La Cour des Comptes vient de publier son deuxième rapport sur les fonds collectés par les associations en faveur des victimes du tsunami du 26 décembre 2004.

http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/COFAGP/Rapport_tsunami_tome_1.pdf

http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/COFAGP/Rapport_tsunami_tome_2.pdf

Le premier rapport de la Cour des comptes avait été publié en janvier 2007.

Pour avoir publié un livre très critique sur le sujet en juin 2007 Tsunami : L'article sur l'ONG n'aura pas lieu, je ne pouvais que commenter certains extraits du rapport :

- corruption ;

- la démarche de la Cour des Comptes sur les projets réalisés reste insuffisante ;

- le cas du coût des maisons : Architectes de l'Urgence. Une affirmation fausse dans le rapport de la Cour des Comptes ! à lire en priorité !

Plusieurs associations étudiées par la Cour des Comptes ont fait l'objet de développements dans mon livre : Fondation de France, Architectes de l'Urgence, Pompiers Sans Frontières. Planète Urgence, l'ONG principale critiquée dans mon enquête, ne faisait malheureusement pas partie du panel de la Cour des Comptes.

Selon la Cour, les dons s'élevaient à fin 2005 à 328 millions d'euros et 371 millions d'euros fin 2008 (page 11 tome 1).

Les fonds employés s'élevaient à 337,8 millions d'euros pour la période 2004 2008, dont 79,6 % pour les missions sociales tsunami et 14,4 % hors tsunami (page 23 tome 1).

Absent du premier rapport, ce thème a (enfin) été abordé par la Cour des Comptes, notamment en page 45 du tome 1, sur une page, dans un titre « D - Le risque de corruption », qui aurait pu s'intituler tout court La corruption.

Un seule exemple citant nommément une ONG (Croix-Rouge française) est produit (un autre en page 55 du tome 1 concerne également la Croix-Rouge française).

La Cour des Comptes écrit aujourd'hui : « Dans les trois pays visités, les risques de corruption existent. En Indonésie, les autorités, dont le président de l’agence de reconstruction, ont reconnu que le pays avait, après le tsunami, été frappé par ce qui a été appelé « la seconde catastrophe ». »

Si les autorités indonésiennes ont évoqué une deuxième catastrophe, la Cour des comptes se contente d'évoquer un risque. Vous noterez la nuance.

Mais entre évoquer le sujet et passer un côté, les temps ont bien changé depuis fin 2006 début 2007.

Extraits de mon livre sur la corruption pages 175 à 176

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Extraits de mon livre sur la corruption pages 177 à 178

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Extraits de mon livre sur la corruption page 179

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Certes la Cour des Comptes est allée sur le terrain pour se rendre compte de la réalité d'une partie des actions.

Mais s'assurer que les dons ont été dépensés conformément à leur objet est une chose, s'assurer qu'il n'y a pas eu de gabegies en est une autre.

Même si la Cour des Comptes fournit quelques exemples de projets à problème, avec des noms d'ONG en face (chose incongrue dans leur premier rapport), de tels exemples appellent d'autres questions, qui resteront malheureusement sans réponse :

- Exemple 1 Secours Populaire français en page 33 du tome 1 : on apprend que sur 61 projets entrepris au 31 décembre 2008, huit avaient été abandonnés (dont un près d'Hambantota au Sri Lanka de fabrication de farine de lentilles, l'association n'a pas trouvé de candidats parmi les experts étrangers recherchés pour assurer le démarrage de l'usine selon la page 37 du tome 1).

- Exemple 2 Secours Populaire français en page 41 du tome 1 : au village de Lambada (Aceh Indonésie) l'unité de fabrication de glace a été livrée mais a été mise au rebut car défectueuse ; la Cour par le d'un local coopératif pour les pêcheurs qui apparaît réussi mais d'autres locaux similaires sont inutilisés, posant la question du doublon des dépenses.

- Exemple 3 Plusieurs ONG (Solidarité Laïque, la Croix-Rouge française et la Fondation de France) ont participé à un projet de nouveau village appelé Istouti ; d'après la Cour (page 40 du tome 1), «les projets réalisés sont apparus, au moment de la visite de la Cour, surdimensionnés. De nombreuses maisons étaient vides et fermées, les équipements n'étaient pas toujours utilisés, aucune des boutiques ne fonctionnait, le village montrait peu danimation. » ; en page 55 du tome 2, coût unitaire des habitations (de nombreuses vides en novembre 2009 !) de 8 056 euros, le double des réalisations comparables (ce que la Fondation de France conteste) à Matara (4 093 euros) ; le projet initial était de 200 maisons pour la moitié réalisées (page 146 du tome 2).

