Suite aux mouvements récents des agences de notation, dont la mise sous surveillance par Moody's de la Société Générale du crédit Agricole SA et de BNP Paribas, c'est la panique !

Notamment pour les journalistes, cet article montrant 2 exemples dénichés sans trop chercher.

1 Qui veut confondre les euros avec les dollars ?

Une erreur grossière consiste à donner les chiffres de la Banque des Règlements Internationaux (BRI ou BIS) en euros alors qu'ils sont en dollars.

Démonstration avec l'article du 15 juin 2011 du très sérieux L'Agefi :

http://www.agefi.fr/articles/Les-banques-francaises-viseur-Moodys-exposition-grecque-1182829.html

« Au total, Fitch estime que sur les titres souverains, l’interbancaire, les titrisations et les encours de prêts des filiales, l’exposition totale des banques françaises se monte à 42,3 milliards d’euros. Elle est de 25 milliards pour Emporiki et Geniki, dont 21,3 milliards pour Emporiki, et de 11 milliards pour les souverains, dont 5 milliards pour BNP Paribas. La BRI chiffrait elle l’exposition des banques françaises à 57 milliards d’euros fin 2010, contre 63 milliards à l’issue du troisième trimestre 2010. »

Eh non ! La BRI chiffrait l'exposition des banques françaises à 57 milliards de DOLLARS fin 2010 et 63 milliards de DOLLARS fin septembre 2010.

Extrait de l'annexe du rapport de la BRI de juin 2011 qui fournit les données chiffrées à fin 2010 :

extrait BIS annexe 30 juin 2011

On lit bien 56 740 (millions de dollars) vis-à-vis de la Grèce !

De coup, avec un taux de conversion eurodollar au 31 décembre 2010 de 1,3385 (convertisseur yahoo), les chiffres de Fitch se recoupent :

le total (Table 9D) de 56,74 Md$ donne 42,4 MdE (chiffre Fitch) ; le risque souverain (Table 9E) de 14 960 M$ donne 11,2 MdE.

Je concède avoir commis la même erreur eurodollar dans un de mes articles, mais j'ai pu me corriger assez rapidement. Apparemment tel n'est pas le cas pour un article publié dans un média sérieux, censé être relu en interne et lu bien plus de fois que le mien en externe ...

2. Qui veut jouer avec le risque immédiat avec le risque ultime ?

J'ai abordé ce sujet dans mon article précédent.

http://investigationfin.canalblog.com/archives/2011/06/10/21364213.html

Là, il s'agit d'un article du 25 mai 2011 du correspondant de Reuters à Francfort publié sur LaTribune.fr :

http://www.latribune.fr/actualites/20110525trib000624259/dette-grecque-moody-s-caresse-les-banques-allemandes-dans-le-sens-du-poil.html

Moody's n'avait pas vu de risque de dégradation de banques allemandes en lien avec la dette grecque.

L'article donne le chiffre BRI de 29,5 milliards d'euros d'exposition à la Grèce des banques allemandes et de 113 milliards d'euros d'exposition à l'Irlande. Sans préciser la date de référence. Supposons là à fin décembre 2010.

Avec la même conversion euro dollar de 1,3385, cela donne : Grèce 39,5 Md$ Irlande 151,2 Md$

L'auteur de l'article aurait vu un écart entre les données de Moody's et celles de la BRI (point sur lequel je ne me prononce pas), et rend compte d'une explication par l'agence de notation selon laquelle « la BRI ne prendrait en compte que le risque immédiat de la localisation des actifs et pas leur risque ultime » (c'est sur ce point que j'interviens).

Donc si on suit l'auteur de l'article de La Tribune les données BRI seraient en risque immédiat.

Pas de chance, la BRI fournit les données chiffrées et en risque immédiat (Immediate Borrower Basis Table 9 B) et en risque ultime (Ultimate Risk Basis Table 9D et Table 9 E) !

Et que livrent ces tables ?

Exposition des banques allemandes :

Grèce (risque immédiat) 33 974 M$ Grèce (risque ultime) 33 974 M$ (risque ultime avec les autres expositions dérivés garanties engagements de crédit) 33 974 + 5 949 = 39 923 M$

Irlande (risque immédiat) 118 154 M$ Irlande (risque ultime) 118 154 (risque ultime avec les autres expositions) 118 154 + 40 394 = 158 548 M$

Pas loin pour la Grèce du chiffre La Tribune converti en dollars (39,5 Md$) mais plusieurs milliards d'écart pour l'Irlande (151,2 Md$).

En revanche, les chiffres correspondent davantage à la Table 9E (ultimate risk basis) qu'à la Table 9B (immediate borrower basis).

Même si les chiffres de la Table 9B et 9D coïncident pour l'Allemagne vis-à-vis de la Grèce et de l'Irlande.

Surtout que les écarts entre Immediate et Ultimate sont réduits :

Table 9D total Allemagne 2 940 Md$ total France 3 075 Md$

Table 9B total Allemagne 2 998 Md$ total France 3 138 Md$

écarts relatifs Allemagne 2 % France 2 %.

C'est dire si l'explication de l'agence de notation aurait dû être challengée ...