Le cas des 100 millions de dollars réclamés par un trader à la City. Le cas des traders de SGAM AI qui tentent de voler par leurs propres ailes.

Pour une entreprise du secteur non financier, la notion de chiffres d'affaires traduit bien l'activité.

Il en est autrement pour une entreprise du secteur financier, et la difficulté est amplifiée au niveau international.

En France, le compte de résultat des banques ne fournit pas un équivalent du chiffre d'affaires. Le premier chiffre communiqué est déjà un solde, il s'agit du Produit Net Bancaire, équivalent de la valeur ajoutée pour une entreprise du secteur non financier.

La définition selon l'Insee est la suivante :

http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/produit-net-bancaire.htm

Le produit net bancaire est la différence entre les produits et les charges d'exploitation bancaires hors intérêts sur créances douteuses mais y compris les dotations et reprises de provisions pour dépréciation des titres de placement. Il mesure la contribution spécifique des banques à l'augmentation de la richesse nationale et peut en cela être rapproché de la valeur ajoutée dégagée par les entreprises non financières.

Dans mes articles portant sur les résultats des banques, j'ai tenté de fournir les données chiffrées équivalentes pour les banques internationales étudiées. Non sans mal.

Le tableau suivant permet de mieux apprécier la comparabilité entre les banques :

Banques

Equivalent PNB dans mes articles

Commentaires

BNP Paribas

PNB

Société Générale

PNB

Bank of America

Total revenue, net of interest expense

opinion : équivalent du PNB

Citi

Total revenue, net of interest expense

opinion : équivalent du PNB

Goldman Sachs

Net revenues, including net interest income

opinion : équivalent du PNB

JP Morgan

Total net Revenue

net of interest expense également ; opinion : équivalent du PNB

Morgan Stanley

Net Revenues

net of interest expense également ; opinion : équivalent du PNB

Crédit Suisse

Net Revenues

opinion : équivalent du PNB

UBS

Operating Income

opinion : équivalent de Net interest income + Non interest income

Deutsche Bank

Net Revenues Q3 2009 7,2 milliards d'€

selon le Consolidated Statement of Income : Total noninterest income Q3 2009 4,1 milliards d'€ ; opinion : se rapproche plus du PNB

Barclays

Top line income selon Q3

Net income selon le rapport annuel 2008 ; Net income = Total income + Net claims and benefits incurredon insurance contracts + Impairment charges and other credit provisions

HSBC

Net operating income before loan impairment charges excluding FVO

selon le rapport annuel total operating income = net interest income + net fee income + net trading income + net income from financial instruments designated at fair value + other income ; ensuite Total operating income - net insurance claims incurred and movement in liabilities to policyholders = net operating income before loan impairment charges and other credit risk provisions ; opinion : se rapproche de RBS Operating profit before impairment losses

Royal Bank of Scotland

Total income

N'inclue pas les Insurance net claims ; Total income - Operating Expenses = Profit before other operating charges - Insurance net claims = Operating profit before impairment losses

La comparabilité est difficile notamment pour HSBC et Deutsche Bank.

HSBC : une communication trimestrielle bien insuffisante et portant à confusion

Les chiffres trimestriels 2009 reportés pour HSBC dans leur Interim Management Statement semblent complètement déconnectés de ceux (mêmes annuels) issus du rapport annuel 2008 :

HSBC Finance Corporation Net operating income before loan impairment charges excluding FVO Q3 2009 2,9 milliards de $

Net operating income Q3 2009 -1,5 milliards de $

source Interim Management Statement Q3 2009

HSBC Holding Plc

Total operating income 2008 88,6 milliards de $

Net operating income 2008 56,7 milliards de $

source rapport annuel 2008

Le rapport annuel 2008 précise que HSBC Finance Corporation représente uniquement la société acquise aux Etats-Unis en mars 2003 (anciennement Household International Inc), ce qui explique les rapports SEC 10 Q.

Le reporting trimestriel du troisième trimestre 2009 fournit des analyses qualitatives sur les résultats de HSBC Holdings Plc, mais pas de données chiffrées sur le Groupe ! Les données chiffrées fournies ne concernent qu'uniquement HSBC Finance Corporation.

La communication financière trimestrielle d'HSBC est donc très limitée comparativement aux autres banques internationales étudiées.

L'analyse trimestrielle pour HSBC est par conséquent très difficile.

Au niveau semestriel, l'analyse est possible en raison du rapport semestriel de 256 pages fin juin 2009.

