Une revue des résultats est effectuée comparativement aux résultats du premier trimestre 2010, avec une importance particulière accordée à la partie Fixed Income de la Banque de Financement et d'Investissement.

Doivent suivre dans une deuxième partie les banques suivantes : Crédit Suisse Deutsche Bank, RBS, Barclays, HSBC, BNP Paribas, UBS et Société Générale.

Les aspects suivants vont être abordés :

- évolution des résultats relativement au premier trimestre 2010 ;

- analyse spécifique sur les activités de Fixed Income.

Synthèse

Les résultats des 5 principales banques américaines sont moins bons (13,2 milliards de dollars) qu'au premier trimestre 2010 (16,4 milliards de dollars), surtout pour Goldman Sachs (0,6 contre 3,5) alors que les bénéfices de JP Morgan s'accroissent.

Les résultats excellents en fixed income au deuxième trimestre 2009 et au premier trimestre 2010 ne se sont pas renouvelés. L'activité client est en diminution, notamment dans les taux et le change, l'environnement de trading étant devenu périlleux.

Ce qui a permis aux résultats de ne pas trop diminuer, c'est la diminution des provisions pour pertes de crédit. Une embellie pas garantie sur les trimestres qui viennent.

Toutes les banques ont comptabilisé la surtaxe UK sur les bonus au titre de 2009, totalisant 2,3 milliards de dollars. Goldman Sachs a subi en outre le coût de l'accord récent avec la SEC sur le litige Abacus portant sur 550 millions de dollars.

Le deuxième trimestre est marqué par le retour des spreads de crédit, leur élargissement ayant une incidence cette fois favorable sur les résultats, j'ai notamment relevé Morgan Stanley (750 millions de dollars sur les revenus).

A noter également sur Morgan Stanley la poursuite de cessions exceptionnelles dont les gains (515 millions de dollars après impôt) permettent de stabiliser les profits.

Et surtout pour Goldman Sachs un ajustement de valorisation favorable (905 millions de dollars avant impôt) de sa participation dans le chinois ICBC lui permettant presque quasiment de pas passer dans le rouge. Ce qui aurait fait tâche !

1) Comparaison des résultats par rapport au premier trimestre 2010

PNB T2 2009

PNB T3 2009

PNB T1 2010

PNB T2 2010

RN T2 2009

RN T3 2009

RN T4 2009

RN T1 2010

RN T2 2010

GS

13,8

12,4

12,8

8,8

3,4

3,2

4,9

3,5

0,6

JPM

27,7

28,8

28,2

25,6

2,7

3,6

3,3

3,3

4,8

Citi

30,0

20,4

25,4

22,1

4,3

0,1

-7,6

4,4

2,7

BoA

33,1

26,4

32,3

29,5

3,2

-1,0

-0,2

3,2

3,1

MS

5,2

8,4

9,1

8,0

+ ns

0,8

0,8

2,0

2,0

GS (Net Revenues, including net interest income) JPM (Total net Revenue Managed Basis) Citi (Total Revenues, net of interest expense) BoA (Total revenue, net of interest expense Managed Basis) MS (Net revenues)

ns non significatif, inférieur à 0,05.

Normes comptables : FASB

Données chiffrées en milliards de dollars

T pour Trimestre et Q pour Quarter (trimestre en anglais)

JP Morgan (publication le 15 juillet 2010) managed revenues Q2 2010 25,6 Md$ Q1 2010 28,2 Md$ net income Q2 2010 4,8 Md$ Q1 2010 3,3 Md$

Les Net Revenues (on a managed basis) baissent de 2,6 milliards de dollars, à 25,6 milliards de dollars :

- 2,0 en Investment Bank (Q2 2010 6,3 Md$) ; dont -1,8 Md$ en Principal transactions, ou -1,9 Md$ en Fixed Income Markets (-1,3 en Europe Moyen Orient Afrique) ;

- 0,5 en Corporate Private Equity (Q2 2010 1,8 Md$) ; + 0,4 Md$ en Securities gains (990 M$), profits dans le portefeuille d'investissement -0,6 Md$ en Principal Transactions (-69 M$).

Le résultat net s'améliore de 1,5 milliards de dollars, principalement en raison des évolutions suivantes :

- 2,6 baisse des net revenues (dont - 2,4 Md$ en principal transactions) ;

+ 3,4 chute des dotations aux provisions de pertes sur prêts (3,4 Md$) ; dont + 1,3 Md$ en Card Services et + 1,2 en Investment Bank ;

- 0,4 augmentation des dépenses de rémunération (7,6 Md$) ; stabilité en banque d'investissement (2 923 M$), néanmoins le supplément financier indique que la surtaxe UK (550 M$ comptabilisés selon le communiqué de presse) assise sur des bonus de performance accordés entre le 9 décembre 2009 et le 5 avril 2010 à des salariés UK ne sont pas comptabilisés (en contradiction) ; + 0,3 en Corporate (770 M$), le niveau du premier trimestre 2010 semblait bas par rapport à ceux des trimestres précédents ;

+ 2,0 baisse des autres charges (2,4 Md$), le premier trimestre 2010 incluait des provisions pour litiges, dont ceux liés aux crédits hypothécaires (principalement Washington Mutual) ; néanmoins en conférence de présentation aux analystes, charges de litiges conséquentes en Corporate ;

- 1,1 augmentation de l'imposition sur les bénéfices (2,3 Md$).

