Estimation des intérêts versés par la Grèce à la France au titre du premier plan d'aide de 80 milliards d'euros.

Voilà ce que vous pouviez lire dimanche 19 février dans Les Echos dans un article signé par pas moins de 4 journalistes "Grèce : les 6 questions clefs avant une réunion cruciale".

"Pour l'instant, la France a gagné de l'argent en accordant des prêts à la Grèce ... Dans le cadre du premier plan d'aide européen, Paris a décaissé 6,94 milliards d'euros en 2010 puis 4,45 milliards l'an dernier, soit quelque 11,4 milliards sur les 16,8 milliards d'euros de prêts bilatéraux prévus sur trois ans côté français. ... Comme la France emprunte à des taux inférieurs à ceux imposés à la Grèce, l'Etat y a gagné plusieurs centaines de millions d'euros d'intérêts."

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201907526198-grece-les-6-questions-clefs-avant-une-reunion-cruciale-291557.php

La quote-part de la France dans le prêt de 80 milliards d'euros à la Grèce (plus 30 côté FMI donnent le total plus médiatisé de 110) est de 16,8 sur 80 soit 21,0 %.

Les Echos se garde bien de donner les chiffres précis des taux d'intérêt réellement payés par les grecs ainsi que leur valeur. Je vous les redonne.

Rapport sur la cinquième revue de la Commission Européenne sur la Grèce :

copie écran taux interet pret grece

Total des intérêts jusqu'au 15 septembre 2011 : 1 548 millions d'euros (et encore sans tenir compte des 1 % en moins sur juin et septembre 2011).

http://ec.europa.eu/economy_finance/publications/occasional_paper/2011/pdf/ocp87_en.pdf

La quote-part de la France sur les intérêts versés par la Grèce jusqu'au 15 septembre 2011 (il manque la tranche du 15 décembre 2011) peut donc être estimée à 21 % de 1 548 millions d'euros, soit 325 millions d'euros.

325 millions d'euros est donc la quote-part revenant à l'Etat des intérêts payés par les grecs sur le premier plan d'aide jusqu'en septembre 2011 mais cela ne dérange nullement quatre journalistes des Echos d'écrire que la France a gagné plusieurs centaines de millions d'euros d'intérêt relativement à ce que cela coûte à l'Etat Français d'emprunter les sommes prêtées à la Grèce !

La France a emprunté à ZERO peut-être ?

InvestigationFin a simulé les intérêts payés par l'Etat pour 2010 et 2011 selon différentes hypothèses de taux, 3 %, 3,5 % et 4 %.

D'abord, il a fallu estimer l'échéance d'intérêts payés par la Grèce le 15 décembre 2011, en appliquant le même taux du 15 septembre 2011 (4,494 %) aux encours des différentes tranches, en ne considérant pas la sixième tranche de 5,5 milliards d'euros, déboursée courant décembre 2011.
http://ec.europa.eu/economy_finance/eu_borrower/greek_loan_facility/index_en.htm

Mon calcul donne 0,528 milliards d'euros, ce qui porte le total d'intérêts versé par la Grèce au titre du prêt de 80 milliards à 2,08 milliards d'euros, soit une quote-part de 0,44 milliard pour la France.

Si la France emprunte à 3%, son coût pour les mêmes tranches s'élève à 0,31 milliard. A 3,5 % c'est 0,36. A 4 % c'est 0,41.

Faites la différence avec les 0,44. Où sont les centaines de millions d'euros inventés par Les Echos ?

Et encore, les intérêts versés par la Grèce ne tiennent pas compte d'une décision prise en mars 2011 de diminuer de 100 points de base le taux d'intérêt à partir de l'échéance trimestrielle du 15 juin 2011. Le rapport de la Commission Européenne indiquait que cette réduction sera appliquée rétroactivement une fois que l'avenant entrera en vigueur. On se demande d'ailleurs pourquoi cette diminution de 1 % n'est toujours pas effective !

En appliquant cette baisse de 100 points de base à partir des intérêts payés à partir du 15 juin 2011, les intérêts déboursés par la Grèce s'élèveraient à 1,75 milliard d'euros au lieu de 2,08. La quote-part de la France ne serait plus que de 0,37 milliard d'euros. Soit ZERO de gain pour l'Etat Français s'il emprunte à 3,5 % !

Et encore, je ne parle pas de la commission que se prend la Commission Européenne de 50 points de base pour frais opérationnels. Ce qui serait d'autant de moins reversés à la France par rapport aux taux publiés dans les rapports CE ! Mais qui va donc vous parler de cette petite commission (estimée d'après mes calculs à 250 millions d'euros pour 2010 et 2011 !) que se prend au passage la Commission Européenne ?

Au-delà de l'erreur de l'article des Echos, entre des allemands qui empruntent moins cher sur les marchés et des italiens qui empruntent beaucoup plus cher, cette problématique n'est pas seulement franco-française, elle est pourtant traitée ainsi dans les médias franco-français !