Description de l'article

Cet article apporte ma contribution personnelle sur le sujet de la presse, de l'omerta, et des coups bas. Des exemples dans l'affaire Kerviel-Société Générale et les dons du tsunami.

Exemples récents dans la presse

Une polémique a enflé récemment suite à la publication le jeudi 22 janvier 2009 par le quotidien Le Parisien de propos tenus "off" par Jérôme Kerviel http://www.leparisien.fr/faits-divers/les-confessions-de-l-ex-trader-de-la-societe-generale-22-01-2009-382473.php à deux journalistes, Elizabeth Fleury et François Vignolle.

Les journalistes du Parisien justifient leur décision ainsi : "De la mi-novembre à la mi-décembre, à six reprises, nous avons rencontré Jérôme Kerviel. Des entretiens longs, en tête-à-tête, au fil desquels le jeune homme a consenti à revenir, en détail, sur sa vie de trader, son expérience carcérale et sa vision du dossier judiciaire. Au-delà de laffaire Kerviel, ces confessions constituent un témoignage cru sur lunivers hermétique de la haute finance. Nous avons choisi de les publier."

Jérôme Kerviel n'a pas apprécié et n'a pas tardé à le faire savoir à l'AFP : "Le peu que j'en ai lu m'a fait bondir. Je n'ai jamais donné d'interview. ce sont des phrases sorties de leur contexte, des morceaux mis bout à bout. Ce qui est déclaré dans ce journal n'est pas ma vérité".

Nicolas Cori, journaliste à Libération et auteur du blog Les cordons de la bourse a publié un article sur le sujet.

Mais c'est un autre article du même blog qui a provoqué des échanges tendus entre ce même journaliste et la journaliste Anne Michel, du quotidien Le Monde, dans "Quand les cabinets de conseil en rémunération font leur pub avec des études bidon".

http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/01/parachutes-dors.html

Nicolas Cori estime que la une du 13 janvier 2009 du journal Le Monde, "Parachutes dorés : les excès continuent" mérite polémique. Une étude d'Hewitt Associates sur les pratiques des 120 plus grandes sociétés constituant l'indice boursier SBF 120 sur la question des recommandations de l'AFEP et du MEDEF adoptées en octobre 2008 en matière de rémunérations aurait été survendue dans l'article.

Le curseur de la polémique se situe sur l'utilisation récente des conclusions de l'étude alors que le cabinet ayant réalisé l'étude se serait appuyé sur des éléments antérieurs à la fin 2008.

Questions polémiques

Alors j'ai décidé d'apporter ma petite contribution au thème "la presse, l'omerta et les coups bas".

Autrement posée, la question pourrait être formulée ainsi.

La presse fait-elle correctement son travail ?

L'objet de l'article n'est pas de conclure à cette question difficile et complexe, mais de fournir des exemples illustrant la problématique.

Les exemples suivants sont à charge, mais il convient, à décharge, de reconnaître que de nombreux articles publiés permettent d'accéder à l'information, même perfectible. Dans d'autres pays je ne serais peut-être même pas en mesure d'écrire de telles lignes.

Cas de la fraude à la Société Générale

Dans le cas de l'affaire Kerviel, c'est ce qu'on peut lire dans un article du 23 janvier 2009 de la journaliste Nathalie Silbert, du quotidien Les Echos, "le trader n'est pas devenu un best-seller".

Citant un directeur éditorial, Alexandre Wickham, "quand la presse fait vraiment bien son travail, elle laisse peu de place à l'édition pour faire un best-seller d'actualité".

Dans son article, Nathalie Silbert dresse la liste des ouvrages parus sur l'affaire Kerviel, 4 livres avec éditeurs et une bande dessinée. Même le livre d'Airy Routier annoncé dans la presse mais qui n'est finalement pas sorti est évoqué.

Pas de trace du livre "Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête" par Olivier Fluke. Pourtant, il ne faut pas chercher bien loin pour le trouver, sur Amazon ou sur Google, en témoigne les mots clés qui permettent d'y accéder.

Le livre figurait néanmoins dans la liste des livres parus sur le sujet dans l'article du Monde du 16 août 2008 "Quand le trader Jérôme Kerviel fait des bulles" par Nicole Vulser.