Retenir la baisse significative du niveau des charges comptabilisées pour pertes sur prêts.

Focus sur l'apparente stabilité des dépenses de rémunération en banque d'investissement :

Le communiqué de presse de JP Morgan affirme que le résultat net a été impacté par la surtaxe UK de 550 millions de dollars assise sur des bonus de performance accordés entre le 9 décembre 2009 et le 5 avril 2010 à des employés opérant au Royaume-Uni.

Pourtant, dans le supplément financier, un commentaire au chiffre de rémunération et au chiffre de ratio de rémunération de la banque d'investissement indique que cette surtaxe en est exclue.

Pourtant, si on veut vérifier le ratio de rémunération du 2 ème trimestre, on obtient :

ratio de rémunération = Compensation expense (2 923 M$) / Total net Revenue (6 332 M$) = 46 %, alors que le % indiqué est de 37 %.

Il se trouve que si on exclut 550 millions de dollars (surtaxe UK) du calcul, le ratio ressort bien à 37 %. Ce qu'indique Mike Cavanagh de JP Morgan en conférence de presse aux analystes.

La surtaxe UK est donc inclue, contrairement à ce que laisse penser JP Morgan, dans les dépenses de rémunération de la Banque d'Investissement, mais le ratio a été calculé pour l'exclure.

Ce qui permet à JP Morgan, sans retraiter à la hausse un des ratios de rémunération précédents, de ne jamais inclure ces 550 millions de dollars de surtaxe UK sur les bonus !

Une présentation biaisée de la réalité du poids des rémunérations des opérateurs de marché !

Citi US GAAP revenues Q1 2010 25,4 Md$ Q2 2010 22,1 Md$ net income Q1 2010 4,4 Md$ Q2 2010 2,7 Md$

La baisse des « revenues » de 3,3 milliards de dollars entre le premier trimestre 2010 et le deuxième trimestre 2010 s'explique ainsi :

- 0,1 Regional Consumer Banking (8,0 Md$) ;

- 2,0 Securities and Banking (6,0 Md$) surtout en Amérique du Nord (- 0,9 Md$) et en zone EMEA (-0,8 Md$) ; dont - 1,7 Md$ en Fixed Income Markets (3,7 Md$) ;

+ 0,1 en Transaction Services (2,5 Md$) ;

-1,7 en Citi Holdings (1,9 Md$), dont - 1,0 en Special Asset Pool (572 M$) ;

+ 0,3 autres en Corporate (663 M$) ; amélioration en partie due à la couverture par CDS.

La diminution du résultat net de 1,7 milliards de dollars se décompose ainsi :

+ 0,4 Regional Consumer Banking (1 Md$),

+ 2,8 Securities and Banking (3,2 Md$); surtout en Amérique du Nord (+ 1,5) et en Europe (+1,0) ;

stabilité en Transaction Services (0,9 Md$) ;

+ 1,7 en Citi Holdings (-0,9 Md$) ;

+ 0,8 Corporate (-36 millions de dollars) autre que TARP.

Autre décomposition pour comprendre l'évolution de - 1,7 Md$ :

- 3,3 baisse des « revenues » ;

+ 1,9 baisse des provisions pour pertes sur liées au crédit (6,7 Md$ au Q2 2010) ;

- 0,3 hausse des dépenses opérationnelles (11,9 Md$ au Q1 2010) surtout dans les autres dépenses (+ 0,5 Md$) ; baisse légère des rémunérations (-0,2 Md$ à 6,0 Md$) malgré la surtaxe UK sur les bonus de 404 M$ ;

+ 0,2 effet favorable de l'évolution de l'impôt sur les bénéfices (Q2 2010 812 M$)

- 0,2 Md$ des opérations non continues (Q1 2010 211 M$)

Bank of America Revenues net of interest expense managed basis Q1 2010 32,3 Md$ Q2 2010 29,5 Md$ net income Q1 2010 3,2 Md$ Q2 2010 3,1 Md$

Les revenus d'activité du deuxième trimestre 2010 ont diminué de 2,8 milliards de dollars par rapport au premier trimestre 2010 :

- 3,8 en Global Banking & Markets (Q 2010 6 005 M$), -3,9 Md$ de chute des profits de trading (Q2 2010 1 202 M$) ;

- 0,8 en Home Loans & Insurance (Q2 2010 2 795 M$) ; forte baisse du crédit hypothécaire US ;

+ 1,8 en All Other (Q2 2010 3 076 M$) ; les structured notes de Merrill Lynch avaient généré un bénéfice de 226 millions de dollars au premier trimestre 2010, cette fois c'est un gain de valorisation de 1,2 milliard de dollars. C'est le retour des spreads de crédit !

