutien financier ; c'est 73,0 milliards d'euros selon le rapport CE (Etats membres de la zone euro 52,9 FMI 20,1) sur la Grèce de mars 2012 ; je ne comprends pas les 200 millions d'euros d'écart ;
- 6 157 ME autres prêts externes

L'écart avec la base Eurostat Crédits + Monnaies et dépôts est de 11,4 milliards d'euros (en moins dans Eurostat), ce qui est considérable !

Commençons à rapprocher tout ces chiffres avec les chiffres du processus d'échange.

III. Rapprochement avec les titres de l'échange PSI

Détail des 206 milliards d'euros de l'échange par catégories de titres :

- 177,3 obligations de droit grec
- 21,6 obligations émises ou garanties de droit international (chiffre du Public Debt Bulletin 18,5 MdE, écart de 3,1 MdE !)
- 6,7 obligations garanties de droit grec
total 205,6 MdE

Aux 177,3 MdE d'obligations de droit grec apportées à l'échange, il convient de rajouter les sommes détenues alors par la BCE et les banques centrales nationales, soit 56,5 milliards d'euros, d'après la page 15 de l'Invitation Memorandum.
https://www.bondcompro.com/greeceexchange/genDocumentStream.asp?DocumentID=188

III.1. Soit un total de 233,8 MdE pour les obligations de droit grec, alors que le chiffre du Public Debt Bulletin est de 240,9 MdE, soit un écart de 7,2 milliards d'euros !

Si on ajoute les obligations GARANTIES de droit grec pour 6,7 MdE, l'écart se réduit à 0,5 milliard d'euros.

Sauf que le Public Debt Bulletin publie une autre ligne, pour 20,6 milliards d'euros, "Outstanding volume of Greek State Guarantees" 20 632,5 ME.

Je penche pour le fait que les 6,7 milliards d'euros d'obligations garanties de droit grec soient inclus dans ces 20,6.

Premier argument, toutes les garanties par l'Etat grec n'ont pas été apportés à l'échange, comme le confirme cet article de presse de Bloomberg qui cite le refus d'ABN Amro d'apporter 1,3 milliards d'euros à l'offre d'échange, arguant notamment qu'il y avait un manque de clarification pour justifier la raison pour laquelle leur prêt avait été inclus.
Ekathimerini 18 avril 2012 ABN Amro turns down PSI offer
http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite2_1_18/04/2012_438258

Les 6,7 de garanties dans l'échange pourraient donc être inclus dans les 20,6 de garanties du Public Debt Bulletin.

Quid d'ailleurs dans Eurostat Garanties accordées par l'administration publique (gov_dd_guar) des obligations garanties de droit grec ? La base de données, dont la dernière mise à jour le 29 février 2012 ne fournit que les données 2010, pas encore 2011, et en plus la Grèce est exclue des résultats !

Deuxième argument, des obligations émises par la Grèce de droit grec ont été exclues de l'échange, j'en avais précisé le nombre, 8,0 milliards d'euros (dont les 3 690 ME GR0514017145 21 mai 2014 3,017 %) dans J - 21 20 mars 2012 dette grecque, échéance de 14,5 milliards d'euros, les hedge funds feront-ils une marge de 250 % ?
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/02/28/23633599.html

8 milliards d'euros exclus alors que l'écart identifié est de 7,2 milliards d'euros, ce sont plutôt les obligations exclues du PSI qui peuvent expliquer l'écart plutôt que les 6,7 milliards d'euros d'obligations garanties de droit grec.

III.2.Pour les titres de droit international, écart de 2,8 milliards d'euros entre les 21,6 l'échange PSI et les 18,8 du Public Debt Bulletin

Mais on sait que les titres garanties de droit international représentent 3,0 milliards d'euros, proche de l'écart.

Comme en III.1 je penche pour que ces 3 (ou 2,8) milliards soient inclus dans les 20,6 de garanties du Public Debt Bulletin.

IV. Récapitulons sur les écarts

Côté Titres long terme, on avait 258,3 MdE dans Eurostat et 259,8 MdE dans Public Debt Bulletin.

L'écart de 1,5 MdE concerne les titres à long terme, il reste inexpliqué.

Pour l'échange PSI, on a 205,6 milliards d'euros dont il faut soustraire 3,0 de garanties droit international et 6,7 de garanties de droit grec, soit 195,9 MdE auxquels il convient de rajouter les sommes détenues par la BCE et les BCNs, 56,5 MdE, soit 252,4 milliards d'euros. Il convient d'ajouter les obligations exclues du PSI, estimées à 8,0 MdE, soit 260,4 milliards d'euros.

L'écart de 0,6 MdE avec le Public Debt Bulletin et de 2,1 avec Eurostat reste inexpliqué.

Côté Loans (Crédits Monnaies et dépôts dans Eurostat), on avait 104,5 MdE dans Eurostat et 93,1 MdE dans Public Debt Bulletin.

L'écart de 11,4 MdE pourrait-il être expliqué par une partie des garanties, dont 9,7 ont été inclues dans le processus d'échange ?

Si tel est le cas, ce que je ne pense pas, alors la réduction de la dette publique grecque consécutivement à l'échange se retrouve totalement dans les statistiques de Maastricht, moins les éliminations intra-sectorielles.

Si tel n'est pas le cas, alors les sommes apportées à l'échange concernant des garanties ne diminueront pas les statistiques de dette de Maastricht, pour un maximum (on ne connaît pas le résultat définitif de l'échange) de 53,5 % x 9,7 = 5,2 milliards d'euros, moins les éliminations intra-sectorielles.