Le rapport de Michel Camdessus sur le contrôle des rémunérations des professionnels de marché a été rendu public :

lire le communiqué de presse officiel http://www.economie.gouv.fr/discours-presse/discours-communiques_finances.php?type=communique&id=4948&rub=1

télécharger le rapport http://www.economie.gouv.fr/services/rap11/2010-183.Rapport_Camdessus.pdf

La lecture de ce rapport minimise le scandale qui perdure du niveau de rémunération des traders dans les banques, et notamment pour les 2 plus importantes, Société Générale et BNP Paribas.

Ce n'est pas faute d'avoir écrit sur le sujet dès le mois de mai 2010 :

BNP le 11 mai 2010 http://investigationfin.canalblog.com/archives/2010/05/11/17862504.html

Crédit Agricole le 19 mai 2010

http://investigationfin.canalblog.com/archives/2010/05/19/17945453.html

Société Générale le 28 mai 2010

http://investigationfin.canalblog.com/archives/2010/05/28/18032791.html

Le rapport Camdessus estime que le montant de l'enveloppe globale de 3 milliards d'euros en 2009 (rémunérations variables dans les BFI) traduit une diminution supérieure à 800 millions d'euros par rapport à 2007 (2006 pour la Société Générale, affaire Kerviel oblige !).

Ces 3 milliards d'euros concernent l'ensemble des salariés des BFI, pas seulement les professionnels de marché, qui ont capté à eux seuls 2 milliards d'euros.

Il aurait été plus pertinent que le rapport Camdessus émette une opinion qui concerne seulement les professionnels de marché (dont les traders) !

De plus, on nous avait dit en pleine crise financière que la part fixe de la rémunération des traders allait être augmentée conjointement à une baisse de la part variable.

Il aurait été plus pertinent que le rapport Camdessus émette une opinion sur le niveau global de la rémunération des opérateurs de marché, fixe plus variable. Ce que le rapport sous-tend en page 11, pour l'une des seules informations fournies sur le fixe.

Comme par hasard le rapport Camdessus se contente de chiffrer le bonus moyen des 8 200 professionnels de marché des banques concernées par le rapport (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE, Crédit Mutuel, Dexia) : 242 000 euros (hors chiffres Fortis de BNP j'ai vérifié).

Mais la moyenne de la rémunération totale est bien plus élevée que 242 000 euros : 334 000 euros selon investigationfin. Presque 100 000 euros de plus !

Le tableau suivant vous aidera à identifier quelles banques rémunèrent le plus grassement leurs traders :

Professionnels de marché

BNP

SG

CA

BPCE

CM

Dexia

Total

nombre

3 972

2 600

785

742

55

16

8 170

rémunération fixe ME

356

228

84

65

5

1

739

rémunération variable

1 152

602

118

106

13

1

1 991

rémunération totale ME

1 508

830

202

171

18

2

2 730

rémunération variable moyenne en KE

290

232

150

142

235

50

244

rémunération totale moyenne en KE

380

319

257

230

320

119

334

chiffres BNP hors Fortis (1 323 professionnels, 159 ME de rémunération totale).

source : banques, rapports obligatoires résultant de l’arrêté du 3 novembre 2009 relatif aux rémunérations des personnels dont les activités sont susceptibles d’avoir une incidence sur l’exposition aux risques des établissements de crédit et entreprises d’investissement

BNP Paribas et Société Générale, qui représentent 80 % du total des professionnels de marché et 86 % du total des rémunérations en 2009, ont rémunérés leurs professionnels de marché en moyenne 380 KE et 320 KE respectivement.

Sur les 800 millions d'euros, on se demande s'il n'est pas possible de les lire grossièrement sur le graphe Evolution des bonus et des résultats pro forma des BFI de la page 13 :

graphe_page_13

- cumul des résultats publiés des 5 BFI (avant impôt et après bonus) à structure d'activités comparable

2007 je lis 2 MdE 2009 je lis 1,8 MdE

- cumul des enveloppes de bonus des 5 BFI (hors charges sociales)

2007 je lis 3,8 MdE 2009 je lis 3 MdE (qui correspond au chiffre cité dans le rapport)

Ainsi les plus de 800 millions d'euros pourraient être obtenus en comparant les 3,8 aux 3,0, puisque le niveau des résultats avant impôt et après bonus est sensiblement proche en 2007 et 2009 (surtout par rapport à 2008).

C'est un raisonnement simpliste qui étonne d'autant plus, nonobstant les remarques déjà effectuées plus haut, que, habituellement, le ratio du niveau des rémunérations dans les BFI ne fait pas intervenir le résultat avant impôt, mais le produit net bancaire !

Et du point de vue du produit net bancaire, 2009 n'a rien à voir avec 2007 pour BNP Paribas (qui représente 58 % du total des bonus en 2009 !), comme le montre le tableau suivant :

en millions d'euros

2007

2009

BNP Paribas PNB BFI

8 293

12 194

en millions d'euros

2006

2009

Société Générale PNB BFI

6 860

6 867

Même si pour BNP Paribas le ratio des frais de gestion sur PNB a diminué entre 2007 et 2009.

Comment le rapport Camdessus parvient-il d'ailleurs à seulement un peu moins de 2 milliards d'euros de résultat avant impôt en 2009 pour les 5 banques sachant que les comptes des banques donnent, pour les BFI :

+ 4,4 MdE pour BNP, + 0,7 MdE pour SG, + 1,7 MdE pour CA et - 0,4 MdE pour Natixis soit + 6,4 MdE ?

De plus, comment l'approche globale pourrait être pertinente alors qu'en 2007 la BFI de BNP présentait 3,6 milliards d'euros de résultat avant impôt, les 3 autres BFI étant en perte ?

Tout ce qui précède donne l'impression d'un rapport de pertinence questionnable à tout le moins !