Citi : un trader réclame 100 millions de dollars en 2009

CitiGroup, banque américaine soutenue par le gouvernement fédéral, a été mise en difficulté l'été dernier lorsqu'il a fallu expliquer qu'Andrew Hall, un trader de Phibro, une filiale de trading énergie, réclamait environ 100 millions de dollars de rémunération en 2009.

Cette histoire avait participé à la polémique sur le sujet, un peu avant BNP Paribas, et un peu après Goldman Sachs.

Pour plus de détails, lire l'article du Wall Street Journal du 25 juillet 2009

http://online.wsj.com/article/SB124848894204180877.html

Les auteurs de l'article ont identifié dans le rapport annuel 2008 de CitiGroup la contribution de Phibro dans les comptes de CitiGroup : en Principal Transactions, qui consistent en des gains et pertes réalisés ou non d'activités de trading. La partie Commodities (matières premières) représente 667 millions de dollars en 2008, et une note indique que cela concerne principalement les résultats de Phibro LLC.

Ce qui m'importe ici c'est de savoir à quel niveau les 100 millions de dollars du trader sont comptabilisés.

Sont-ils inclus dans les 667 millions de dollars ou bien apparaissent-ils dans les charges de personnel après les Total net revenues ?

Pourquoi cette question ?

Parce que le sujet concerne la traçabilité de telles rémunérations variables ? Si elles sont inclues dans les revenus déclarés au titre de la spéculation dans les activités de matières premières, alors elles sont moins visibles dans les comptes.

Cette problématique va être appliquée au sujet suivant.

Société Générale : essaimage de traders à SGAM AI

En avril 2009, la presse raconte qu'une quinzaine de personnes qui travaillaient jusque-là dans l'activité des hedge funds de SGAM AI (SGAM Alternative Investments) voleraient de leurs propres ailes.

Arié Assayag, d'après La Tribune du 7 avril 2009, responsable des hedge funds de SGAM AI, aurait déposé le 19 mars les statuts de Premium Asset Management qui alors ne serait pas agréée par l'AMF.

Nulle trace d'agrément à ce jour sur le site de l'AMF.

Dans l'Expansion du 16 septembre 2009 http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/vague-de-departs-chez-les-financiers-alternatifs-de-la-societe-generale_200122.html, le fonds nouvellement créée s'appellerait Nexar Capital.

Pas d'agrément à ce jour non plus par l'AMF pour Nexar.

Toutefois j'ai vérifié, les statuts sont officiellement déposés au Tribunal de Commerce de Paris le 19 mars 2009, RCS Paris B 511 254 427. Arié Assayag en est bien le PDG, et Bernard Kalfon le Directeur Général.

D'après l'Expansion, la démission collective d'une vingtaine de cadres serait motivée par la pression en France sur les bonus et les rémunérations.

L'article de La Tribune d'avril dernier affirmait que des clients de la Société Générale allaient être récupérés, et même qu'un contrat de managed account (délégation de gestion à un tiers) allait être fourni à la nouvelle structure alors appelée PAM. L'article site un investisseur du Moyen-Orient qui retirerait ses 600 millions d'euros des hedge funds de SGAM AI.

Première remarque, les contrats de travail ne comportent même pas de vulgaires clauses de non-concurrence ?

Deuxième remarque, si la Société Générale contracte avec les fuyards, que penser de son niveau de complicité envers le phénomène ?

Si finalement un tel fonds contracte essentiellement avec la Société Générale, n'est-ce pas un moyen d'externaliser les bonus des traders en dehors des charges de rémunération ?

Les bonus se voient-ils dans les comptes de la SG parce que les traders en question sont des salariés ? La solution est toute simple, créons des boîtes de consultants ou des fonds externes, mais contractons-toujours avec la Société Générale. Les salaires deviennent alors des prestations de conseil.

Ce phénomène ne concerne pas seulement les banques.

Combien de sociétés de consulting se sont créées à partir d'anciens salariés qui n'ont pu développer leur business que par leur ancien employeur, avec ou sans la complicité de ce dernier, pour des raisons parfois différentes, mais qui aboutissent au même effet : le consultant est plus cher à l'entreprise que le salarié ?

J'ai pu le mesure dans le cadre de mon expérience professionnelle passée. Même si ce n'est pas systématique.

En conclusion, les pressions exercées sur les rémunérations des traders risquent de se traduire non seulement par des départs à l'étranger mais également de solutions d'externalisation.