La publication des derniers stress-tests fournit l'opportunité à Investigationfin de prendre un bon bain de chiffres.

http://stress-test.eba.europa.eu/

Le fichier détail de BNP Paribas m'a mis la puce à l'oreille sur certaines pistes de recherche qui concernent l'exposition aux dettes souveraines :

http://stress-test.eba.europa.eu/pdf/bank/FR013.pdf

1) la part trading de la dette souveraine allemande, 8,2 milliards d'euros représente près de la moitié de l'exposition nette; 16,5 milliards d'euros

2) l'écart entre l'exposition brute et l'exposition nette est particulièrement élevé sur l'Allemagne et les Etats-Unis. Allemagne expo nette 16,5 MdE expo brute 24,7 MdE ! Etats-Unis expo nette 25,2 MdE expo brute 33,1 MdE.

Que sur la dette souveraine d'un pays comme la Grèce l'exposition nette soit inférieure à l'exposition brute cela se comprend, mais quid de l'Allemagne et des Etats-Unis ?

N'y aurait-il pas par exemple des titres de tels pays postés en collatéral (ceux qu'exigent par exemple JP Morgan pour se couvrir) ? On verra qu'à priori non.

3) le niveau d'exposition court terme à la dette souveraine grecque : 633 millions d'euros à 3 mois pour BNP sur un total de 5 milliards.

Quid de la Société Générale ?

http://stress-test.eba.europa.eu/pdf/bank/FR016.pdf

1) c'est encore pire, la part trading représente 6,4 milliards d'euros pour un total de 6,8 d'exposition nette à la dette souveraine allemande ! Sur la France, la part trading est bien plus faible, 3,3 MdE sur un total de 13,5 MdE ! La dette allemande sert-elle de casino ?

2) Le phénomène peut être observé pour la France également, 13,5 MdE d'exposition nette pour 19,3 MdE d'exposition brute. Allemagne expo nette 6,7 MdE expo brute 17,8 MdE ! Etats-Unis expo nette 5,6 MdE expo brute 8,4 MdE

3) non, 375 millions d'euros à 3 mois sur la Grèce pour une exposition nette totale de 2,7 MdE.

Analyse des points 1) et 2) pour l'ensemble des 90 banques du stress test de juillet 2011

exploitation du fichier http://stress-test.eba.europa.eu/pdf/DATA_DISCLOSURE.CSV

1) exposition nette des 90 banques testées à la dette souveraine allemande 434,2 milliards d'euros dont trading 65,2 milliards d'euros 15,0 % dont banques allemandes 34,1 MdE

BE005 (KBC Bank) expo nette 1,4 dont trading 1,35

% trading des banques allemandes 2,6 % 13,4 % 21,7 % 15,1 % 18,6 % 1,4 % 0 % 12,2 % 6,6 % 0,1 % 45,5 % 7,3 %

La banque allemande avec un % de trading de 45,5 % est DE028 (Dekabank Deutsche GiroCentrale Frankfurt) expo nette 9,7 MdE dont trading 4,4 MdE

Les deux banques britanniques ayant des positions significatives sur la dette souveraine allemande ont une part de trading plus faible que les banques françaises, 34 % pour GB088 (Royal Bank of Scotland) et 22 % pour GB089 (HSBC).

En Italie, IT041 (Unicredit SA) présente une situation proche des banques allemandes expo nette 18,4 dont trading 3,2 17,4 %.

Les deux banques françaises BNP Paribas et Société Générale présentent bien une spécificité du point de vue de la proportion élevée en trading en dette souveraine allemande !

De deux choses l'une :

- soit les sommes déclarées en trading sont bien destinées à être tradées (et le sont à un moment ou à un autre) sur le marché secondaire et alors la dette souveraine allemande sert bien de casino notamment pour les banques françaises Société Générale et BNP Paribas ;

- soit on peut se poser des questions sur l'origine de la non-comparabilité des banques qui déclarent beaucoup en trading (comme FR016 la Société Générale) et celles qui déclarent très peu en trading (comme la banque belge BE004 Dexia 0% ou NL047 ING Bank 12 %).

2) écart exposition brute exposition nette

dette souveraine allemande total expo brute 488,8 MdE total expo nette 434,2 MdE écart de 54,6 MdE 11,2 %

Dans le détail FR016 Société Générale 11 MdE (61,9 % !) GB089 HSBC 8,6 MdE (56 % !)

dette souveraine US total expo brute 287,4 MdE total expo nette 205,3 MdE écart de 82,1 MdE 28,6 %

Dans le détail DE017 Deutsche Bank 16,3 MdE (42,2 %) FR013 BNP 7,8 MdE (23,7 %) GB088 RBS 12,0 MdE (30,4 %) GB089 HSBC 10 MdE (15,6 %) GB090 Barclays 32,3 MdE (73,7 % !).

Comme par hasard on retrouve les grandes banques de financement et d'investissement.

La note méthodologique du 18 mars 2011 précise ce qu'il convient d'entendre par exposition brute (gross direct long exposure) et exposition nette (net direct positions) :

http://www.eba.europa.eu/cebs/media/Publications/Other%20Publications/2011%20EU-wide%20stress%20test/EBA-ST-2011-004-%28Detailed-Methodological-Note%29_1.pdf

gross direct long exposure : exposition directe aux administrations publiques centrales et locales, sur la base des données bilantielles, et sur la base de l'emprunteur immédiat (immediate borrower basis), ce qui signifie qu'une exposition de 100 envers un pays A avec du collatéral de 20 émis par un pays B sont publiés à 100 sur A.

net direct positions = gros direct long exposure - cash short position with maturity matching - provisions

La position nette est la position brute moins les positions vendeuses de trésorerie court terme de même maturité, moins les provisions comptabilisées.

Un exemple fourni par le CEBS, la vente short pour animer le marché (market maker). Forcément on retrouve les grandes banques de financement et d'investissement.

Les grandes banques de financement et d'investissement, qui, rappelons-le, sont les premiers intervenants lorsqu'un pays émet de la dette publique.

Il est temps qu'une solution politique régule de telles entités systémiques qui continuent de se rémunérer grassement sur le dos d'un système qui leur est favorable, malgré la crise des subprimes et les G20 qui se sont succédés en vain.

Voilà ce qui est rappelé au-travers de tous ces chiffres, l'omniprésence et l'omnipotence des BFI.

Certains songent à la création d'une agence de notation européenne indépendante.

Pourquoi pas la création d'une Banque de Financement et d'Investissement indépendante des banques placée sous l'autorité de ... ?