Pas vraiment ! Les incohérences entre les chiffres présents dans le modèle sont légion. L'article devrait évoluer si des écarts sont résolus par la suite.

Après avoir travaillé sur la cohérence des chiffres de soutenabilité des programmes de François Hollande puis de François Bayrou, c'est au tour de Marine Le Pen de passer à la méthode de recoupement InvestigationFin.

Hollande http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/01/30/23375824.html
Bayrou http://investigationfin.canalblog.com/archives/2012/02/02/23422084.html

Le chiffrage du projet du Front National a fait l'objet d'une conférence de presse économique le 12 janvier 2012.
http://www.marinelepen2012.fr/2012/01/14/marine-le-pen-presente-le-plan-de-desendettement-de-la-france-et-le-chiffrage-du-projet/

Marine Le Pen prétend résorber 50 % de la dette de la France en 2025 !

Les principaux chiffres ayant pour but de démontrer le désendettement de la France apparaissent sur les deux planches suivantes :

- hypothèses de travail de 2012 à 2017 taux de croissance déficits chiffrages en euros constants

FN1
- modélisation avec dépréciation en 2013 jusqu'en 2030

FN6a


La colonne 1 Capital dette a pour point de départ 1 720 milliards d'euros le 1er janvier 2012.

La démarche de recoupement consiste à comprendre comment sont déterminés les chiffres des colonnes 1 à 8.

I. Compréhension de la colonne 2 solde des flux financiers n-1

La colonne 2 Solde des flux financiers n-1 indique 112 MdE sur la ligne du 01/01/2012 et 103 MdE sur la ligne du 01/01/2013.

Le terme solde des flux financiers semble recouper celui de déficit, puisque la série de déficits annoncés de 2012 à 2017 (-103 -78 -59 -39 -20 0) se retrouve dans la colonne solde des flux financiers, à 1 MdE près pour 77 et 58 MdE.

Il semble donc que les chiffres de cette colonne soient des données fixées qui ne découlent pas d'un calcul à partir d'autres colonnes.

II. Compréhension de la colonne 3 Total dette + déficits

La colonne 3 Total dette + déficits en MdE est l'addition de ce qui figure sur la même ligne entre les colonnes 1 et 2. Exemple pour la ligne 01/01/2012 : Capital dette 1 720 + solde des flux financiers n-1 112 = 1 832.

Sauf que sur la première planche, le déficit 2012 est annoncé à - 103 milliards d'euros constants. Or le chiffre de 103 figure en ligne 01/01/2013, ce qui au départ est logique puisqu'il s'agit du solde des flux financiers N-1, donc bien de 2012.

Mais si la dette vaut 1 720 MdE début 2012, alors l'addition avec le déficit 2012 devrait, avec 103 MdE de déficit 2012 donner 1 823 et non pas 1 832 MdE comme indiqué dans le tableau. Et du même coup tous les chiffres de la colonne 3 seraient erronés !

III. Compréhension de la colonne 4 Charge de la dette (intérêt moyen 3 % et 1 % dès 2018)

Les chiffres de la colonne semblent être obtenus avec la formule suivante :

- de 01/01/2012 à 01/01/2017, en fait 2012 à 2017 selon moi 3 % x colonne 1
- de 01/01/2018 à 01/01/2030, en fait 2018 à 2030 selon moi 1 % x colonne 1

Ce qui signifie que le taux d'intérêt visé est appliqué à la dette de début d'année. Sur les premières années, la dette augmentant en cours d'année, cela minore d'environ 1 MdE la charge d'intérêt, l'effet étant inverse par la suite.

IV. Compréhension de la colonne 6 Economies budgétaires

Les chiffres qui apparaissent, notamment 70 MdE des lignes 01/01/2017 à 01/01/2025 (en fait 2017 à 2025) permettent de supposer qu'il s'agit d'un cumul des économies budgétaires. L'effort net d'économie budgétaire en sens positif ou négatif de l'année n est donc la différence entre les lignes n et n-1.

tentative de recoupement avec les mesures annoncées sur 5 ans :
dépenses en plus : justice + 8,5 sécurité + 1,2 santé et handicap 15,3 total 25 MdE
économies de dépenses : immigration 40,8 Union Européenne 11,7 fraude sociale 25,2 fraude fiscale 42,1 total 119,8 MdE
Soit en net sur 5 ans 95 MdE alors que la colonne Economies budgétaires annonce 2013 5 MdE 2014 15 MdE 2015 20 MdE 2016 50 MdE 2017 70 MdE soit 160 MdE sur 5 ans. Echec du recoupement par conséquent pour des raisons non identifiées.

Faut-il ne pas considérer les dépenses en plus ? D'autres types d'économies (décentralisation, gains du non sauvetage de l'euro et des aides aux Etats de la zone euro) doivent-ils être considérés ?

V. Compréhension de la colonne 8 Taux inflation (intérêt moyen 2,5 %)

Au niveau des chiffres de la colonne, la formule de calcul suivante semble fonctionner : 2,5 % x capital dette.

Ainsi, pour la ligne 01/01/2012 : 43 MdE = 2,5 % x 1 720

Le concept est étonnant, il calcule l'augmentation de la dette par l'inflation, les autres éléments étant donc hors inflation. C'est bien le cas pour les déficits présentés de 2012 à 2017, mais quid des autres éléments ?