Le résultat net est en légère baisse :

1) par nature de charge

- 2,8 en Revenues net of interest expense ;

+ 1,7 de moindre dotation aux provisions pour pertes de crédit (8,1 Md$) ; améliorations dans beaucoup de secteurs d'activité sauf dans l'immobilier résidentiel ;

+ 0,4 diminution des charges de personnel (Q2 2010 8,8 Md$) ; + 425 M$ de surtaxe UK sur les bonus ; pas de compensation ratio dévoilé en Global Banking & Markets ;

+ 0,5 impact positif de l'impôt sur les bénéfices (Q2 2010 - 672 M$).

2) par Business Segment

- 0,1 en Global Card Services (Q2 2010 806 M$) ;

+ 0,5 Home Loans and Insurance (Q2 2010 -1 534 M$) ;

- 2,3 en Global Banking & Markets (Q2 2010 927 M$) ;

+ 1,9 en All Other (Q2 2010 1 113 M$ Q1 2010 - 773 M$) ; + 1,2 Md$ avant impôt cession de l'investissement dans Itau Unibanco impact positif ; + 0,4 Md$ avant impôt cession de la position dans Mastercard : + 0,5 Md$ dividendes de CCB ; à ajouter les + 1,2 avant impôt des structured notes de ML, tout cela compensé par l'augmentation de + 0,6 Md$ des charges opérationnelles.

A souligner le détail de l'exposition de la banque aux pays (Grèce, Espagne, etc).

Goldman Sachs (publication le 20 juillet 2010) Net revenues including net interest income Q1 2010 12,8 Md$ Q2 2010 8,8 Md$ Net earnings Q1 2010 3,5 Md$ Q2 2010 0,8 Md$

La baisse des Net Revenues de 4,0 milliards de dollars entre le premier trimestre 2010 et le deuxième trimestre 2010 s'explique ainsi :

- 0,3 banque d'investissement (0,9 Md$);

- 3,9 Trading and principal investments (5,3 Md$) ; dont - 3,0 en Fixed Income (4,4 Md$) ; dont -1,2 en equities trading (235 M$) ; à noter le gain de 905 millions de dollars de participation dans le chinois ICBC, reflétant l'expiration des restrictions de transfert de ces actions se traduisant notamment par un ajustement dans la valorisation de liquidité qui cesse suite à la fin des restrictions (je sais, c'est technique, cf conférence de presse analystes) ; c'est dire si sans de tels gains les résultats de GS auraient été particulièrement moribonds, il y avait eu une charge de 222 millions de dollars au premier trimestre ! enfin les 726 millions de dollars de revenus au premier trimestre 2010 dans la rubrique autres corporate ou immobilier se sont réduits à 24 M$ ;

+ 0,2 autres.

Les profits ont chuté de 2,7 milliards de dollars par rapport au premier trimestre 2010 :

- 4,0 baisse des Net revenues ;

+1,7 diminution des charges de rémunération (3,8 Md$) hors surtaxe bonus UK ; ratio de rémunération stable à 43 %, mais toutefois même remarque que pour JP Morgan, à aucun moment la banque ne tient compte de la surtaxe UK dans ses ratios ;

- 0,6 surtaxe bonus UK estimée

- 0,7 autres dépenses (1,1 Md$) dont 550 millions de dollars d'accord avec la SEc sur le deal Abacus

+ 0,9 diminution de la charge d'impôt sur les bénéfices (0,8 Md$)

Morgan Stanley publication le 21 juillet 2010 Net Revenues Q1 2010 9,1 Md$ Q2 2010 8,0 Md$ net income Q1 2010 2,0 Md$ Q2 2010 2,0 Md$

La baisse des Net Revenues de 1,1 milliard de dollars entre premier et le deuxième trimestre 2010 s'explique ainsi :

- 0,8 en Institutionnal Securities (4,5 Md$), dont - 0,4 en Fixed income de Sales & Trading (2,3 Md$) ; les revenus incluent un impact positif DVA (credit spread) de 750 millions de dollars ;

stabilité en Global Wealth Management Group (3,1 Md$) ;

- 0,3 en Asset Management (0,4Md$), s'expliquant par des pertes sur certains fonds consolidés.