Dans mon livre, j'ai cité Radio France (également cité par la Cour en page 55 du tome 2) en page 162 (financement d'un projet à Istouti), puis dénoncé en conclusion le fait que des médias aient financé des projets d'ONG.

- Exemple 4 Solidarité Laïque et association IDES à Thazhanguda (Pondichéry, Inde) en page 56 du tome 1 : centre éducatif achevé l'été 2010 alors qu'avant le constat par la Cour il était partiellement construit et n'avait jamais servi.

- Exemple 5 Fondation de France ,en page 56 du tome 2 : projets de Cuddalore (560 324 euros), la Cour évoque un vaste bâtiment qui accueille moins de 30 enfants, des problèmes de surdimensionnement, des maisons (25) n'apportant pas des garanties de salubrité.

- Exemple 6 CARE France, en page 133 du tome 2 : programme d'amélioration de la résistance d'un lotissement pour 92 727 euros, « les constats effectués sur place ont mis en évidence que les habitants de 775 des 1 776 maisonnettes demeurent gravement exposés aux risques sismiques et que le lotissement est directement vulnérable à un tsunami. »

Question commune : Combien d'argent a-t-il été dépensé en pure perte, trop ou mal dépensé ?

La Cour des comptes décrète d'ailleurs l'impunité des ONG en page 37 du tome 1 :

« Ces visites ont été loccasion pour la Cour de constater une nouvelle fois les difficultés daction dans des pays éloignés, en situation difficile, voire de guerre civile, où les structures locales peuvent être défaillantes, où les risques de corruption sont réels et où lafflux mal coordonné des ONG et labondance des fonds disponibles ont pu entraîner des effets non souhaités, telle linflation du prix des matériaux et de la main doeuvre. Les différents organismes ont dû s'aadapter à ces réalités, dont la responsabilité ne peut leur être imputée. »

Joker par conséquent ! Pas la peine de tergiverser, ce sera pareil pour Haïti ! Pourtant, l'enfer est bien parfois pavé de bonnes intentions.

Une maison pouvant être différente d'une autre, le coût de construction peut être différent. Certes. Mais il devrait y avoir des limites.

En page 43, la Cour livre le coût le plus bas constaté : 3 757 à 4 358 euros pour des maisons financées par le Secours Populaire français.

Il y a mieux. Dans mon livre, une petite ONG, ATAV était parvenue, au Sri Lanka, à construire dans les temps 20 maisons fin 2005 pour un coût moyen de 2 200 euros.

extraits de mon livre sur ATAV pages 153 et 154 :

extraits_pages_153_154

Les 8 056 euros par maison (selon le rapport de la Cour) à Istouti au Sri Lanka financés en partie par la Fondation de France prennent une autre saveur.

Le coût le plus élevé ? La Cour n'en dira mot, ce qui est révélateur.

La Cour encense (page 48 du tome 1) le programme d'Atlas Logistique à Lumkruet de 274 petites maisons neuves dans un village. Le coût ? Aucune idée.

J'avais dénoncé dans mon livre les dérives du projet d'Architectes de l'Urgence.

Pour la Cour, « les réalisations sur le terrain correspondent aux actions présentées par l'association. » et « À lissue de son contrôle, la Cour constate que les fonds ont été employés en 2006-2008 conformément aux objectifs poursuivis par lappel à la générosité publique. »

source : page 96 du tome 2

Tout va bien dans le meilleur des mondes.

La Cour prétend (page 94 du tome 2) que le programme développé par Architectes de l'Urgence au Sri Lanka pour 1,64 million d'euros était terminé au 31 décembre 2005.

Faux selon le rapport d'activité 2006 même de l'ONG :

extrait_rapport_activit__2006_Architectes_de_l_Urgence

Pour mieux vous rendre compte du décalage entre les conclusions de la Cour et mes recherches sur Architectes de l'Urgence, des extraits de mon livre pages 145 à 152 :

extraits_pages_145_146

extraits_pages_147_148

extraits_pages_149_150

extraits_pages_151_152

1,64 millions pour 62 ou 120 maisons (selon les sources), 1 shopping complex, 37 petits bateaux de pêche fish waddies et 1 centre social), cela ferait combien par maison ?

3 Le cas du coût de construction des maisons. Architectes de l'Urgence

2) La Cour des Comptes ne va pas assez loin sur le thème de la correcte utilisation des dons du tsunami

1) La thématique de la corruption

Données chiffrées générales