VI. Compréhension de la colonne 5 amortissement dette : monétisation progressive de la dette à taux 0 %

On commence à rentrer dans le dur.

La rotation totale du portefeuille de la dette publique étant indiquée à 7 ans, l'impact de la monétisation par la Banque de France de la dette publique pourrait être calculé ainsi sur une année : 3 % x1 838 / 7 = 8 MdE.

Mais le communiqué de presse économique présente l'impact de la monétisation par la Banque de France bien différemment, 100 milliards d'euros par an, ventilés ainsi :

- 45 MdE amortissement direct et progressif du capital dette pour 45 MdE par an (2,5 % du PIB) consistant à stériliser une fraction de la dette ; on retrouve ces 45 MdE de 2013 à 2017 dans la colonne 5 amortissement de dette monétisation, le montant augmentant à partir de 2018 pour atteindre 86 MdE en 2030 !
- 45 MdE remboursement de la charge de la dette imputée au budget, montant dégressif à partir de 2018 ; la dégressivité à partir de 2018 serait cohérente avec le fait que la colonne 4 charge de la dette indique 18 MdE en 2018 contre 57 MdE en 2017 (passage de 3 % à 1 %).
- 10 MdE relance économique imputée au budget.

De ce qui précède, on peut supposer que la colonne 1 solde des flux financiers tient compte des 2 effets de monétisation, remboursement de la charge de la dette imputée et relance économique imputée.

De plus, les chiffres de la colonne 5 amortissement de la dette monétisation ne sont pas calculables, mais définis par le programme FN.

Le chiffre de 18 MdE pour 2012 (45 MdE pour 2013) correspond sans doute à un effet de monétisation dès 2012, le ratio 18/45 donnant 4,8 mois, soit début août 2012.

Quant au principe, sortir 100 milliards d'euros chaque année du chapeau de la Banque de France, cela semble grotesque pour les raisons suivantes :

- c'est non seulement entraîner un effet d'inflation qui n'est pas pris en considération par le modèle FN puisque le taux d'inflation demeure inchangé à 2,5 % année après année., ils vont pas avoir un effet d'inflation ?
- avec le retour au franc ou à une monnaie nationale nouvelle, injecter 100 milliards d'euros chaque année, soit 5 % du PIB 2011 environ, c'est à vue de nez entraîner une dépréciation d'autant de la monnaie. Alors que le modèle FN évoque juste l'étude Nomura que je connaissais par ailleurs qui prévoit seulement une baisse de la monnaie de 10 %. Quid de l'impact à la hausse du coût de nos importations avec une monnaie qui serait dévaluée chaque année de 5 % rien que par la monétisation par la Banque de France ?

Attendez un peu de voir comment cela va se passer avec la Grèce avant de faire des expériences de type laboratoire pharmaceutique sur souris !

VII. Compréhension des colonnes 7 solde disponible en remboursement du capital dette et 1 capital dette

Là on est dans le très dur.

La ligne 01/01/2012 de la colonne solde disponible en remboursement du capital dette  indique - 137 MdE, que l'on peut obtenir ainsi : - solde des flux financiers n-1 - taux inflation + amortissement dette monétisation 0 % = - 112 - 43 + 18 = -137 MdE

Si on applique la même formule pour 01/01/2013 : - 103 - 46 + 45 = - 104 ,alors que le modèle FN montre - 82 MdE ! Et ce n'est pas avec l'économie budgétaire de 5 MdE que l'on peut résoudre l'écart !

Cela se complique méchamment !

Quelle est la différence entre la colonne 1 capital dette ET le total colonne 3 total dette + déficits et la colonne 7 solde disponible en remboursement du capital dette ? Trop importante d'année en année ...

Intéressons-nous à l'année 2018 pour laquelle le déficit est nul. Le capital dette de début d'année 2018 est de 1 873 MdE, le total dette + déficit de 1 873 MdE. Début 2019, la capital dette s'élève à 1 740 MdE, en baisse de 133 MdE. Le solde disponible en remboursement du capital dette n'est pourtant que de 101 MdE en 2018. L'amortissement de la dette par monétisation étant de 80 MdE en 2018, les économies budgétaires de 70 MdE (comme ne 2017), l'effet inflation de 47 MdE etc ... je ne trouve aucune combinaison des paramètres permettant de recouper avec la diminution de la dette en 2018 de 133 MdE.

Bref, c'est le bazar !

Recherche sur le net pour savoir si d'autres se sont penchés sur ces chiffres avec attention

C'est vite vu, apparemment personne ! Puisqu'une recherche google avec par exemple les expressions exactes "solde des flux financiers" + "solde disponible" qui sont les concepts du modèle chiffré de Marine Le Pen ne donnent aucun résultat.

Pourtant c'est bien en tentant de comprendre chiffre par chiffre ce modèle, donc en maniant ces concepts que l'on montre que l'on a creusé le sujet.

L'Institut de L'Entreprise a seulement évalué le coût de mesures du programme du Front National, mais n'a pas étudié la cohérence des chiffres du désendettement de la France.

http://www.debateco.fr/taxonomy/term/139/1

Cela n'intéresse personne la cohérence des données chiffrées de soutenabilité ou désendettement de ceux qui sont candidats à l'élection présidentielle ? Pardon, megaupload vient de rouvrir .. et non c'est une blague !