Le résultat net est stable à 2 milliards de dollars :

- 1,1 baisse des Net Revenues ;

+ 0,5 baisse des rémunérations (3,9 Md$) ; malgré la surtaxe UK sur les bonus de 361 millions de dollars ; le ratio de rémunération sur revenu du trimestre s'élève à 49 %

- 0,2 hausse des autres dépenses opérationnelles (2,4 Md$), notamment les services professionnels ;

+0,2 évolution de la charge d'imposition sur les sociétés (217 millions de dollars) ; dont 345 millions de dollars de gain sur des revenus antérieurs hors US réinvestis (382 au premier trimestre);

+ 0,6 évolution favorable des opérations exceptionnelles (523 millions de dollars) ; gain après impôt de 514 millions de dollars de cession de l'activité d'asset management retail, dont Van Kampen Investments.

Le ratio de rémunération calculé par MS de 49 % inclue la surtaxe UK sur les bonus. Au moins eux ils incluent cette surtaxe dans le calcul de leur ratio.

En revanche, c'est peut-être une coïncidence, mais 49 % c'est aussi le ratio du premier trimestre 2010. Alors si l'idée c'est que la part de la rémunération dans les revenus est stable, alors les charges de rémunération du deuxième trimestre 2010 sont minorées (de combien ? bah 361 M$), parce que la surtaxe UK sur les bonus au titre de 2010 n'a rien à voir avec la rémunération au titre de 2010.

En conférence de presse aux analystes, la question sur le sujet a été posée par Guy Moszkowski de Bank of America. Ruth Porat Directeur Financier a indiqué qu'il convient (même si c'est difficile à prévoir) de projeter le ratio du premier semestre 2010 (hors surtaxe UK) à l'ensemble de l'année 2010.

2) Comparaison des PNB des activités de Fixed Income par rapport au deuxième trimestre 2009

PNB T3 2008

PNB T4 2008

PNB T1 2009

PNB T2 2009

PNB T3 2009

PNB T4 2009

PNB T1 2010

PNB T2 2010

Goldman Sachs

1,6

-3,4

6,6

6,8

6,0

4,0

7,4

4,4

JP Morgan

0,8

-1,7

4,9

4,9

5,0

2,7

5,5

3,6

Citi

-2,4

-13,4

4,7

5,6

3,9

1,8

5,4

3,7

Bank of America

-0,7

-5,8

4,8

2,7

4,0

1,3

5,5

2,3

Morgan Stanley

8,8

-9,9

1,3

1,0

2,1

0,7

2,7

2,3

JP Morgan Q2 2010 3,6 Md$ Q1 2010 5,5 Md$

En baisse : marchés de crédits, taux, matières premières.

400 millions de dollars d'impact positif d'élargissement de spreads sur des structured notes, probablement en Europe.

Citi Q2 2010 3,7 Md$ Q1 2010 5,4 Md$

La diminution s'expliquerait principalement par la baisse de l'activité client sur les marchés.

Baisse de 13 % hors CVA dans les taux et le change, baisse plus marquée dans les produits de crédit et les produits de titrisation.

Bank of America en Sales & Trading Revenue Q2 2010 2,3 Md$ Q1 2010 5,5 Md$

L'élargissement des spreads et l'incertitude sur les marchés auraient réduit la liquidité et l'appétit des clients au risque.

Sauf qu'au premier trimestre 2010, ces mêmes banques nous expliquaient que les spreads s'élargissaient et que les flux clients étaient très élevés, sans doute parce que les clients fuyaient les produits à risque vers des produits de liquidité. Peut-être que les clients échaudés par les marges énormes que ces banques avaient prélevé ont été refroidis cette fois-ci.

Autre explication mise en avant par BoA, la crise de la dette souveraine européenne et les incertitudes dans les changements de régulation ont réduit le trading secondaire.

D'après la conférence de présentation aux analystes, baisse dans les activités de produits de crédit et taux de change.

Goldman Sachs Q2 2010 4,4 Md$ Q1 2010 7,4 Md$

Les niveaux d'activité étaient bas et les spreads de crédit corporate se sont élargis. Résultats plus faibles par rapport au deuxième trimestre 2009 dans les produits de crédit, de taux d'intérêt et de change. Les produits dans l'hypothécaire et les matières premières se sont mieux comportés.

La Value at Risk est au plus bas sur les 3 dernières années à 136 millions de dollars, l'augmentation de la volatilité ayant été compensée par les réductions de positions.

Morgan Stanley en Sales & Trading Revenue Q1 2010 2,7 Md$ Q2 2010 2,3 Md$

L'impact positif DVA (credit spread, élargissement) de 602 millions d'euros pour le deuxième trimestre 2010 est à comparer à - 1,3 Md$ (rétrécissement) pour le deuxième trimestre 2009.

Les revenus ont décliné significativement en mai et en juin dans les taux, changes et crédit, en raison d'un environnement de trading difficile. Les revenus des matières premières ont augmenté.