Mon livre serait-il transparent ? Fort possible, et il n'y a pas que le livre qui semble transparent aux yeux de la presse.

Au moment de sa sortie, j'avais contacté Rue89 et Mediapart pour leur annoncer qu'un livre traitait de thèmes inédits sur l'affaire de la fraude à la Société Générale : le contrôle interne, les commissaires aux comptes, les comptes, les incohérences des paramètres du débouclage. Aucune réponse. Ces thèmes que seul mon livre abordait en comparaison des autres livres parus sur le sujet. Et que les avocats de Jérôme Kerviel ont mis en avant depuis septembre 2008, avec l'audition par les juges des commissaires aux comptes et du trader qui a débouclé les positions non-autorisées de 2008.

http://olivierfluke.canalblog.com/archives/autres_livres/index.html

Plus tard, à l'occasion d'une interview d'un des avocats de Jérôme Kerviel, Maître Caroline Wasserman, paru dans L'Expansion le 17 octobre 2008 avec la signature de Danièle Licata, Olivier Fluke décide de contacter cette dernière. L'interview a pour sujet les incertitudes liées au débouclage, questions posées noir sur blanc plusieurs mois auparavant dans le livre : incertitudes sur les paramètres de débouclage et sur les conditions, notamment l'existence de transactions OTC (Over The Counter) hors marché.

Message laissé sur le répondeur de la journaliste. Aucune réponse.

Vous publiez un article sur un sujet développé dans un livre des mois auparavant et dont l'auteur vous contacte, et vous ne répondez pas.

Mais dans quel genre de journalisme est-on ?

L'omerta sur les dons du tsunami

Plus inquiétant, le sujet de l'omerta. Ou ce qui est politiquement incorrect de publier.

Mon premier livre, "Tsunami : L'article sur l'ONG n'aura pas lieu" raconte comment le mensonge d'une ONG et les dérives d'autres organisations ayant collecté des dons du tsunami sont passés sous silence. Le livre traite donc de l'omerta.

Libération et L'express étaient en première ligne, les donneurs de leçons de journalisme politiquement correct m'avaient par conséquent laissé perplexe, sans me plonger dans une léthargie apathique, dans jeu de mot avec le journaliste qui lui n'y est pour rien, bien au contraire semble-t-il. Méfiance cependant sur les apparences.

Des coups bas dans la presse ? Qui parle de coups bas ? Un journaliste écrit par mail qu'il préviendra quand l'enquête va passer. L'enquête ne passera jamais et le destinataire ne sera pas non plus prévenu. Réussissant à avoir sa version des choses, il y aurait plein d'articles en "frigos".

Sachez-le, les maisons de presse possèdent des chambres froides. L'envers du décor dont nous, simples lecteurs plus ou moins naïfs, ne peuvent que supposer l'existence, mais pas tellement le contenu.

Pourquoi pas appeler cela le nuitnalisme, ce qui n'est pas mis à jour, par opposition au journalisme, ce qui l'est. Jour ! Nuit !

L'omerta n'est pas totalement un sujet tabou.

Un exemple, la journaliste Sophie Coignard a publié 3 livres sur le sujet, L'omerta française (tiens justement avec Alexandre Wickham cité plus haut dans l'article) en 1999, puis Le rapport Omerta 2003 et enfin Le rapport Omerta 2004.

Sophie Coignard qui avait publié le 17 janvier 2007 un article dans Le Point qui traitait des dons du tsunami, "Associations Peut-on leur faire confiance ?"

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/peut-on-leur-faire-confiance/920/0/20901

L'interlocutrice idéale pour l'informer sur l'existence de dons incorrectement utilisés et de l'omerta en cours. Et pourtant, aucun de mes deux appels ne recevra de réponse.

S'il devait y en avoir un ou une, cela aurait-été elle. Les autres n'avaient pas plus répondu auparavant, la boucle était bouclée.

S'informer, informer. Oui, mais sous certaines conditions.

Les chemins de l'information sont bien plus tortueux que la seule découverte des "informations" qui sont mises à disposition des lecteurs.