Scrupule, selon Larousse, "doute sur un point précis, entraînant une correction, une retouche".
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/scrupule

Mercredi 29 février 2012. Jour du LTRO 2 à la BCE. 529,5 milliards d'euros octroyés.
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201923966893-la-bce-octroie-un-nouveau-pret-record-296199.php

Le LTRO 1 de décembre 2012 avait permis aux banques résidentes de la zone euro de s'approvisionner en liquidités 3 ans à 1 % à hauteur de 489 milliards d'euros.

Les principales banques françaises ont pour certaines indiqué qu'elles n'auraient pas recours au LTRO 2. Mais bizarrement, excepté Dexia pour l'instant (une vingtaine de milliards), elles n'ont pas voulu communiquer sur les sommes souscrites au LTRO de décembre 2011.

Intuitivement, si comme par hasard elles communiquent sur le LTRO2 lorsqu'elles n'en ont pas ou moins besoin, c'est qu'en l'absence de communication sur le LTRO1 cela signifie qu'elles en ont eu grandement besoin !

Car plus elles ont eu recours au LTRO de décembre 2011, plus cela signifie qu'elles ont été aidées. Embêtant lorsqu'un particulier ou une entreprise vient leur demander un prêt de quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui leur est refusé ...

Alors que la presse s'était fait l'écho d'un chiffre de 43 milliards d'euros de recours par les banques françaises au LTRO de décembre 2011, InvestigationFin a été le seul, sans sources externes, mais uniquement à partir de documents publiés, à démontrer (raisonnement étayé à l'appui, pas au doigt mouillé !) que ce chiffre était fantaisiste et sous-estimé :

23 janvier, j'ai montré pourquoi le chiffre de 43 milliards était forcément sous-estimé :
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/01/23/23318422.html
24 janvier j'ai fourni une estimation de 84 milliards à partir des chiffres de la BCE et de la Banque de France :
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/01/24/23324549.html
22 février j'ai mis à jour l'estimation à 91 milliards à partir de nouveaux chiffres de la BCE et de la Banque de France
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/02/22/23584550.html
Sachant qu'un analyste de Barclays Capital évoque entre 100 et 115 milliards d'euros !
http://algo.robotrading.org/852fdda7/Carry_trades.pdf

Dès le 23 janvier, dans mon article, j'ai précisé que les chiffres publiés de la Banque de France concernaient les établissements français ET les filiales de banques étrangères. Ce qui signifie que les chiffres de recours au LTRO d'un établissement de BNP en Italie sont inclus dans les chiffres publiés par la Banque Centrale d'Italie et qu'inversement les chiffres de recours au LTRO d' un établissement de banque américaine en France sont inclus dans les chiffres publiés par la Banque de France.

Le traitement médiatique de la participation des banques françaises au LTRO de décembre 2011 l'a été sans scrupule. Je l'ai montré dans mon article du 23 janvier puisque le chiffre de 43 milliards n'était pas pertinent, pour plusieurs raisons.

Et pour appuyer un peu plus fort ....

23 janvier 2012, Anne Drif, dans Les Echos, titre "Les banques françaises ont emprunté moins de 43 milliards à la BCE"
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201858378758-les-banques-francaises-ont-emprunte-moins-de-43-milliards-a-la-bce-278760.php

A aucun moment dans son article la journaliste ne prend la peine de préciser que les chiffres de la Banque de France concernent les banques résidentes en France !

Le document en question de la Banque de France d'où le chiffre de 43 milliards est estimé précise pourtant noir sur blanc que les chiffres concernent les établissements français ET des filiales de banques étrangères.
http://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/Politique_Monetaire/Instruments_et_statistiques/LiqPosition_FR.pdf

Plus d'un mois après, 26 février 2012, Anne Drif toujours, dans Les Echos, titre "Les banques françaises font les difficiles" puis sous-titre "La plupart des patrons de banques françaises ont assuré qu'ils n'avaient pas de besoin patent de nouveau refinancement à 3 ans (LTRO)".
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201919194638-les-banques-francaises-font-les-difficiles-294709.php

Au dernier paragraphe, on peut lire : "Et en soi, les chiffres nationaux ne veulent pas dire grand-chose. BNP Paribas a confirmé qu'elle était allée au LTRO de décembre via son entité italienne et par la Belgique".

Aucun scrupule à préciser plus d'un mois après ce que le document de la Banque de France qui sert de base au chiffre publié plus d'un mois avant indiquait noir sur blanc !

Le problème, c'est que la journaliste se réfère à ce que BNP Paribas a déclaré (lors de la conférence de presse aux analystes du 15 février), et pas au document de la Banque de France lui-même qui indiquait la même chose bien avant ! Mais l'avait-elle lu ?

Sans scrupule toujours, pourtant, le chiffre de 47 milliards d'euros (pourquoi pas les 43 ? mystère) est mis en avant le 26 février, sans aucune source : "Dans ces circonstances, il n'est pas certain qu'en France, les banques aillent chercher les mêmes 47 milliards d'euros de décembre."

Le 31 janvier c'était toujours le 43 milliards d'euros qui était mis en avant : "Depuis septembre, les banques françaises sont allées chercher quelque 400 milliards d'euros à la BCE et, comme dans d'autres pays européens, l'injection de liquidité exceptionnelle de la BCE pour près de 43 milliards a complètement inversé la donne."
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201870312117-les-banques-francaises-s-arment-pour-se-passer-du-guichet-de-la-bce-281998.php

Je suis désolé, tout cela manque de sources, de rigueur sur ce que recouvrent les chiffres, de travail de recoupement tel que je l'ai accompli, de recherche bibliographique avancée qui leur permettrait de connaître la méthode pour estimer plus que les 43 milliards pour l'instant médiatisés.

Je me fais beaucoup d'amis parmi les journalistes, allez comprendre pourquoi.

Mais encore la preuve sur ce sujet du LTRO qu'InvestigationFin peut aller plus loin sans les sources traditionnelles des journalistes qui sont essentiellement externes, par un travail d'analyse et d'investigation sur les chiffres dans des documents publics.